> Les Cimetières engloutis (extraits)

Les Cimetières engloutis (extraits)

Par | 2018-02-21T06:03:22+00:00 13 juillet 2014|Catégories : Blog|

 

Je regarde la mer inter­dite
la mer souillée
des embar­ca­tions témoignent de voyages morts
de l’incessante langue d’eau de la brû­lure du sel
bois et fer­railles cailloux et plas­tiques
une bous­sole satel­li­taire grip­pée sur le néant

Je pense aus­si aux voyages morts échoués en cha­cun
aux épaves qui s’accrochent à nous
à ces liens d’ombre qui nous ligotent

Luisant dans la nuit
sur la crique les os léchés à blanc
et je me dis
un mort est-ce
un crâne bour­ré d’obscur

Le bruit des vagues
Le vent

 

 

***

 

 

   je par­cours les cime­tières englou­tis et pagaie seul sur cette eau morte
   entre des fleurs décom­po­sées où la nuit réver­bère son huile
   entre les grands ifs fai­sant fi des vani­tés
   entre l’amnésie flot­tante et les mousses éclip­sant les pierres
   entre l’âme moi­sie des lieux de pié­té et d’abus
   entre la puan­teur des joies défuntes qui dégui­saient vos jours
   entre les bijoux de l’infamie arra­chés des corps sans nom
   entre l’os pros­ti­tué et les images du règne qui s’émiettent
   je par­cours les cime­tières englou­tis et cherche les yeux d’une femme

 

 

***

 

je suis le cou­teau qui se cache
dans le sou­rire de l’enfant humi­lié
le trou que la nuit creuse dans l’insomnie
la res­pi­ra­tion des asth­ma­tiques
le miroir de la lépreuse
la der­nière ombre du chien au milieu de la rue
cher­chant sa mort de métal
le genou cas­sé à l’horizon de la fron­tière
la goutte d’acide qui tombe et ronge la langue
je suis le bal­bu­tie­ment de la langue ron­gée

 

 

***

 

sur la route du retour
la ten­sion affûte tes sens
tu cherches les bifur­ca­tions
où te perdre
où puisse encore éclore
un moment de splen­deur

sur la route du retour
il pleut des oiseaux morts

 

 

***

 

à M.

j’ai bu le vide au gou­lot
tant ma soif était noire

et je nage
pour échap­per aux fourches
pour cher­cher les failles
pour saper les racines de vieux réflexes men­taux
j’articule ma len­teur défie ma bles­sure
efface au noir mes traces

et j’ai tant nagé
qu’à la pointe de l’épuisement
là où se fend l’insomnie
là où se tend le nerf caché
où le masque se casse
où l’os brise le verre
où le sang récu­père sa source
je ren­contre une femme
belle comme une forêt en feu
 

Sommaires