> Les Incontournables en poésie pour la jeunesse

Les Incontournables en poésie pour la jeunesse

Par |2018-06-05T14:01:47+00:00 3 juin 2018|Catégories : Critiques, Patrick Joquel|

La pas­sion pour la poé­sie et pour la lit­té­ra­ture jeu­nesse de Patrick Joquel (édi­teur de la revue Cairns pré­sen­tée dans le numé­ro 183) nous per­met de vous pro­po­ser désor­mais une rubrique consa­crée aux incon­tour­nables de ce pan de la lit­té­ra­ture, consa­cré à la poé­sie. Nous com­men­ce­rons en don­nant la parole à l’auteur lui-même, qui nous pré­sente deux de ses albums.

Avec Johan Troïanowski, nous avons cher­ché à tra­vers quatre ouvrages édi­tés par trois édi­teurs dif­fé­rents à croi­ser Bandes des­si­nées et poèmes. Pour ce Chercheur d’or, le qua­trième de cette réflexion, ce fut une com­mande des édi­tions Pluie d’étoiles 

http://​www​.pluie​de​toiles​.com/

Format et pagi­na­tion impo­sés. Johan avait le désir de tra­vailler ce per­son­nage de sca­phan­drier. Je suis par­ti alors sur ce thème du cher­cheur, un clin d’œil sans doute au tré­sor de Rakham le Rouge (on vient de son enfance, n’est-ce pas ?). Un pre­mier texte poé­tique a été récu­sé par Johan pour sa lon­gueur, et c’est alors que je l’ai res­sé­ré en reve­nant au haï­ku. Cette fois-ci cela pou­vait fonc­tion­ner pour Johan. Il s’est mis au tra­vail de découpe et de des­sin. Les haï­kus se sont dis­sous dans la réa­li­sa­tion au point de se cacher dans les cases. Seul un lec­teur atten­tif sau­ra les déni­cher.

J’aime bien cette idée de fondre le poème dans un pro­jet livre. Chaque haï­ku, ici, peut-être pris en indé­pen­dant. Ensemble ils forment un récit dérou­tant que les encres et les crayons de Johan colo­rient.

 

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Chercheur d’or. Scénariste : Patrick JOQUEL Dessinateur : Johan TROIANOWSKI. Pluie d’étoiles édi­tions sep­tembre 2014 8.00 €

Ces Maisons bleues furent le pre­mier édi­té de notre col­la­bo­ra­tion. Pas le pre­mier créé. Le pre­mier c’était l’histoire du monde, publié au Québec ensuite.

Nous avons réa­li­sé ensemble quatre livres. Pour trois d’entre eux, ce sont les œuvres de Nathalie qui sont pre­mières. Nathalie tra­vaille sou­vent par série. Lorsqu’une série me porte, m’emporte, je pars avec les scans et petit à petit, sans urgence, je laisse les mots se poser à côté. L’écriture chaque fois invente sa forme. Texte ver­ti­cal, haï­ku, texte hori­zon­tal et autres piliers d’encrages dif­fus.

Pour le Comme un chuin­te­ment d’air, nous avons inver­sé : le texte était pre­mier. Une série de poèmes que j’ai écrits pen­dant que je menais des ate­liers d’écriture à la Maison d’Arrêt de Grasse. Nathalie a su trou­ver des images fortes qui les accom­pagnent.

 

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Maisons bleues, Patrick Joquel, illus­tra­tions Nathalie de Lauradour, Soc et Foc, 48 p. 2007, 12 euros

Le temps en miettes, de Chantal Couliou, Peintures de Dar’Jac, Soc et Foc 2017

La poé­sie, dit sou­vent Alain Freixe, est affaire de perte. Le temps qui passe signe toutes nos pertes. C’est de cela dont s’empare ce livre de Chantal Couliou. Un livre à plu­sieurs voix. Celle d’une grand-mère qui se voit vieillir. Celle de l’enfant qui la voit vieillir et qui se rend plus ou moins compte que lui aus­si vieillit. Celle du petit enfant qui n’a que le bon­heur encore pour hori­zon, un hori­zon dont il est le centre et le soleil.

Et quand il devient impos­sible de col­ma­ter les brèches on déman­tèle… La perte avec toutes ses étapes, jusqu’à la mémoire enfuie…

Pas de pathos, juste de la ten­dresse et de la jus­tesse. 

Un livre plein de gra­vi­té, d’amour et pai­sible fina­le­ment.

