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Lecture analytique d’un poème à caractère théorique : Disque de Jean Sénac

Par | 2018-02-20T18:16:42+00:00 2 mars 2014|Catégories : Blog|

Lecture analytique d’un poème à caractère théorique : Disque de Jean Sénac

 

                                                       

                                                      Disque

            A Mohammed  Dib
            en sou­ve­nir d’Aragon

 

            Le jeu des mots tourne la tête
           j’écris pour igno­rer le son
           de toutes les phrases bien faites
           qui n’ont pas la cou­leur du sang
           j’écris pour inven­ter la fête
           qui nous sau­ve­ra de l’affront
           les mots heu­reux sont des mots bêtes
           j’écris sans rêve et sans rai­son.

           Quelle déli­vrance rachète
           le poids de mort dont nous vivons
          Quelle joie couvre la défaite
          pour s’épanouir à l’unisson
          la vie n’est plus mon­naie hon­nête
          qu’entre les mains des inno­cents
          pour cette nuit la gorge est prête          

          Je suis homme et je suis poète
         j’aime la chair et j’ai un nom
         ces vers au rythme doux m’embêtent
         je pré­fé­re­rais vivre sans
        ce démon secret qui m’inquiète
        et vous voyez j’écris pour­tant
        ma vie ne sera pas dis­crète
        j’ai trop d’amour et d’ambition

        Le jeu des mots tourne la tête
       j’écris pour aimer le prin­temps
       le temps de mort et de tem­pête
       le temps noir comme le char­bon
      le temps rose comme un bon­bon
      le temps de vie le temps de fête
      mon disque tourne avec le temps
      les mots les plus vrais sont si bêtes
      qu’on les coute en sou­riant  

      Il fau­dra que je m’apprête
     à témoi­gner de la pas­sion
    des hommes francs et fiers qui mettent
    l’eau de l’espoir entre leurs dents
    il fau­dra bien écrire cette
    joie dont il dit à ses amants
    qu’elle soit lim­pide et par­faite
    j’y ajus­te­rai ma chan­son.

   

     « Disque » que l’on retrouve dans la par­tie « Poèmes divers » du recueil Pour une terre pos­sible… est situé par­mi plu­sieurs textes pré­sen­tés dans un ordre chro­no­lo­gique qui va de 1948 à 1973. Intercalé entre deux pièces datées de 1953, on ne sait pas si l’on doit consi­dé­rer cette date comme sa date de com­po­si­tion. Ceci aide­rait bien enten­du à com­prendre son his­toire et la fonc­tion pour laquelle il a été conçu. Or, comme sa date d’écriture est incer­taine, on peut dire qu’il n’a peut-être pas été écrit à cette période de la vie du poète. Mais peu importe qu’il soit rédi­gé avant, pen­dant ou après la guerre d’Algérie, on sait bien que l’acte poé­tique de Jean Sénac n’est jamais sans rap­port avec sa reven­di­ca­tion iden­ti­taire pro­pre­ment algé­rienne même s’il n’en dit mot. Et c’est au nom de cette réfé­rence que se fera cette étude.  L’intérêt de Disque est donc dans son conte­nu qui le dis­tingue des autres textes qui appar­tiennent au recueil. Si cette pièce mérite une atten­tion par­ti­cu­lière, c’est parce qu’elle déve­loppe une dimen­sion méta­poé­tique, équi­va­lente à celle qu’illustrent les trai­tés théo­riques. En effet, bien qu’il ne reven­dique pas expli­ci­te­ment la déno­mi­na­tion d’Art poé­tique, Disque décrit en fai­sant par­ler ses vers, les pré­ceptes et la fina­li­té de l’acte créa­teur dont Jean Sénac est tri­bu­taire. En témoigne l’anaphore « j’écris…» res­sas­sée tout au long du poème laquelle sug­gère la volon­té mani­feste de l’auteur à expo­ser sa propre concep­tion de la poé­sie. Il est vrai que sa poé­sie est loin d’être simple et son goût lit­té­raire sug­gé­ré par la dédi­cace A Mohamed Dib, en sou­ve­nir d’Aragon, qui cha­peaute le texte auquel on s’intéresse ici, révèle le poten­tiel her­mé­tique de son écri­ture. C’est le constat qu’il faut atta­cher à ce poème dont cer­tains vers souffrent d’un défi­cit de clar­té.  Comme on peut s’y attendre, on ne peut pas espé­rer offrir une lec­ture pré­cise d’un texte qui sou­lève quelques dif­fi­cul­tés de com­pré­hen­sion. Ceci dit, il ne s’agit pas au cours de cet article d’expliquer avec exac­ti­tude toutes les strophes du poème, vers par vers, et encore moins d’apporter une éva­lua­tion cri­tique des idées for­mu­lées. L’analyse pro­po­sée ici est beau­coup plus modeste, elle se limite à l’étude de quelques aspects carac­té­ris­tiques du tra­vail d’écriture de l’auteur pour faire sen­tir, on l’espère en tout cas, le sens de la poé­sie qui l’anime. En effet, on a entre­pris de réflé­chir sur ce poème pour expli­quer en quoi consiste l’art poé­tique de Jean Sénac. Or, on le sait, abor­der ce genre d’écrit, c’est poser en aval la ques­tion de l’originalité. Bien sûr, s’engager dans une réflexion sur l’art poé­tique, c’est devoir appor­ter des réponses à des ques­tions que l’on pose habi­tuel­le­ment à pro­pos du texte-mani­feste comme cher­cher à savoir en quoi l’auteur est nova­teur ou quel trait accorde à sa théo­rie son sceau de nou­veau­té. Autant le dire tout de suite, la forme de ce poème auquel il donne l’allure d’une théo­rie n’a rien d’originale : Disque est com­po­sé de qua­rante octo­syl­labes répar­tis en cinq strophes de 8-7-8-9-8 vers à deux rimes ab croi­sée avec une petite entorse au niveau des vers 26 à 29 les­quels sont construits sur un sché­ma de rimes embras­sées abba. De fait, Disque se place sous l’égide d’une struc­ture for­melle qui ne met pas en valeur sa voca­tion. En ver­tu de quoi on ne s’interdira pas de faire com­pa­raitre des exemples du recueil dans les­quels la vision séna­cienne s’illustre de la manière la plus évi­dente.

