> Le vif, le pur, de P. Mac Leod

Le vif, le pur, de P. Mac Leod

Par | 2018-05-24T15:47:55+00:00 15 juin 2013|Catégories : Critiques|

  Un livre de Philippe Mac Leod se mérite. Comme l’on dit d’un col de mon­tagne atteint dans la joie, mais aus­si dans la dif­fi­cul­té. Avec son art consom­mé « d’avancer en vie pro­fonde », le poète ne ménage pas son lec­teur. Le condui­sant sur les che­mins par­fois escar­pés de son écri­ture, il l’invite à écar­ter le voile des appa­rences pour creu­ser le mys­tère de la vie et son propre espace inté­rieur. Vaste pro­gramme ! C’est celui de l’expérience mys­tique (dont relève la poé­sie de Mac Leod). Cette expé­rience,  Jean Mambrino la qua­li­fiait de « voyage sans retour vers l’absolu ». Car, écri­vait ce grand auteur récem­ment dis­pa­ru,  « le vrai mys­tique est celui qui a fran­chi la fron­tière entre les fausses appa­rences et le Réel, en cou­pant tous les ponts der­rière lui » (*).

   Philippe Mac Leod vit dans la mon­tagne pyré­néenne. Pas loin de Lourdes. C’est un contem­pla­tif, comme on le dirait d’un moine ou d’une moniale. Poésie et spi­ri­tua­li­té ont, pour lui, par­tie liée. Il vit au rythme des sai­sons à la manière d’un ermite (son recueil La litur­gie des sai­sons, publié au Castor astral, lui avait valu le prix de poé­sie Max-Pol Fouchet en 2001).

     De sai­sons, il en est donc for­cé­ment ques­tion dans son nou­veau recueil. « Le chant du pre­mier prin­temps, écrit-il, le cri de la pre­mière herbe, quand la terre au soleil gonfle et s’élève/sous l’osier des rameaux nus, comme un fruit oublié, le chant du rouge-gorge ». Ailleurs,  par­lant de l’été, il désigne « la route en vacance, comme une cou­leuvre dans le vert des col­lines ».

    Nous voi­ci, sur ses pas, près du gave, sur les crêtes ou au bord du lac de Gaube. Quelques lieux sont fur­ti­ve­ment nom­més. L’important n’est pas là. Le poète cherche d’abord un visage, une voix, une pré­sence, un amour (« Tes yeux si grands où tant de fois je me suis perdu/​plus pro­fonds que les soirs aux muettes incan­des­cences »). Il se sou­vient. De la nos­tal­gie ? Non, plu­tôt une quête inlas­sable de la « fraî­cheur », de la « vie nue », de la « vie lisse ».

     Ce dépouille­ment qu’il recherche à la manière de ses amis poètes, Jean-Pierre Lemaire et Gilles Baudry (à qui il dédie des cha­pitres de son livre), Philippe Mac Leod ne l’atteint qu’en se frot­tant à l’air des som­mets. « Tu marches sur l’azur et la neige qui par­fois moutonne/​crève un nuage d’air et de lumière ». Plus haut, écrit-il, cet air est for­cé­ment plus « vif » et plus « pur », à l’heure où « la roche s’aiguise au bleu nais­sant ».

     Cette invi­ta­tion à prendre de la hau­teur est – on le pressent bien – allé­go­rique. Philippe Mac Leod cherche un monde plus vaste en scru­tant, inlas­sa­ble­ment, les pal­pi­ta­tions de la créa­tion. Emerveillement, contem­pla­tion. L’âme s’éveille et s’étonne. « La mon­tagne bouge et se retourne, quelqu’un était là et nous ne le savions pas ».

 

(*) La poé­sie mys­tique fran­çaise, par Jean Mambrino (Seghers, 1973)

 

                                                                                                           

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