 

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Maximes de nulle part pour per­sonne, de Perrin Langda, Illustrations d’ Eric Demelis, Voix d’encre, 2017

Voilà un livre dont j’aime la démarche pour l’avoir uti­li­sée quelques fois : l’artiste devance l’auteur ! L’écrivain, le poète ici, écrit à par­tir des des­sins d’Eric Demelis. De petites vignettes, des per­son­nages, à l’encre noire. Perrin Langda les contemple, les écoute, leur donne mots. Voix. Des poèmes courts, des pavés de prose. Ça joue, ça rebon­dit, ça invente et sou­rit au lec­teur l’air de dire « Tu vois, ça pétille comme cham­pagne sur la langue mais ça tient debout aus­si ».

J’adore cet humour, ce déca­lage et ce côté un peu British. On pense à des affi­ni­tés avec les Held, Claude et Jacqueline, avec le Touzeil. On ne se prend pas au sérieux mais ça bosse avec le sérieux sou­rire des enfants.

C’est joyeux. Drôle par­fois. Emouvant, aus­si. Varié. Plein de sur­prises, l’imaginaire aux com­mandes ! Vivant ! On en re-demande !

 

 

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Premier recueil poé­tique d’Alain Chiche que l’on connait déjà pour ses livres jeu­nesse au Seuil et ailleurs. Un livre qu’il a illus­tré aus­si et qui éclate de cou­leurs joyeuses. Un livre joyeux oui. Des comp­tines, des poèmes plu­tôt courts, mais pas tous. Des textes qui don­ne­ront bien du plai­sir aux enfants et à leurs maî­tresses et maîtres. Des poèmes géné­ra­teurs d’ateliers d’écriture, des images qui ouvri­ront l’imaginaire des jeunes créa­teurs. Un livre riche et agréable à mettre dans toutes les classes, dès la mater­nelle.

 

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Effeuillage, d’Alain Chiche, Gros Textes, 2017

Un nou­vel édi­teur est né en 2 017. Fatrasies édi­tions. Petit tirage soi­gné, dyna­mique sou­riante. Voilà une bonne nou­velle.

Télescopes

Quand un poète veut voir de plus près les étoiles,
il ferme les yeux et il ima­gine.
Que res­sent le scien­ti­fique qui ferme les yeux
et ima­gine ?
L’envie d’inventer le téles­cope.
Que res­sent le poète qui regarde à tra­vers
la lunette du téles­cope ?
L’envie d’écrire un poème.

Voilà, d’emblée où cet ensemble de courts poèmes se situe. Dans cet espace infi­ni entre science et songe. On y croise un créa­teur ama­teur de thé, un pho­to­graphe mon­ta­gnard, un pia­niste, un épou­van­tail et d’autres per­son­nages réels ou non. des poèmes cise­lés, chaque mot à sa place. Une écri­ture est là, qui cherche à tout maî­tri­ser, qui explore, qui s’invente. Un auteur jeune à suivre : il va nous éton­ner ; il nous étonne déjà. 

Les mys­tères ne sont pas des blocs indi­vi­sibles, qu’il faut admi­rer en l’état ou ne pas admi­rer : ils sont des galaxies, et nous sommes des téles­copes.

 

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Télescopes, de Nicolas de Casanove, Fatrasies éditions,2017

Le contre­dit des villes de Killian Provost, Fatrasies édi­tions, 2 017

Un recueil de poèmes en sept sta­tions. Un héros Orphée moderne dans les gueules de la ville cherche son Eurydice. Des poèmes, un peu comme un récit qu’on sui­vrait en sau­tant de cailloux en rochers à tra­vers le lit d’un tor­rent. Avec de mul­tiples sur­prises, tré­sors de lan­gage et pay­sages urbains comme rare­ment croi­sés en poé­sie. Un livre qu’on pose une fois lu en se disant « tiens, je vais le relire plus len­te­ment dans un moment ».

Un livre qu’on rêve­rait d’entendre sur scène, avec quelques disants, un décor de pho­to et quelques gestes…

Station 1 :

Toutes les fenêtres éclai­rées
Sur la face d’un immeuble,
Toutes,
Se croient néces­saire fais­ceau
De la lumière éter­nelle.
Le voya­geur, dans son train qui défile
A tra­vers l’intestin des ban­lieues,
Ne les remarque pas.
Et pour­tant, elles,
Elles toutes,
Se savent le reflet
De l’unique lumière.