Pour don­ner à cette réflexion la clar­té sou­hai­table, on repren­dra les points mis en avant dans l’ordre de leur suc­ces­sion en res­pec­tant la démarche du poète qui fait suivre à chaque fois l’élément ban­ni de l’argument qui lui sert de jus­ti­fi­ca­tion.

Voici donc ce qu’il décrète :

1.Non à l’artificialité de la rime

Dès le pre­mier vers, Jean Sénac se plaint du sort fait à la poé­sie en adop­tant une posi­tion de refus des règles cano­niques de la ver­si­fi­ca­tion clas­sique à com­men­cer par le rejet de l’isorimie. Jugée trop contrai­gnante et déplo­rée comme telle, la rime qu’on place habi­tuel­le­ment sous les pro­jec­teurs ne trouve pas grâce aux yeux du poète. C’est la quête de l’euphonie, que l’on peut devi­ner der­rière ses pro­pos, qu’il vise à bous­cu­ler :

                                                       Le jeu des mots tourne la tête
                                                       j’écris pour igno­rer le son

Ce pas­sage assez expli­cite per­met sans effort de lec­ture de com­prendre com­bien Jean Sénac est farouche à toute recherche éla­bo­rée des ter­mi­nai­sons des vers. Ce n’est pas que la rime en elle-même lui soit rebu­tante, mais les accom­mo­da­tions à faire ne sont nul­le­ment à son goût. Convaincu de l’inutilité de la nature chan­tante de la poé­sie, il détrône la rime pour don­ner plus d’autorité à la spon­ta­néi­té. Il parait clair, der­rière ce refus s’agite l’ombre d’un révol­té qui déplore le prin­cipe de devoir écrire selon des codes impo­sés. On trou­ve­rait même juste qu’il le dise en ces termes : être un bon rimeur est sans doute la marque d’une grande viva­ci­té d’esprit mais c’est aus­si un signe de rési­gna­tion  intel­lec­tuelle que de s’obliger à tra­quer le son selon la loi de l’équivalence. De toute évi­dence, l’isosyllabisme n’a pas bonne presse chez le poète. Ce constat débouche sur une hypo­thèse simple : la pri­mau­té don­née à la rime savante ne sied pas à Jean Sénac tant elle déclare toute autre forme de com­po­si­tion, qui déro­ge­rait à la rigou­reuse règle de l’homophonie, défec­tueuse. On dira dans cet ordre d’idée que l’unité sonore a tout à fait sa place dans la poé­sie séna­cienne lorsqu’elle émerge par pur hasard. A ce pro­pos, il est impor­tant de dire que le poète ne sub­ver­tit pas pour le plai­sir de se rebel­ler. D’ailleurs, il ne ban­nit pas caté­go­ri­que­ment de ses vers les com­bi­nai­sons rimiques habi­tuelles. Disque en témoigne puisqu’il ne res­pecte pas les pré­ceptes qu’il annonce. Qu’est-ce à dire ? que l’isorimie est loin d’être un pro­blème en soi ? En effet car comme on le sait, chez Jean Sénac, le lit­té­raire et la vie réelle font bon ménage. C’est bien donc cette proxi­mi­té qui exige de lui une poé­sie allant de pair avec ses pré­oc­cu­pa­tions. A consi­dé­rer que sa muse s’abreuve de son expé­rience de vie, il est aisé de voir der­rière cette volon­té de jeter aux orties les sché­mas rimiques la mis­sion qu’il confie à son art. En fait, s’il refuse de se conver­tir à une opi­nion aus­si sélec­tive, c’est parce qu’il met sa poé­sie au ser­vice d’une cause qu’il espère faire adve­nir par le tru­che­ment de la lit­té­ra­ture. En témoignent ces lignes à  la tour­nure du sou­hait :

