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Les poèmes d’Allen Ginsberg

Par | 2018-02-23T17:38:52+00:00 15 février 2013|Catégories : Critiques|

Voici réunie en édi­tion bilingue anglais-fran­çais cinq recueil de poèmes d’Allen Ginsberg. Un par­paing flam­boyant ! C’est dire si ces quelques mille pages sau­ront sta­bi­li­ser sur les éta­gères de nos biblio­thèques les livres chan­ce­lants de nos roman­ciers actuels.

Cinq livres : Reality Sandwiches (1963), Planet News (1968), Mind Breath/​Plutonian Ode (1984), Linceul blanc (1986) et Cosmopolitan Greetings (1994). Traduits par Claude Pélieu, Mary Beach, Yves Le Pellec et Françoise Bourbon. Quintessence de l’œuvre d’une vie au poème nour­rie.

Le pré­fa­cier, Yves Le Pellec, intro­duit à l’œuvre de ce grand poète en sou­li­gnant le para­doxe qu’il y eut dans sa vie entre la veine intime, secrète, pri­vée de Ginsberg et son per­son­nage public qu’il accep­ta d’assumer. Bohème, « inso­lent liber­taire que les Etats ten­tèrent d’emblée de cen­su­rer (Howl) », il devint à la fin de son exis­tence le poète vivant le plus connu du monde.

Ginsberg cou­rut les évè­ne­ments, répon­dit pré­sent aux fes­ti­vals poé­tiques, accep­ta les hom­mages offi­ciels, défen­dit les causes des droits de l’homme, des droits de la terre, se fit un cos­mo­po­lite convain­cu, déplo­rant la faillite morale de son propre pays et applau­dis­sant « la sur­vi­vance mys­tique », comme le sou­ligne son pré­fa­cier. Il a fait du monde sa poé­sie, une sorte de globe-poète inté­res­sé par tout et tous, se fai­sant euro­péen parce que l’Europe le concer­nait, Africain parce que l’Afrique lui par­lait, Américain parce que né pèle­rin en Amérique, voya­geur, défen­seur, chan­teur, chan­teur d’abord, chan­teur avant tout car là où son regard se posait, Ginsberg voyait la vie et savait la trans­muer en poème. Sa poé­sie est née de tout ce qu’il a vu, les petites choses, les choses humbles, les ins­pi­ra­tions gran­dioses ser­vies avec un lan­gage d’homme du XXème siècle. Pas de poèmes délais­sés. Pas de sujets n’appartenant pas au poème. Au fil du temps, on voit l’influence épique de Whitman se mettre en retrait, sa fas­ci­na­tion pour Blake deve­nir sa pro­prié­té par son lan­gage propre, fait d’un sens hors du com­mun de l’ellipse.

Il faut lire Ginsberg, le lire à haute voix. C’est un évè­ne­ment. La pièce immé­dia­te­ment se peuple d’une pré­sence dont seuls les grands cha­mans du verbe sont capables. Poser le livre sur une table solide et ouvrir à n’importe quelle page. Voyager dans son œuvre comme Ginsberg voya­geait sur les ter­ri­toires du monde. On y gagne­ra à coup sur l’énergie qui était la sienne et qu’il sut, pro­di­gieu­se­ment, faire pas­ser dans des poèmes inépui­sables. Les dire à haute voix nous relie aux étoiles. Voyage mer­veilleux où la marque de la vie appose son sceau à votre âme. La poé­sie de Ginsberg vaut tous les remon­tants du monde. Avant de par­tir au tra­vail, faite-vous une ligne de Ginsberg. De l’énergie pour la jour­née, et sans des­cente. Avec, cerise sur la gâteau, le pou­voir, ino­cu­lé par ses poèmes, de deve­nir soi-même ins­pi­ré en sa jour­née.