> les Voix, réunies, d’Antonio Porchia

les Voix, réunies, d’Antonio Porchia

Par | 2018-02-23T07:35:04+00:00 6 septembre 2013|Catégories : Blog|

Les Voix d’Antonio Porchia font par­tie des très grandes œuvres de la poé­sie mon­diale du siècle pas­sé. Elles n’avaient jamais été entiè­re­ment réunies et tra­duites en langue fran­çaise, nous n’en connais­sions que des par­ties et/​ou des frag­ments, selon les édi­tions. Publier l’ensemble de ces « voix », dont la paru­tion en langue ori­gi­nale a com­men­cé en 1943, était donc à la fois une néces­si­té et un défi. Le lec­teur ne pour­ra que remer­cier Danièle Faugeras et Pascale Janot, ani­ma­trices de la col­lec­tion Po&Psy des édi­tions Erès, laquelle s’impose peu à peu et de fort belle manière dans le pay­sage poé­tique fran­çais actuel. Nous sommes d’autant plus heu­reux de voir enfin paraître in exten­so les Voix de Porchia que les édi­tions Erès et Po&psy nous avaient fait cadeau d’une « avant pre­mière » il y a quelques mois, per­met­tant à Recours au Poème d’être la pre­mière revue de langue fran­çaise à publier cer­taines des « voix » inédites de Porchia. On lira donc des extraits du volume venant de paraître ici :

https://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/antonio-porchia

La fra­ter­ni­té en terres de poé­sie, ce n’est pas rien, et tout ce qui peut per­mettre de mieux faire connaître l’œuvre d’Antonio Porchia en langue fran­çaise est le bien­ve­nu.

Ecrivain d’origine cala­braise ayant vécu en Argentine et écrit en espa­gnol, tra­duit pour la pre­mière fois en fran­çais par un Caillois admi­ra­tif, Porchia a gar­dé une part de mys­tère, poète aty­pique publiant son œuvre de façon tout aus­si aty­pique : les pre­mières « voix » paraissent en 1943 à compte d’auteur à un mil­lier d’exemplaires. Ayant ces volumes sur les bras, Porchia en fait don à une orga­ni­sa­tion qui coor­donne le réseau des biblio­thèques muni­ci­pales argen­tines. Les textes trouvent alors de très nom­breux lec­teurs, un vrai public à la fois enthou­siaste et admi­ra­tif. Car les Voix ne sont pas reçues – et ne peuvent être reçues – uni­que­ment comme de la poé­sie. Elles sont par leur forme et leur fond une sorte de « sen­tences » ou de guide de sens, et donc de vie. C’est ain­si qu’elles ont été lues dans les pro­vinces les plus recu­lées de l’Argentine, puis par­tout dans le monde. Car :

 

Le temps est une chose fixe qui ne fixe rien
 

Ou :
 

être infé­rieurs aux autres, nous pou­vons encore l’accepter ; être égaux, non.
 

Ou encore :
 

La rai­son se perd en rai­son­nant.
 

D’une cer­taine manière, cette poé­sie pour­rait être qua­li­fiée de mys­tique. Et de fait, elle l’est, au sens des textes mys­tiques ou sacrés des reli­gions de l’Orient, ou bien à celui des textes de théo­lo­giens tels que Maître Eckhart ou Silésius. Sur le ver­sant sud-amé­ri­cain, on pense aus­si par­fois à Gomez Davila. Il ne fau­drait pour­tant pas voir en ces Voix des textes « reli­gieux », ce qu’elles ne sont pas. Ce sont plu­tôt et fort sim­ple­ment des ful­gu­rances issues des pro­fon­deurs sacrées de l’être humain, et ces ful­gu­rances ne sont pas néces­sai­re­ment tendres avec les hommes ou leurs ins­ti­tu­tions, fussent-elles reli­gieuses.

 

Je suis un habi­tant, mais d’où ?
 

Avec ces Voix, Porchia a don­né, en courtes maximes ou sen­tences, un texte total, à la fois poé­sie, sacré, lit­té­ra­ture, pen­sées et phi­lo­so­phie. Un texte ou un ensemble de courts apho­rismes qui peuvent accom­pa­gner les hommes au long de leur vie, comme un recours. Les lire main­te­nant, en entier et en fran­çais, dans cette superbe tra­duc­tion signée Danièle Faugeras est une chance. À l’évidence, dans un pays, la France, où les règles du jeu « lit­té­raire » seraient saines, un tel évé­ne­ment devrait faire la Une des sup­plé­ments lit­té­raires des quo­ti­diens natio­naux. Tel n’est pas le cas, et cela dit énor­mé­ment sur l’état men­tal de ce pays.

 

Lire des extraits de cette tra­duc­tion des Voix de Porchia dans Recours au Poème :

https://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/antonio-porchia