                                                      de toutes les phrases bien faites
                                                     qui n’ont pas la cou­leur du sang

Il est vrai qu’on peut capi­tu­ler devant l’hermétisme de ce dis­cours, mais connais­sant les pré­oc­cu­pa­tions de Jean Sénac, on peut com­prendre de quelle source ces vers s’écoulent.  En effet, de cet obs­cur dis­tique à conno­ta­tion néga­tive émerge le visage d’un homme paci­fique qui semble, en ver­tu du ton accu­sa­teur sug­gé­ré par le pro­pos, appe­ler à mesu­rer ce que les écrits mettent en jeu. Bien sûr, la poé­sie, comme n’importe quel autre écrit lit­té­raire, n’est pas inno­cente ; elle peut être au ser­vice d’une bonne cause comme elle peut être un appel à la vio­lence. Jean Sénac, lui, se situe dans la pers­pec­tive de lut­ter contre tout ce qui peut ame­ner à dés­unir le « nous » col­lec­tif. Son écri­ture qui n’a point d’accent violent révèle un homme assoif­fé de paix. Celui qui s’exprime ain­si a sans doute lui-même souf­fert d’une situa­tion hos­tile à toute pos­si­bi­li­té de s’accorder pour en conclure que seule la fra­ter­ni­té empê­che­ra l’écoulement du sang :

                                                  Quelle déli­vrance rachète
                                                 le poids de mort dont nous vivons
                                                Quelle joie couvre la défaite
                                                 pour s’épanouir à l’unisson

D’ailleurs, les enjam­be­ments tra­duisent l’ampleur de la dou­leur qu’il res­sent à tel point qu’elle le fait plier. Les syl­labes longues (ici syl­labes fer­mées et nasales) de ces vers si tristes imitent aus­si par­fai­te­ment l’agonie pro­lon­gée d’un être dému­ni face à l’effroi du déses­poir.  Mais, Jean Sénac en bon écri­vain attri­bue à sa poé­sie le pou­voir de bri­ser le malaise en le fra­cas­sant à coup d’occlusives pla­cées aux ini­tiales des vers. La forme inter­ro­ga­tive ici employée aurait éga­le­ment pour but de secouer les consciences plon­gées dans l’inertie afin de les pous­ser à réagir contre ce qui menace le vivre-ensemble. Dans le cou­plet ci-après, le poète laisse impri­mer l’obsession d’une mort qui ne laisse pas ses lec­teurs indif­fé­rents. Qui peut en effet lire ces vers sans pen­ser qu’il fait écho à sa propre expé­rience de vie :

                                                   la vie n’est plus mon­naie hon­nête
                                                  qu’entre les mains des inno­cents
                                                 pour  cette nuit la gorge est prête

Et com­ment ne pas pen­ser à lui alors que le poète mal­heu­reux semble avoir  pres­sen­ti sa mort.   Cette vision anti­ci­pa­trice est bien la preuve que le poète avait conscience qu’il était cloué au pilo­ri à cause de son iden­ti­té déran­geante : Pied-noir, homo­sexuel, il se savait épié puisqu’il mour­ra lâche­ment assas­si­né la nuit du 30 août 1973. Ce sen­ti­ment pré­mo­ni­toire qui ne l’a sans doute jamais quit­té crée l’impression qu’il y a autre chose à lire der­rière le refus de l’homophonie. On peut com­prendre dans l’optique de cette situa­tion que l’organisation rimique rap­pelle par ana­lo­gie un autre pro­blème beau­coup plus sérieux : celui de l’épuration iden­ti­taire. S’il plaide contre l’unité rimique, c’est sans doute pour rap­pe­ler le cli­mat d’intolérance que cultive le confor­misme. Voilà ce qu’on voit énon­cé ici : tout ce qui n’est pas conforme au patron domi­nant n’est bon qu’à être sacri­fié sur l’autel des défen­seurs du modèle unique. Ainsi, en met­tant à plat la règle de l’harmonie sonore, le poète espère faire entendre sa voix qui s’élève contre le crime de l’inconscience. En tout cas, le choix d’aborder la rime sous le signe de la diver­si­té doit être per­çu comme un besoin de réta­blir une sorte d’égalité entre tous les membres de la grande famille humaine. Ce n’est donc pas dans le rejet des cri­tères poé­tiques tra­di­tion­nels que réside son inté­rêt, mais bien dans la volon­té de chan­ger les règles d’une vie cruelle qui met hors-jeu tout ce qui n’est pas nor­ma­tif. Pénétré de cette pen­sée, il assou­vit son rêve par le tru­che­ment de l’écriture. Voici deux exemples, choi­sis au hasard, qui illus­trent par­fai­te­ment bien la pré­di­lec­tion que l’auteur montre pour la plu­ra­li­té. Le pre­mier est inti­tu­lé Panoplies de la Rose (p.199):

                                                           

             Toute rose est cruelle

                                                    Ö
                                                   Blessures des haies,
                                                   Vents, sable, toute rose !   (16 mai 1967)

 

le second est un frag­ment de Comme dans une eau vive (p.62) :

 

                                                    Un lézard ami
                                                    une eau qui réponde
                                                                     le sol qui s’entrouvre
                                                   pour mieux te nom­mer.

