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Les écrits dans l’arbre de P. Chemin

Par |2018-12-11T08:43:44+00:00 16 juin 2013|Catégories : Critiques|

Depuis le début du nou­veau mil­lé­naire, l’idée qu’il faut « réen­chan­ter le monde » s’impose peu à peu. À l’évidence, une cer­taine poé­sie y contri­bue. Les écrits dans l’arbre de Patrick Chemin sont la quin­tes­sence de cette poé­sie-là. S’il est bien un auteur à qui la phrase d’Hubert Juin « À défaut d’écrire avec son sang, écrire avec la sève d’un arbre peut-être », peut s’appliquer, c’est Patrick Chemin. Chacun de ses cin­quante-deux textes se savoure len­te­ment, chaque poème coule en soi comme une gor­gée de pleine sève ou de miel cro­qué en rayons. Ce sont là des images qui reviennent sou­vent sous sa plume : «  Je suis ton écri­ture et ta fron­dai­son. Je suis la sève de tes mots », « Si l’abeille est géné­reuse dans la nuit des ruches, c’est qu’elle ignore la sen­tence extrême du miel »            

Peu de thèmes sont abor­dés dans ce recueil, mais ils sont essen­tiels : les sources, les arbres, la sève, le ciel, les étoiles, l’amour, l’écriture et aus­si peu de mots sont uti­li­sés pour les abor­der, d’une très grande sim­pli­ci­té.  C’est de cette éco­no­mie et de cette concen­tra­tion que nait la puis­sance poé­tique de chaque texte et de l’ensemble du recueil.  

La forêt et les arbres étant les thèmes prin­ci­paux du recueil, on y croise for­cé­ment dans quelques che­mins de tra­verse des elfes et des fées que d’ailleurs Patrick Chemin nous annonce : « Je retourne aux pays des fées, je vais dor­mir dans la forêt du milieu avec le petit peuple des légendes ». Il dit aus­si «  Il faut du temps pour faire le monde. Pour don­ner aux arbres le sen­ti­ment de la forêt. Je veux un bai­ser. Disait la sève. Disait la résine. Et dans les branches proches les oiseaux chan­taient devant l’avancée de l’amour »             

La poé­sie de Patrick Chemin est une poé­sie de contem­pla­tion et de médi­ta­tion, son écri­ture est celle de l’humilité et du dépouille­ment et cet assem­blage donne au recueil une dimen­sion qu’il faut bien qua­li­fier de spi­ri­tuelle en même temps qu’elle est sen­suelle. On ima­gine Patrick Chemin être un bûche­ron des mots, abat­tant des arbres à lettres, puis en fai­sant  sécher les branches et les troncs pour ensuite, dans un silence mona­cal, assem­bler en patience des mor­ceaux de bois d’essence dif­fé­rente pour fabri­quer un bijou odo­rant. Bûcheron des mots qui ferait de la mar­que­te­rie sophis­ti­quée, dont, para­doxe suprême, chaque objet sent encore la résine et dont la sève colle aux doigts, Patrick che­min démontre, dans chaque texte, que la sophis­ti­ca­tion suprême est la sim­pli­ci­té. 

«  Je cherche un seul mot. C’est pour­quoi j’en écris mille. La lumière végé­tale et lente des arbres abrite un vitrail de résines. C’est pour­quoi j’écris à la lisière du mot par­fait qui est le silence. »

Patrick Chemin, reve­nant de forêts pro­fondes, fait un retour aux sources de l’essentiel. Faisant halte dans la clai­rière de l’être, il cherche la parole ori­gi­nelle.    

Les forêts de la poé­sie ont trou­vé un Merlin et l’on peut dire désor­mais « Chemin l’enchanteur ».

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