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Les Codes

Par | 2018-02-22T22:01:07+00:00 30 juin 2017|Catégories : Blog|

          Traduction Marilyne Bertoncini

 

Les Codes

 

Command v/​ Bradley Manning.

 

Parce que j’ai volé les codes, il me font dor­mir nu.
A dix-neuf heures, deux agents prennent mes che­mise,
pan­ta­lon,  cale­çon – je n’ai jamais por­té ni lacets ni cein­ture.
Leurs yeux brûlent der­rière d’identiques masques de ski
mais ils ne me parlent, ni ne me touchent ou me regardent.
Peut-être que s’ils le fai­saient, ils ne pour­raient plus faire l’amour
avec leurs petites amies en ville. Ou bien ils ont des ordres.
Ils portent des gants de latex blanc et leur bottes
sont enve­lop­pées de cel­lo­phane. L’un a des tongs. J’obtiens un drap,
mais le soir je le laisse tom­ber et reste nu au garde-à-vous
à l’extérieur de la porte d’acier triple épais­seur. L’un d’eux me garde
avec un Glock dégai­né, l’autre fouille ma cel­lule,
bien qu’il n’y ait rien, une planche, une latrine.
Sous cer­tains angles, il met la main sur la camé­ra
pour ne pas être recon­nu dans mille ans d’ici.
Je devine ça, je ne peux pas me concen­trer, mes yeux sont en avant.
Vous ver­rez la spi­rale d’une empreinte de pouce, une tache de che­veux,
puis l’enregistrement mon­tre­ra mon sexe qui pen­douille, mon ventre pâle,
les épais ongles jaunes de mes orteils, parce que j’ai volé les codes.

 

*

 

The Codes

 

                  Command v. Bradley Manning

 

Because I stole the codes, they make me sleep naked.
At nine­teen hours, two agents col­lect my shirt,

pants, shorts – -I had never had laces or a belt.

Their eyes burn behind iden­ti­cal ski masks
but they never speak, touch, or look at me.

Perhaps if they did, they couldn’t make love

to their girl­friends in the city. Or they have orders.
They wear white latex gloves and their boots

are wrap­ped in cel­lo­phane. One has tongs. I get a sheet,
but at dawn I give it up and stand nude at atten­tion
out­side the triple-ply steel door. One guards me

with a drawn Glock, the other searches my cell,

though there is nothing, a board, a slop-hole.

At cer­tain angles he puts his hand over the came­ra

so he won’t be reco­gni­zed a thou­sand years from now.
I guess this, I can’t focus, my eyes are for­ward.

You will see a whor­led thumb print, a smudge of hair,
then the tape will show my dan­gling sex, my pale bel­ly,
my thick yel­low toe­nail, because I stole the codes.

 

*