 

2. Non à l’uniformité de la mesure  

                                         

                                          ces vers au rythme doux m’embêtent
                                          je pré­fé­re­rais vivre sans

Ces vers, à leur tour, annoncent une infrac­tion sur un autre plan, celui de la métrique. La rai­son pour laquelle on confond ici rythme et mètre tient au fait que la métrique est aus­si un pro­cé­dé de ryth­mi­sa­tion. Qu’est-ce que le mètre  sinon que la répé­ti­tion d’un même rythme. Ainsi, outre le rejet de l’isorimie, le poète pointe du doigt l’isométrie à laquelle il refuse de s’astreindre. Ecrire sur un rythme unique des vers bien taillés lui parait, d’un point de vue stric­te­ment musi­cal, tout à fait ennuyeux. C’est pour­quoi, au vers nom­bré, il ne donne pas sa béné­dic­tion et s’abstient d’observer cette règle avouant sa méfiance  quant à l’effet de mono­to­nie qu’elle engendre. En fait en la négli­geant, il réagit contre ceux qui jugent les lignes iden­tiques comme une vir­tuo­si­té ver­bale. A ceux-là qui mesurent la créa­tion poé­tique en fonc­tion du nombre de syl­labes par vers et non par rap­port à la poten­tia­li­té de son propre rythme, Jean Sénac apporte la contre-preuve en culti­vant des poèmes hété­ro­mé­triques. La rigou­reuse loi du comp­tage métrique se voit ain­si congé­diée au pro­fit d’un idéal esthé­tique d’une plus grande sou­plesse. On l’aura com­pris, aucune règle de suc­ces­sion n’est fixée par le poète et le rythme de ses vers, qu’il sculpte à sa façon, varie libre­ment au fil d’une pièce jusqu’à même ne plus recon­naitre le sta­tut métrique du poème. Etant d’aspect fluc­tuant, le poème séna­cien ne peut donc être ins­crit dans aucune typo­lo­gie for­melle et toute ten­ta­tive de défi­ni­tion par la forme est vaine. Ce genre de confi­gu­ra­tion qui mêle indif­fé­rem­ment des vers de petites et de grandes enver­gures nour­rit un seul but pos­sible : cou­per le sif­flet à la norme théo­rique en optant pour une poé­sie ouverte, capable d’accueillir toute sorte de mesure sans pré­fé­rence aucune pour telle ou telle autre. Métriquement, ces poèmes de lon­gueur irré­gu­lière regroupent, ten­dre­ment et paci­fi­que­ment, dans un même espace des vers de 2, 5, 8, 12, 18 syl­labes sans pour autant pro­vo­quer un heurt ryth­mique. Au contraire, le dyna­misme des lignes fait que ses poèmes gagnent en flui­di­té. C’est peut-être dif­fi­cile à croire, mais pour une oreille fami­lière de la poé­sie séna­cienne, cette varié­té métrique émet une musi­ca­li­té beau­coup mieux ryth­mée que celle que pro­cure une poé­sie « mono­dique ». Aussi exa­gé­ré que cela puisse paraitre, cette liber­té de mesure assure à l’ensemble du poème séna­cien un air de légè­re­té abso­lu­ment sur­pre­nante. En effet, la cadence entre le rythme long et le court pro­duit une mélo­die qui ne manque pas d’attrait pour séduire l’auditeur qui ne se refuse pas à d’autres goûts musi­caux. Mais le plus impor­tant c’est que ce besoin d’abandonner la mesure rigide éveille l’attention sur l’idée que ce choix impose. Encore une fois, il faut se résoudre à pen­ser que si le poète s’insurge contre ce genre de confor­misme c’est uni­que­ment parce que les défen­seurs de cette logique condamnent l’art à une forme très res­treinte. Ainsi qu’il a été dit, leur esthé­tique est axée sur la sélec­tion et ne favo­rise que cer­taines caté­go­ries  au détri­ment d’une diver­si­té de moyens d’expression. En tant que poète, Jean Sénac ne manque aucune occa­sion de rap­pe­ler qu’il trouve ce sys­tème de pen­sée « dis­cri­mi­na­toire », l’accusant de mettre de côté des pro­cé­dés qui ne sont pas consi­dé­rées comme por­teurs de droit. Une accu­sa­tion jus­ti­fiée, puisque tout qui ne s’aligne pas sur le modèle domi­nant est acca­blé de pré­ju­gés défa­vo­rables. Or à la rai­son poé­tique il faut en ajou­ter une autre. Ce vers :

 

