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L’éternité

Par | 2018-02-24T22:58:13+00:00 11 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

L’éternité. En voi­là un pro­blème. Une idée. Une secousse. Un cyclone de fureur. Une hor­loge arrê­tée. Même si ça se déchire par­tout autour. La musique que j’entends n’est pas si froide. Elle est loin. Sans appré­hen­sion, elle se mélange à la dis­tance. C’est de l’amour si tu y penses bien. Au moins un bouillon­ne­ment, des mes­sages broyés.

Nous avons rem­pli toutes les heures de nos gue­nilles, de nos écor­chures bleues. Nous avons sau­té d’un palier à l’autre. Nous nous regar­dions en nous disant que notre nais­sance était extra­or­di­naire. Rappelle-toi les oura­gans, les car­reaux cas­sés, les îles justes là. En face, les mai­sons avaient des cou­leurs vertes. Les planches de bois qui traî­naient ça et là avaient été volées à des bateaux fan­tômes. Il n’y avait per­sonne à l’intérieur de ces bicoques. Presque timi­de­ment, elles se rem­plis­saient le soir d’une cha­leur curieuse. Nous pos­sé­dions cette force de nous incar­ner. Nous cou­lions comme le soleil seul sait le faire. C’était comme ça. C’était une mer­veilleuse his­toire. Extraire des mor­ceaux de ciel était notre faci­li­té. Nous échap­pions aux usines en nous regar­dant.

L’abîme qui détache est un chien fidèle. On peut cou­rir, tra­ver­ser la ville en criant mais rien n’y fait. Se mettre à l’abri minu­tieu­se­ment. Un ins­tant ou toute une vie. Quand ça se déchaîne, il faut fer­mer les yeux. Oublier que je n’avance pas à ta vitesse.

Tu couvres mon corps d’un rem­part fra­gile. Avec ta force, ton cou­rage, il fau­drait écrire. Ecrire quelque chose qui ferait mon­ter. Les tor­rents dans tes yeux de tigre, je les vois. Un cercle par­fait tra­cé avec art sur le sable en bor­dure de la route me rap­pelle que je passe. Une liane de feu cou­lant de tes nattes comme l’irréversible sagesse de la pierre me dit que j’ai sai­si ma chance. In extre­mis.

J’ai presque oublié. Les vagues nous ont per­du. Elles ont tout pris de nous. Les mots, les syl­labes, la corde qui nous reliait. Tu décodes le monde et son cha­grin nor­ma­tif. Les vio­lences, les pri­sons, les cages, sont pour ceux qui ont ouvert les vannes du vide à la recherche de révé­la­tions. J’ai presque oublié. Comme un sac trop lourd, tu laisses tom­ber ton jeans au pied du lit. Tu donnes ta confiance et puis ta cha­leur. Nous nous regar­dons. Nous savons ce qui nous attache. Notre immor­ta­li­té de bazar trop lourde à por­ter, notre répu­gnance avé­rée devant ce qui n’est pas lit­té­ra­ture. Je te fais cou­ler un bain puis tu glisses dedans. Tu es belle et pré­caire, sexuelle et revêche. Un élan spon­ta­né, une odeur de savon, tout est à désap­prendre. Je te rejoins. L’eau est brû­lante. Nos nuques obliques font se rejoindrent nos fronts.

L’éternité

Par | 2018-02-24T22:58:13+00:00 2 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

L’éternité, un point, un lieu, un point
Une forme, une dimen­sion infime, un point rond et noir
Il me faut me dédou­bler pour me voir la recon­naître. C’est là, dans la rue de ce vil­lage, si plein, au cré­pus­cule. La per­ma­nence. L’autre monde. C’est comme cin­quante ans en arrière.J’étais là, je pas­sais, et il n’y a pas la moindre dif­fé­rence. Je n’ai pas le sen­ti­ment que quelque chose a chan­gé. Peu importent les gens dans ces mai­sons fer­mées, ou les mai­sons vides. Peu importent les chan­ge­ments de toutes sortes. L’épaisseur est la même. Le froid et la cou­leur de l’obscurité, les mêmes. Comme si je n’étais jamais par­tie. La tran­quilli­té dans ce pay­sage noc­turne. La liber­té.
Je regarde ce point, l’éternité, et je suis dedans.

 

 

 

L’eternitat

 

L’eternitat, un punt, un lòc, un punt.
Ua figu­ra, ua pagè­ra, hèra picho­na, un punt redond e negre.
Que’m cau des­do­blar entà’m véser l’arreconéisher. Qu’ac es aciu, dens la rua d’aqueth vilatge, tan plen, au hant-se-nuèit. La per­ma­nén­cia. L’aute monde. Qu’ei atau com cin­quan­ta ans en dar­rèr.
Qu’èri aciu, pas­sa­vi, e n’i a pas bri­ga dife­ren­ça. N’èi pas lo sen­tit de quau­quar­ren de cam­biat.
Aquò rai la gent dens aque­ras mai­sons bar­ra­das, o las mai­sons vuei­tas. Aquò rai los cam­bia­ments de tot biais. L’espessor qu’ei pariè­ra. Lo hred e la color de l’escuretat, medishes. Atau com se n’èri pas jamei par­ti­da. La tran­quilli­tat dens aqueth pai­satge nuei­tiu. La liber­tat.
Que guai­ti aqueth punt, l’eternitat, e que soi dedins.

 

 

(In Parçans esco­nuts- Editions Jorn- Février 2013)