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Les chevaux de Lalla Fatima

Par |2018-10-16T22:50:59+00:00 5 novembre 2012|Catégories : Blog|

 

1. Méditation dans une cui­sine

 

            Loin d'ici où

les routes

fourchent

            nous aus­si

routes que nous

des­cen­dons

                       passe-mon­tagne

de la néces­si­té

pla­qué

sur les

yeux.

            Voir à tra­vers & choi­sir

étrange fan­fa­ron­nade

comme quoi se met

le doigt dans l’oeil

c.à.d. l’ex-

tirpe.

(Con-

fusion du

mou­ve­ment : tu peux l'avoir

si tu veux

des deux façons. Je mange

avec une four­chette)  J'ai

 

ris­qué la route

hier, la ris­que­rai

demain . ce soir

nous nous repo­sons dans l'oasis

de cette cui­sine

(un repos vou­lu :

 « rien n'est jamais

acquis »

 fier orgueil

oubliée la

bio­lo­gie, ir-

réver­sibles

pro­ces­sus,

res­pi­ra­tion écour­tée

comme le sont les lignes,

le deviennent,

les vies.)

Cooeur braise dans un bra­se­ro

mou­ve­ment en

& de repos, amour

pré­pare une fête, rôti

d'agneau dans le four, un conte

à racon­ter, à

figer

dans l'air.

 

  le temps

que prend la viande

pour prendre : ser­vons-nous du

temps que nous avons

 avec soin, avec pré­ci­sion,

(les heures que tu passes

 à hui­ler laver sécher

  tes che­veux :

ta patience, ton

sens aigu de)

 ton corps contre mon impa­tience

  mes dents en putré­fac­tion

 déjà plus si longues

la lon­gueur de mes lignes à pré­sent

l'énorme ambi­tion

réduite

à la voix du

poème,

chant de canyon encais­sé

où les che­vaux

se cabrent, étroites oreilles

dres­sées, narines

dila­tées vers là

où rôde

le puma.

 

 Tourner la viande

dans le four : le temps

que ça prend –

 

 (tout comme

ces muscles que nous appe­lons

la sou­ris, the mouse,

mus­cu­lus & mus

– une éty­mo­lo­gie tru­quée

comme dans « tru­quer

les contes » –

se res­serrent sous

la cha­leur, puis crous­tillent &

rape­tissent

le long de

l'os

 /​

  éclat de lueur blanche

fait pous­ser une anse

à nos vies

d'os & mots & oui

nous fai­sons ce que nous fai­sons

aus­si osseux que nos vies ça

tourne & s'arrête & oui

contrôle signi­fie perte.

Voilà  le choix le veut

& c'est le seul choix

que nous avons .

   Tourner le rôti

tou­cher des rochers nus

neiges éter­nelles &

en pas­sant tou­cher

& se repo­ser

aux croi­se­ments

où nous croi­sons nos

yeux vers Hermès . tou­chons à

conti­nuons depuis

le tou­cher de la terre

la douce pente

de ta cuisse.

Il reste de la force

dans

les os

& là

dans tes

mains.

 C'est tout

moi . nous

 avons besoin de tout.

 

 

2. Le conte

 

 

                        tra­verse la route,

der­niers rayons longues jour­nées il

est ques­tion non d'espoir, les

paroles sont plus pra­tiques ou

comme ils disent

(c'est qui ils ?

ramènent sur terre

(qui ose­rait

des mots qui ramènent

sur terre ?

(sous la sur­face

pas de la terre,

la nôtre, ou sous la

méti­cu­li­si­té de nos mots)

nous ne sommes que ça

& plus

ancrés ici dans l'odeur

de rôti dans

la mobi­li­té pré­cise

de ta main.