                                                  je suis homme et je suis poète

 

prouvent que les enjeux de sa réflexion dépassent le cadre de la poé­sie. Cette étroite intri­ca­tion ramène le lec­teur à l’idée d’un rap­port entre la lettre et le réel. Autrement dit, par le pro­cès qu’il intente aux modes de repré­sen­ta­tions conven­tion­nelles, le poète vise à mettre sous les pro­jec­teurs les effets de la hié­rar­chi­sa­tion appli­quée à la socié­té humaine. La logique de l’uniformité, qui dérobe l’essence à la vue, est une pra­tique atten­ta­toire à la digni­té et à la sureté des per­sonnes. N’est-ce pas que sous le joug de la clas­si­fi­ca­tion iden­ti­taire souffre  le res­pect de la léga­li­té et de la liber­té humaine. Voilà ce qu’il dit sur le mode du clin d’œil. Le mot « fête » a, dans ces condi­tions, une valeur extrê­me­ment nette : il éclaire en par­tie l’intention du poète. Il cor­res­pon­drait à son vœu de ras­sem­bler autour d’un mélange qui prend l’aspect d’une véri­table céré­mo­nie de pro­cé­dés en fusion. Ainsi com­pris, la poé­sie de Jean Sénac, par les moyens qu’elle mobi­lise, par l’allure d’arc-en-ciel qu’elle mani­feste, parle de la voca­tion de l’auteur de résoudre un vœu d’unité. Une uni­té qui ne peut être obte­nue qu’en sub­sti­tuant au monde des lois absurdes un autre monde où règne une ambiance de bonne entente :

 

                                                    j’écris pour inven­ter la fête
                                                  qui nous sau­ve­ra de l’affront

 

Quant au mot affront ici employé, il est vrai qu’il prête à dis­cus­sion. Comme on ne sait pas dans quelles cir­cons­tances la pièce fut com­po­sée, on se demande dans quel sens il faut le com­prendre. Cependant, en s’astreignant à prendre l’identité de l’auteur pour ce qu’elle est, c'est-à-dire un pied-noir, on peut dire que c’est son sta­tut peu conci­liable avec les valeurs algé­riennes qui lui a valu le pré­ju­dice subi. Le « nous », qui rend compte d’un drame col­lec­tif et qui peut être rap­por­té à la situa­tion des Européens d’Algérie, plaide pour cette inter­pré­ta­tion. Le pro­nom pour­rait aus­si dési­gner tous ceux qui, comme lui, se sentent exclus à cause de leur orien­ta­tion sexuelle. Même s’il ne le dit jamais clai­re­ment dans ses écrits, tout connais­seur de Jean Sénac sait que la plus dou­lou­reuse dis­cri­mi­na­tion qu’il a eu à vivre c’est d’avoir été pri­vé de son iden­ti­té algé­rienne et cela mal­gré la force de l’amour qu’il voue à sa terre natale. C’est cette humi­lia­tion, qui lui montre ce que vaut l’existence d’un homme que l’on arrache à lui-même, qui le pousse d’ailleurs à consi­gner à l’encre les traces de sa pas­sion en se défi­nis­sant lui-même poète algé­rien (voir p.241 ou p.258). Une vibrante décla­ra­tion d’amour a valeur de pièce à convic­tion, aurait-on envie de dire, contre tous ceux qui veulent tailler un lin­ceul à son Algérianité. Certes, l’allusion est légère et rien n’autorise à faire un lien avec la vie de l’auteur, mais comme semble vou­loir le signi­fier les vers écrits plus bas, il pour­rait s’agir de cela. Dans les deux cas, l’expression de son art émane de sa conscience aigue de la dis­cri­mi­na­tion iden­ti­taire à laquelle il apporte une réponse en termes de forme. Ainsi, cette mar­que­te­rie qui mêle aux cou­plets hété­ro­mé­triques des vers en iso­mé­trie appa­rait pleine de bon sens : elle se pose­rait en sym­bole de la cohé­sion par le res­pect de l’altérité. On peut voir dans ce trai­te­ment une allu­sion au métis­sage des iden­ti­tés.  On peut dire qu’à son avis, il n’y a aucune rai­son de tom­ber dans le piège de la symé­trie appa­rente qui impose, à son plus grand regret, son auto­ri­té magis­trale. Un esprit de cet ordre est grand. L’on ne s’étonnera donc pas de l’entendre dire qu’il est urgent d’ouvrir à l’altérité si on veut qu’à la place du sang sortent des oli­viers. Bien que ce constat ne suf­fise pas à cer­ner toute la com­plexi­té de son écri­ture, on se ris­que­ra à avan­cer que cette vision marque de son empreinte toute son œuvre. En tout cas, son recueil offre un nombre assez consi­dé­rable d’exemples où le vers libre se signale comme règle de base. Cet extrait de Désordre (p.103) :

 

                                                                       Je me tu à vous aimer
                                                     fan­tômes
                                                   plus près de ma chair que mon propre sang
                                                  mais quelle amer­tume demeure
                                                  quelle légende
                                                 qui m’épuise sou­dain et me voi­ci vous reniant 

 

ou cet autre pris du poème Citoyens de lai­deur (p.204), écrits à dif­fé­rentes périodes de sa vie ( 1954
pour le pre­mier et 1972 pour le second), prouvent que son esthé­tique est res­tée la même :

 

                                                    Maudit tra­hi tra­qué
                                                     Je suis l’ordure de ce peuple
                                                    Le pédé l’étranger le pauvre le 
                                                    Ferment de dis­corde et de sub­ver­sion
                                                    chas­sé de tout lieu toute page
                                                    Où se trouve votre belle nation
                                                   Je suis sur vos langues l’écharde
                                                   Et la tumeur à vos talons.       

