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Les ossements comme des pirogues

Par | 2018-05-23T17:06:26+00:00 11 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

Les osse­ments comme des pirogues. Les fosses comme le ventre cre­vé des étoiles. Derrière la sur­face, les col­lines ont quelque chose de ta peau, de ton épaule, de ton pouls, de tes incer­ti­tudes. Tout ce qui sert à habi­ter la durée est un ruis­sè­le­ment sur les cartes, les astro­no­mies. Je ne sau­rai dire pour­quoi. Pourquoi la jeu­nesse semble si loin. Pourquoi les pol­lens et les fruits n’ont plus la même cou­leur. Pourquoi nous n’allons pas à l’essentiel. Pourquoi nous nous per­dons. Les conti­nents sont des des­sins où nous diluons nos sil­houettes.

Je remonte la rue. Je ne prends plus l’allée le long du canal. Des rêves y sont morts. Des rêves ont rejoints l’accidentelle pâleur de la vase. Je cherche mes clés dans ma poche. J’ai l’impression d’avoir été vain­cu. Les arbres devant la route sont tou­jours aus­si beaux. Il suf­fit d’un rien pour s’enfermer dans la beau­té. C’est peut-être parce que mes jambes sont lasses de trains, de plages, de ver­sants inco­lores, que j’aspire au som­meil. Les pierres ici et là me font pen­ser à des mères figées dans l’évidence et la perte de leurs fils. La rue où je vis rend des sons de gui­tare. Nous ne sommes rien d’autre que de faux hasards dans une cage de verre. La soif, les secousses, les mau­vaises étoiles, le large, tout cela entre dans les bouches de ceux qui passent sans se rendre compte de la rec­ti­tude.

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