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LE VRAI NOM DES CHOSES

Par |2018-10-22T14:16:56+00:00 5 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

Cet été-là

Les chiens de la cani­cule
ne se cou­chaient pas
midi son­nait sous le regard de Jésus
une femme cher­chait son enfant dans les linges
rompre le silence
était irré­mé­diable
quelqu'un avait chan­gé le sens des mots
et toute parole
dite en plein vent reve­nait.

 

 

Un peu plus tard

Un grand coléo­ptère
fai­sait de l'ombre aux enfants
le bateau ivre
était encore à jeun
et à l'angle des rues
aux demoi­selles aux che­villes fines
le cra­cheur de feu
don­nait des bai­sers enflam­més.

 

 

Brouhaha

Il y a de l'eau
dans le corps des pom­piers
des convois qu'on ne voit pas
de la confu­sion mon­tée
aux joues des jeunes filles
mais bien malin qui peut dire
le vrai nom des choses
quand tout le monde
parle en même temps.

 

Tristesse

Un géné­ral jouait à la pou­pée
un soir de défaite
et balan­çait beau­coup
sur le bleu de la robe
on enten­dait crier les rai­nettes
et râler les vain­cus
les his­to­riens divergent
sur la gran­deur de la pou­pée.

 

 

Poids lourds

Celui-ci est un hal­té­ro­phile médaillé
il ne lève­rait pas
le petit doigt
pour pas­ser la salière
ses filles
démé­nagent les meubles
les nuits d'insomnie
la mère a dis­pa­ru
par beau temps.

 

 

Femme et che­vaux

De dou­lou­reux mys­tères
au fond des yeux
ren­daient son com­merce
iné­luc­table à qui la croi­sait
un soir de lune
bou­le­vard d'Auteuil
où le des­tin des che­vaux de race
est de cou­rir aus­si
pour le plai­sir des hommes.

 

 

Près des ceri­siers

On attend quelques musi­ciens
venus des clai­rières voi­sines
sous le ciel bistre
l'air est char­gé
de toute la nos­tal­gie du monde
les notes de la cla­ri­nette
res­tent accro­chées aux branches
quand les fruits rouges
prennent la teinte de la nuit.

 

 

Idylle

Dans un cirque en pro­vince
par­mi l'odeur d'urine
des vieux fauves inno­cents
le nain pose un bai­ser
sur le nom­bril de l'écuyère
tan­dis que son mari
au ciel
vol­tige entre deux bâtons.

 

 

Ombrie

Une tem­pête se levait
sur le lac Trasimène
Jésus avait ces­sé
de mar­cher sur les eaux
de grands nuages effi­lo­chés
fai­saient de l'ombre aux pois­sons
et les filles der­rière leurs
murs de chaux vive
guet­taient l'oeil rouge de la nuit.

 

Éclats

Rentré tard à la mai­son
le cra­cheur de feu
trou­vait sa soupe trop chaude
et que­rel­lait sa femme
tan­dis qu'une pierre impas­sible
brillait à son doigt
et le regret
de sa jeu­nesse per­due.

 

 

Ève

Elle venait au cours en Dauphine
vêtue d'un che­mi­sier
léger
même en hiver
puis ren­trait chez son père
dans les fau­bourgs
au-des­sus d'une pois­son­ne­rie
qui éta­lait la marée.
Qu'a-t-elle fait de sa vie ?

 

 

Adieu

Celui qui hésite
et pour­tant
revient sur ses pas
qui mélange à de l'eau
quelques pig­ments
tom­bés du ciel
il voit la terre
au cercle inal­té­rable
le salut
de la der­nière fleur
qui se courbe.

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