 

3. Non à l’autorité de la pen­sée ration­nelle

On a avan­cé au com­men­ce­ment de cette étude que Jean Sénac mani­feste une affi­ni­té lit­té­raire avec les sur­réa­listes. On sait que chez les auteurs appa­ren­tés à cette ten­dance, la lumière est por­tée sur l’envers du décor. Jean Sénac, comme Louis Aragon et Mohamed Dib (dans cer­tains de ses romans tels que Habel) trans­gresse les règles conven­tion­nelles de la repré­sen­ta­tion réa­liste en libé­rant sa vision du des­po­tisme de la rai­son à laquelle il retire sa confiance. Sa décep­tion vis- à-vis d’une réa­li­té amère fait dire à sa phrase de quelle his­toire elle est le pro­duit. Celle-ci s’exécute en met­tant à jour sa propre struc­ture signi­fi­ca­tive. Conçue pour faire grief à la logique, la phrase séna­cienne se laisse façon­ner par une asso­cia­tion libre des mots qui per­met d’éviter de res­sas­ser les inten­tions pré­éta­blies. On le voit bien, Jean Sénac asso­cie de manière tout à fait aléa­toire des mots comme Un ven­dre­di qui se tai­sait (p.29) ou comme La dure vie le gai refrain (p.31) Comme pour les les­ter de leur signi­fi­ca­tion pre­mière, le poète for­mule des chaines de signi­fiants dont le sens est appa­rem­ment à cher­cher au niveau para­dig­ma­tique. On dirait qu’avec Jean Sénac tout ne se réduit pas aux lois intel­lec­tuelles du lan­gage ; le lec­teur est som­mé de regar­der au-delà des limites de la gram­maire et de sai­sir au vol les allu­sions d’un dis­cours sous­trait à son rôle habi­tuel d’énoncé com­mu­ni­ca­tif. Pour sai­sir l’insaisissable, celui-ci doit s’armer de sa clair­voyance ins­tinc­tive pour trans­per­cer  l’épais nuage qui dérobe le sous-enten­du à ses yeux. L’idée, c’est de l’amener à aban­don­ner sa lec­ture, celle for­gée dans la tra­di­tion, et à se lais­ser sub­mer­ger par l’univers sen­so­riel d’une poé­sie for­mu­lée au fil de la plume. Bref, Jean Sénac exhorte à explo­rer les pro­fon­deurs  parce que c’est le seul moyen de faire éclore l’inexprimable qui se love dans ses vers. Lorsqu’il dit :

 

                                                     les mots les plus vrais sont si bêtes
                                                    qu’on les écoute en sou­riant

 

il avoue suc­com­ber au goût des vocables simples qui sur­gissent sans pré­mé­di­ta­tion. Séduit par le pou­voir du hasard, il ne retient pas son émer­veille­ment face au bon­heur que pro­curent des mots dis­pa­rates coor­don­nés en énon­cé. Et com­ment ne pas l’être alors que c’est dans le geste d’une main ser­vile que jaillit la véri­té. C’est en ces termes, semble-t-il, que l’on peut inter­pré­ter ses pro­pos. Par ailleurs, comme cha­cun le sait, cette esthé­tique, qui s’apparente à l’écriture auto­ma­tique, a des affi­ni­tés avec la libi­do. Et comme Jean Sénac vise le vrai, il dit ce qu’il doit dire sur lui-même en appe­lant les choses par leur nom (lire à titre d’exemple son roman auto­bio­gra­phique Ebauche du père, pour en finir avec l’enfance). Le choix de Jean Sénac dit l’envie de don­ner une image en totale adé­qua­tion avec l’être retran­ché à l’intérieur de lui-même. Identifier le moi à sa nature pro­fonde est donc la règle à laquelle le poète porte une grande révé­rence :

 

                                                   j’aime la chair et j’ai un nom

 

Cependant, sa décla­ra­tion à l’allure d’un aveu va très vite être pla­cée sous les aus­pices d’une tona­li­té  en quelque sorte pes­si­miste :

                                                     (…)

                                                    ce démon secret qui m’inquiète

 

