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Les jumeaux de O. Hobé

Par | 2018-02-22T06:01:58+00:00 30 août 2013|Catégories : Blog|

En exergue et pour nous mettre en condi­tion, une cita­tion de Malcom de Chazal : « l’œil est la meilleure salle de ren­dez-vous ». Puis le texte nous annonce une his­toire d’yeux-cocons, abri­tant donc visions et méta­mor­phoses.  On sent d’emblée qu’il va nous fal­loir res­ter les quin­quets grands ouverts et bien atten­tifs, qu’il nous fau­dra savoir être myopes et pres­bytes à la fois, que nous devrons sou­mettre notre vue à une ima­gi­na­tion astig­mate, il y a de la pro­fon­deur de champs et des flous rêveurs dans le texte d’Olivier Hobé. On lit larve, on lit aile, on lit cara­vane et l’esprit laisse éclore une flo­pée de papillons. Faut-il com­prendre psy­chés et donc âmes, à la grecque ? (Plus loin nous sommes infor­més qu’il peut aus­si s’agir de mouches et d’yeux à facettes.) Ou bien faut-il lire un par­ti pris du corps et la ten­ta­tive de résoudre le mys­tère du regard … alors il s’agirait d’une his­toire d’interface ? De rétines pla­cen­taires avec son réseau de nerfs qu’on voit s’enfoncer dans la boîte crâ­nienne abri­tant le pay­sage men­tal de l’auteur. Pour corol­laire se pose sérieu­se­ment le pro­blème de la peau qui déli­mite un exté­rieur et un inté­rieur, qui est mem­brane à fran­chir pour l’insecte qui veut pour­suivre son cycle d’évolution, peau dont on doit se débar­ras­ser pour se connaître tel que nous ne nous voyons jamais, afin d’aller trou­ver l’étran­ger en nous… quoiqu’écorchés nous savons tous ce vif de la réac­ti­vi­té jusqu’à souf­france…

Mais c’est une farce, jouée par quel­conque Trickster, esprit far­ceur Breton, au bord d’un canal. Cette vision, il se pour­rait bien que ce soit au tra­vers de la langue qu’il faille savoir la regar­der, voi­là où loca­li­ser les yeux : dans ce qui vient, écrit. Dans ce qui devient fable. C’est une his­toire de globes, leur fonc­tion pos­sible de miroir, leurs réserves d’eau, leurs poches nour­ri­cières, (des pis plein la bouche), leur conscience humaine de la fini­tude quand vivre en poé­sie est sen­ti­ment d’éternité. « Nous rebrous­sons che­min, la mort dans l’œil. On s’est tiré la langue comme on écrit un poème ».

Il y a une chose dont je suis sûre, le pro­chain cadeau que je ferai à Olivier Hobé ne sera pas une paire de lunettes, tant il fait preuve de luci­di­té et de qua­li­tés de dis­sec­tion. Il nous montre dans cet ouvrage comme dans ses autres livres, les fenêtres de son âme, et j’en aime tout, des volets jusqu’aux rideaux plus ou moins agi­tés par les brises et les tem­pêtes de sa vie.  

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