> L’état actuel des choses (extrait 3)

L’état actuel des choses (extrait 3)

Par |2018-08-20T19:10:17+00:00 28 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

Il y a, là, dans le monde, une somme constante de pres­sions supé­rieure à ce que nous pou­vons sup­por­ter. Nous nous tenons cha­cun et ensemble emmi­tou­flés dans un brouillard si néces­sai­re­ment fami­lier que nous ne voyons plus sa com­pa­ci­té ni la lumière dont il est fait – ni lui ni rien – nous ne voyons rien – c’est mani­feste, cela se sur­prend à tous nos visages enfouis. Par éclipses occa­sion­nelles, non sans déli­ca­tesse une dou­leur pour­ra réveiller l’attention et fera glis­ser d’une dou­leur à une autre. Une joie s’annonce-t-elle qu’elle nous réjouit vers l’intérieur sans rien dés­épais­sir de la brume où nous repo­sons notre tête fati­guée. Voir le brouillard comme brouillard laisse devi­ner un ciel, laisse devi­ner une clar­té, laisse sen­tir la dif­fu­sion des sen­sa­tions. Deviner : c’est ce que notre esprit accom­plit de plus exact. Toute chose s’aperçoit dis­tinc­te­ment dans l’écho des rayons qui se pro­pagent depuis le cœur d’un bou­le­ver­se­ment. Le sen­ti­ment de la vie : c’est le com­men­ce­ment serein d’une recon­nais­sance qui ne cherche pas à durer et qui ne s’oublie pas, guet­tant cette pré­sence de toute sa ten­dresse. Être amou­reux fou de l’indéfinissable sen­ti­ment de la vie. Le regard s’éveille à la clar­té qui le hante. Rien d’autre à par­ta­ger, à aimer par­ta­ger. Un hyp­no­tisme. On croit que le rêve est une image défor­mée de la vie mais c’est l’inverse qui est vrai. Le rêve est de l’ordre du pres­sen­ti­ment le plus pré­cis. (Faudra-t-il comp­ter et énu­mé­rer tous les mys­tères qui se ren­contrent les uns après les autres jour après jour tant de fois en tant d’occasions pour se convaincre enfin de leur poi­gnante réa­li­té – pour bien vou­loir admettre que le réel est fait de cela et si peu du reste ?) La vie est dans sa conti­nui­té tous ces dif­fé­rents points de notre exis­tence où le monde a jailli en sou­le­vant notre poi­trine jusqu’à nos épaules. Nous sommes cha­cun à nous seuls le monde. Notre héroïsme consis­te­rait aujourd’hui à ne plus pou­voir l’oublier.

 

L'état actuel des choses (édi­tions Al Manar, 2012)
 

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