 Maintenant

cette his­toire arrive

au moment où la fille

unique du pro­phète,

la mère de

Hassan & Hussein,

celle qu'on nomme

Lalla Fatima

envoya une cara­vane

de che­vaux de

La Mecque à Médina

(ou était-ce

de Médina à La Mecque ?

nous igno­rons

quand cela s'est pas­sé,

était-ce avant ou après

la mort de Mahomet, avant

ou après la nais­sance

de ses fils?) peu

importe. Ceci

importe : les che­vaux

se per­dirent en route

(ou ceux qui les

condui­saient, l'histoire

ne le dit pas non plus

un humain pas

un che­val a confié cela

à la mémoire)

& quand le soleil se fut cou­ché

& que fut écou­lé le temps alloué

& qu'ils n'étaient pas reve­nus

(quelle flo­rai­son de

paren­thèses, le

pro­ces­suel

qui avance

de par­tout

en même temps alors que

cet art exige

encore & encore

le choix au croi­se­ment

des routes) c'est ain­si que

m'est venue cette his­toire /​ je par­lais

de car­re­fours toi tu

as pen­sé à l'histoire

des che­vaux

de Lalla Fatima

pour répondre à mon exé­gèse

de la four­chette (pas

celle qui a tour­né le rôti,

celle de la route qui four­cha

quand les yeux

furent offerts

à Hermès)

fer­mons la parent

thèse, ouvrons au moment

où Fatima

dans sa longue gan­dou­ra tom­bante

anxieuse du haut du toit

scrute les rem­parts

de La Mecque ou Médina

(haute la mai­son, son père

un riche mar­chand-pro­phète)

en direc­tion de Médina ou La Mecque

où la route droite

a four­ché

sous la volon­té des che­vaux

& Fatima va main­te­nant cher­cher

un vase pan­su avec une

ouver­ture étroite le tient

au-des­sus du bra­se­ro dans

lequel brûlent les sept

par­fums consa­crés :

encens noir & blanc

ele­mi résine

bois d'aloès

coriandre

ambre & myrrhe.

Dans le réci­pient

puri­fié une ser­vante

verse de l'eau de source &

puis les deux femmes

avec les pointes com­munes

de leurs doigts sou­lèvent

le vase & Lalla

récite un poème une

prière & voi­là

le vase tourne il cherche

son che­min dis

-tu un signe désigne

la direc­tion

dans

laquelle quelque chose

s'est per­du (fai­sons

pareil dis-tu

avec un des nôtres, je

me deman­dais

ce que nous avions

per­du, ai fait le timide, ai dit

c'est la terre

qui tourne & il se peut que notre vase

soit du bon endroit mais

il n'est pas au

bon endroit

& qui suis-je pour

oser de la magie

pra­tique quand j'ai

tant de mal

à sim­ple­ment racon­ter

l'histoire

ce qui est mon bou­lot

& puis toi

tu t'es sou­ve­nue de plus,

sous

venue des

mots mimés (qui

dis-tu sont l'histoire

que tu m'as racon­tée)

& j'ai pris la four­chette

de la route grecque

pour aller là où est le mythe

les mots mimés font

(ou font-ils)

tour­ner le vase.

J'en vou­lais davan­tage, sen­tais

que quelque chose

m'échappait, t'ai bous­cu­lé &

tu as appe­lé ta

mère

qui a dit qu'il n'y avait

point de che­vaux

que c'étaient des cha­meaux

mais ils s'étaient bien

éga­rés

& donc la ques­tion

revient ain­si :

où sont les cha­meaux

de Lalla fati­ma ?

Ou devrais-je chan­ger

le titre. ré-

écrire l'histoire ?

Non. Ceci est

l'histoire des

che­vaux de Lalla Fatima,

les che­vaux qui ne

ren­trèrent pas à la tom­bée de la nuit.

Ou le firent pen­dant que le vase

tour­nait, ou ren­trèrent

en tant que

cha­meaux.

Le vase ne put pas pré­voir

que la route nar­ra­tive

allait four­cher.

Une dent de la fourche vit

des­cendre les che­vaux,

une autre remon­ter

les cha­meaux. Fatima

est sur­prise, elle a

atten­du toutes ces années,

le vase qu'elle tient

se brise, la pro­phé­tie

se réa­lise, les

che­vaux sont reve­nus en

tant que cha­meaux. nous n'en

sommes pas plus

sages.

 

 

(Traduit de l'américain par Jean Portante)

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