Station 3

Il faut beau­coup s’appliquer pour qu’aucune tête, plus aucune, dans l’intestin des métro­poles où d’immenses étrons de fer trans­portent des cœurs bat­tants, il faut beau­coup s’appliquer et s’appliquer encore pour qu’aucune de ces têtes au visage tiré ne vous paraisse humaine.

 

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Sacrés, Jean-Claude Touzeil, Images de Pierre Rosin, Editions de la Lune bleue, 2015

Un de ces tirages confi­den­tiels comme savent les inven­ter les petits édi­teurs de poé­sie. 50 exem­plaires numé­ro­tés. Quelques pages. Juste his­toire de per­mettre à quelques poèmes d’exister, à un auteur de par­ta­ger son tra­vail et de quit­ter son jar­din pour aller à la ren­contre.

La poé­sie c’est aus­si cet élan vers l’autre et les réa­li­sa­tions de ces petits édi­teurs de poé­sie sont au final plus impor­tantes, plus humaines que confi­den­tielles.

On retrouve ici les arbres chers à Jean-Claude Touzeil. Le vieux poi­rier (qu’on retrouve au cata­logue du Chat qui tousse et dans nos mémoires), l’épicéa de Moravie, le sureau qui sou­lève le monde, le houx, les peu­pliers balan­cés par les vents océa­niques et les ging­kos dont celui qui est né sur mon bal­con d’une graine cueillie sur la Croisette…

C’est tout simple, bien vivant et à par­ta­ger sans modé­ra­tion !

 

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Patrick Joquel

Né en 1959 le 10 octobre à Cannes. 06. Études à Cannes et à Nice. Enseignant en mater­nelle et en pri­maire dans les Alpes Maritimes et pro­fes­seur de fran­çais en lycée en Angleterre, en col­lège au Sénégal. Retraité de l’Education Nationale en 2 017. Marié. 2 enfants.

 

2 018 : Après une Résidence d’Ecrivain fin 17 en Picardie, dans la Picardie des châ­teaux, où j’ai ren­con­tré plu­sieurs classes de la mater­nelle au col­lège et où j’ai décou­vert la richesse du Moyen Age dans la région, vien­dra la paru­tion de Merret à Coucy. Un petit roman qui se déroule dans le châ­teau de Coucy. Au prin­temps, la paru­tion de la qua­tor­zaine d’aventures de Bomoth 0’Baldourke aux édi­tions du Calicot sera sui­vie de la mise en ligne de pistes péda­go­giques pour les ensei­gnants à par­tir du ce2 et au-delà jusqu’au col­lège.
Une année plein Nord avec une semaine entre Valenciennes et l’Avesnois pour ren­con­trer des classes de col­lège autour de la poé­sie, en mai.
Je tra­vaille tou­jours en lien avec Cannes Jeunesse et ses pro­jets. Les mai­sons d’enfance de la ville écrivent et lisent des poèmes et autres textes. Au pas­sage, je forme les ani­ma­teurs à l’atelier d’écriture. Et sinon, je me pro­mène à dos de livres dans la région Paca ; à skis ou à pieds dans le Mercantour et à lunettes au cœur de livres.

 

2017 : En 2017, l’aventure des livres conti­nue avec Un album poé­tique avec des gra­vures sur bois de Vincent Tavernier, aux édi­tions L’initiale : Ecoute ; et un autre petit album pho­to avec la pho­to­graphe Flora Touzeil : Capteurs de rêves. C’est aux édi­tions de la Pointe Sarène. Mots migra­teurs, poèmes sur l’actualité migrants, aux édi­tions Corps Puce dans la col­lec­tion cent papiers.
J’aime me mettre à l’écoute, ouvrir les sens et sur­prendre autant que me lais­ser sur­prendre par le monde… Par son actua­li­té. Que ce soit celle des toiles d’araignée comme dans le Capteurs de rêves, celle de l’écureuil dans le pin mari­time comme dans Ecoute ou celle des humains évo­quée ici dans ces Quelques mots migra­teurs.
On retrouve tout cela et d’autres choses encore sur www​.patrick​-joquel​.com
Par ailleurs, les édi­tions de la Pointe Sarène ont publié Cairns 20, sur le thème du Printemps des Poètes : l’Afrique ; et Glace Belledonne de Perrin Langda avec des encres de Danielle Berthet.

patrickjoquel@​orange.​fr

www​.patrick​-joquel​.com

 

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