Et même si on ne com­prend pas tou­jours clai­re­ment de quoi il parle, on devine ce que le poète exprime sur le mode de la conni­vence. Même s’il ne lève pas com­plè­te­ment le voile sur son pen­chant sexuel, ce qui est cen­su­ré ne peut être rat­ta­ché qu’au mau­vais aspect du Désir : celui d’une pra­tique « ana­thé­mi­sée » qu’il s’abstient ici de mettre en mot. On convien­dra que le vocable démon indique une direc­tion de lec­ture. Le connais­sant, on ne peut pas s’empêcher de pen­ser à sa nature homo­sexuelle. D’autant plus, le terme en lequel s’énonce le bio­lo­gique insi­nue le mal-être. Sa puis­sance sug­ges­tive per­met d’attirer l’attention sur la force de la pul­sion qui s’échafaude inopi­né­ment vers un ordre où elle n’a aucune légi­ti­mi­té de droit. D’ailleurs, le sur­gis­se­ment inat­ten­du est signi­fié par l’emploi de la den­tale /​d/​ dont le point d’articulation du pho­nème cor­ro­bore cette idée selon laquelle l’enfoui émerge sans pré­avis. Comment doit-on com­prendre cette des­crip­tion ? Est-ce une culpa­bi­li­té incons­ciente ? Une auto­cri­tique ? Un dédoua­ne­ment de soi ? Des ques­tions que l’on se pose sans cesse aux­quelles il est impos­sible de répondre. En tout cas, le sen­ti­ment de gêne qui accom­pagne son pro­pos est adou­ci par l’aveu d’impuissance qu’il for­mule face à une force qui le dépasse. C’est pour­quoi, bien que les mœurs de son temps le mettent sur le qui-vive, bien que sa chance d’être accep­té comme tel dans le pays qu’il a choi­sit comme sien avoi­sine la nul­li­té, il s’obstine, au nom du prin­cipe de la fidé­li­té  à soi et à l’autre, à expri­mer son iden­ti­té sexuelle son détour en la consi­gnant dans ses écrits :

 

                                                         et vous voyez j’écris pour­tant
                                                         ma vie ne sera pas dis­crète
                                                         j’ai trop d’amour et d’ambition

 

Et quand il écrit :

                                                   Il fau­dra bien que je m’apprête
                                                   à témoi­gner de la pas­sion
                                                  des hommes francs et fiers qui mettent
                                                 l’eau de l’espoir entre leurs dents        
                                                il fau­dra écrire cette joie dont il dit à ses amants
                                               qu’elle soit lim­pide et par­faite
                                                j’y ajus­te­rai ma chan­son.

 

on com­prend qu’il ne cherche pas à signi­fier. Comment en effet lire des vers qui ne se livrent pas ? Pourtant, même si on ne peut pas pré­tendre sai­sir tout le sens que couvrent ces vers, on ne peut pas non plus igno­rer ce quelque chose qui reste à por­tée d’entendement. C’est à dire, de ce cou­plet, qui en repous­se­ra plus d’un, on retient sa double pers­pec­tive. En termes plus clairs, on dira que for­mu­lé comme tel, ce frag­ment rap­proche de manière assez inat­ten­due deux points de vue tout à fait dif­fé­rents, mais qui vont dans la même direc­tion : ces lignes inves­ties d’un lan­gage  inin­tel­li­gible accom­plissent une fonc­tion mimé­tique en se fai­sant méta­phore du spec­tacle déplo­rable de la vie humaine. En même temps, sou­te­nues par cer­taines idées clai­re­ment énon­cées, telles que la trans­pa­rence, la fran­chise, le devoir de véri­té, ces mêmes lignes sont aus­si une poi­gnante exhor­ta­tion à la com­mu­nion fra­ter­nelle. Une fra­ter­ni­té qui doit être réa­li­sée dans l’amour mutuel qui ne se paie pas de mot mais d’attitudes vraies. 

Il reste à tirer au clair le titre que l’on retrouve réité­ré à la tren­tième ligne du poème :

 

                                                mon disque tourne avec le temps

 

Ce vers, qui est une ampli­fi­ca­tion de l’intitulé de la pièce, sug­gère clai­re­ment la visée du poète. Géométriquement, Disque est un terme qu’on uti­lise pour dési­gner la figure du cercle. Au tra­cé hori­zon­tal du rond, lequel n’a ni début ni fin, ni hau­teur ni pro­fon­deur, peut-être asso­cié une fonc­tion sym­bo­lique : l’absence de hié­rar­chie. Dans la pen­sée pri­mi­tive, le cercle est d’ailleurs le sym­bole de l’égalité. Il est vrai que dans une orga­ni­sa­tion en cercle cha­cun a sa place et per­sonne ne peut s’enorgueillir d’avoir le meilleur empla­ce­ment.

