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Les enfants de la foudre

Par | 2018-05-27T05:36:30+00:00 17 juin 2012|Catégories : Critiques|

À la lisière du dehors et du dedans
le lieu est la marche sans but

                     [Mirabilia]

 

Chaque paru­tion d’un recueil chez Rougerie demeure un évé­ne­ment. Quel cata­logue ! On retrouve là nombre des prin­ci­paux poètes du der­nier 20e siècle, et du début de ce siècle. De beaux livres encrés au plomb et dont il faut comme autre­fois décou­per les pages, impri­mées sur beau papier sur les propres presses de l’éditeur. Depuis l’origine, celle de la créa­tion de la mai­son d’édition par René Rougerie, et jusqu’à main­te­nant, la mai­son étant reprise par le fils Rougerie.

Franscesca-Yvonne Caroutch donne, avec ces enfants de la foudre, un superbe recueil mar­qué par la force, la beau­té et la sagesse d’une vie de recherche inté­rieure, en dia­logue avec l’univers. Ce n’est pas rien la poé­sie quand elle atteint à un tel degré d’évocation, une telle plon­gée dans les méandres de l’être. Du reste, sa poé­sie a d’emblée été remar­quée, dès Soif, recueil paru en 1954, par des noms qui tintent aux oreilles : Reverdy, Paulhan, Jean Grosjean, André Pieyre de Mandiargues ou Gaston Bachelard… Excusez du peu ! Recours au Poème se joint à la lignée de ses admi­ra­teurs tant la poé­sie de Caroutch dit notre pré­oc­cu­pa­tion, celle d’en appe­ler à la poé­sie comme cœur de la vie, face aux dérives mor­ti­fères de ce monde d’apparences et de sor­dides illu­sions. Rien de « guer­rier » en cela. Juste un regard réglé sur le monde du réel.

Les enfants de la foudre réunit en une qua­ran­taine de poèmes excep­tion­nels les dif­fé­rents aspects de la pré­oc­cu­pa­tion de Caroutch, cette vision au-delà du voile de l’illusion, depuis son expé­rience des tra­di­tions tant euro­péenne qu’orientale, tra­di­tions dont sa poé­sie montre com­bien elles ne sont pas si éloi­gnées quand on les regarde plus comme des com­plé­men­taires que comme des contra­dic­toires :

 

Les appa­rences nous enve­loppent
Mais leur essence est vacui­té

[Crépuscule d’un mythe]

 

 Dans cette poé­sie, la Parole cir­cule en quête de lumière retrou­vée, comme un appel à l’endormie pour reprendre le titre de l’un des poèmes. Tout est alchi­mie dans l’œuvre de Franscesca-Yvonne Caroutch :

 

Accalmie
 

De minus­cules créa­tures vivent par­mi nous
Elles nous observent
blot­ties der­rière les armoirs
dans une coquille d’œuf
ou dans l’âtre éteint

Ne jamais oublier
leur offrande de fleurs
de quelque menu joyau
ou d’un grain de blé

Elles nous appren­dront
à savou­rer l’ambroisie
de l’inconcevable enchaî­ne­ment des choses

 

Il est clair que si l’on enten­dait plus sou­vent ce genre de voix à la télé­vi­sion plu­tôt que celles des imbé­ciles qui y passent leur temps sous cou­vert d’expertise (de quoi, on se le demande), le monde se por­te­rait mieux. On enten­drait alors une voix rap­pe­lant l’humilité de ce que nous nom­mons le réel.

 

Un poème de Franscesca Y. Caroutch

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