Musicalement, Disque est un sup­port tech­nique de dif­fu­sion qui per­met à l’auditeur de réécou­ter les traces sonores enre­gis­trées autant de fois qu’il le sou­haite. On croi­rait volon­tiers que le titre est né du sou­hait du poète de confé­rer à sa poé­sie un carac­tère répé­table. Qu’elle soit réécou­tée en boucle comme une chan­son, tel semble être son vœu. Mais pour­quoi vou­drait-il que sa parole soit sans cesse recon­duite ? La réponse est simple : parce que sa voca­tion poé­tique est cor­ré­la­tive de l’espoir qu’il nour­rit d’amener le lec­teur à prendre le contre pied de ce qui  détruit l’unité, de le pous­ser à médi­ter sur la ques­tion de l’ouverture  mise ici en ques­tion. En effet, la poé­sie séna­cienne, bien qu’elle n’échappe pas à l’esprit de son temps, elle ne se pétri­fie pas pour autant dans sa langue d’origine et conti­nue, grâce à l’envergure de sa pro­blé­ma­tique, sa marche en avant. Voilà sans doute pour­quoi il veut que sa parole soit res­sas­sée autant de fois que néces­saire et au fil des géné­ra­tions.

 

Conclusion :

Enfin, selon la défi­ni­tion cou­rante de la notion d’« art poé­tique », le texte qui en est le mani­feste sug­gère de nou­veaux pro­cé­dés d’écriture qui défi­nissent le posi­tion­ne­ment de l’auteur dans le champ lit­té­raire. On sait que Jean Sénac n’est pas le pre­mier à reven­di­quer une esthé­tique de ce type, on sait qu’il ne pro­pose pas une for­mule neuve, mais il n’est en rien rede­vable à qui­conque et sa poé­sie n’est pas une for­mule tau­to­lo­gique. On ne peut pas lire, à titre d’exemple, René Char ou Louis Aragon comme on lirait Jean Sénac car cha­cun « tire de lui-même et de lui seul son ins­pi­ra­tion. » C’est à dire, bien qu’il ne soit pas un acteur de pre­mier plan de l’abolition des pro­cé­dés conven­tion­nels, on ne peut pas non plus le relé­guer au rang d’un simple « sui­veur ». On pense qu’il est nova­teur par l’importance accor­dée à la notion de diver­si­té. Sa verve d’écriture a don­né une œuvre intem­po­relle et uni­ver­selle qui fait une très large part à la ques­tion du vivre-ensemble. Penser l’unité dans l’horizon de la diver­si­té, c’est peut-être cela qui pare son écrit de l’attrait de l’originalité. Or, même si Disque est un texte méta­poé­tique, il ne porte en soi aucune indi­ca­tion didac­tique car il y va de la sur­vie de la poé­sie. Ainsi, le pro­pos de Jean Sénac n’est pas celui d’un théo­ri­cien mais celui d’un homme atteint qui  ins­crit son art dans l’ambition de remé­dier, tant soit peu, à une situa­tion qui peine à s’accomplir dans le réel.

 

Indications Bibliographiques :

Jean Sénac, Pour une terre possible…Poèmes et autres textes inédits (1999), Paris : Ed. Marsa.

Mazo, Bernard (2009) « Jean Sénac, le réfrac­taire », in Algérie Littérature/​Action, n.133-136, sept-déc, pp.75-79.

Nacer-Khodja, Hamid (1998) « Jean Sénac : Erotique, poé­tique, poli­tique », in Algérie Littérature/​Action, n.17, jan­vier, pp.15-33.

Valfort, Blandine (2011) « Jean Sénac, L’Algérie au corps», en ligne : http://​www​.lavie​de​si​dees​.fr/​I​M​G​/​p​d​f​/​2​0​1​3​0​1​7​1​7​_​s​e​n​a​c​-​3​.​pdf

Ainsi que le récent : Bernard Mazo, Jean Sénac, poète et mar­tyr, Seuil, 2014.

Résumé : « Disque » de Jean Sénac, que l’on se pro­pose d’étudier est impri­mé en pages 183/​184 du recueil Pour une terre pos­sible… Dissimulé par­mi tant d’autres pièces poé­tiques et de textes d’hommage, le poème n’a jamais fait l’objet de l’attention des com­men­ta­teurs. Qu’il n’ait pas été mis à pro­fit semble tout à fait sur­pre­nant compte tenu des indi­ca­tions pré­cieuses qu’il offre  sur l’esthétique à laquelle le poète sous­crit. A l’instar de son titre, cet article est consa­cré à livrer quelques indices sur la pro­so­die séna­cienne et à don­ner, avec toute les pré­cau­tions néces­saires, quelques pistes d’interprétation qui contri­bue­ront à mieux sai­sir l’ambition et la por­tée de la voca­tion poé­tique du poète. On laisse donc quelques pans du texte dans l’attente d’une élu­ci­da­tion que d’autres feront pas­ser de l’ombre à la lumière.  
Mots-clés : Disque- Art poé­tique- Jean Sénac-Anticonformisme-Diversité.  

Abstract : The poem « Disque » extrac­ted from the col­lec­tion Pour une terre possible…has never attrac­ted com­men­ta­tors atten­tion although it contains impor­tant infor­ma­tions on wri­ting  of Jean Sénac. This pape is devo­ted to give few inter­pré­ta­tions in order to bet­ter know the artis­tic pro­ject of this poet. Because the texte is not easy to read some verses will stay in pen­ding of an expli­ca­tion.
Key words : Disque- Poetic art- Jean Sénac- Unconventionnality-Diversity.
 

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