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Libre livre

Par |2018-11-17T22:54:18+00:00 15 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Jean Pérol est l’auteur d’une impor­tante œuvre poé­tique, depuis son recueil paru en 1953 chez Seghers, l’époque même où les publi­ca­tions poé­tiques de Pierre Seghers mar­quaient l’histoire de l’édition fran­çaise. Avoir été un de ces auteurs Seghers là, ce n’est pas ano­din. L’œuvre du poète a ensuite paru aux édi­tions Chambelland, Gallimard, La Différence, avec un pre­mier tome d’œuvres poé­tiques com­plètes, puis de nou­veau chez Gallimard, comme un retour aux sources le temps de ce Libre livre.
Il faut saluer la force et la beau­té de l’ouverture de ce livre :

Ne don­nez plus rien
aux cou­rages lâches
tenez écar­tées
les fêtes pour­ries

j’attends que la nuit
tire sur tout sa bâche
et d’autres caresses
que de ses furies

j’attends le dirais-je
les cieux plus légers
sur tous les ver­gers
la musique en plis

j’attends la lumière
des blancs d’avalanche
les masques tom­bés
les par­dons en pluie

la dou­ceur des mains
des lèvres fidèles
un cœur sans cal­culs
la farce effa­cée

un Japon des mers
des chants d’îles mauves
un matin char­nel
entrer dans les villes

quand plus rien n’importe
fran­chir le por­tique
le démon aux portes
l’ange à mes côtés

                              À mes côtés

Le recueil est com­po­sé de trois par­ties : Petites varia­tions avant la nuit, Notes incer­taines au bas de cer­taines pages, Nouveau cœur véhé­ment. La der­nière par­tie étant consti­tuée de proses poé­tiques. L’ensemble forme une poé­sie fine­ment cise­lée, mêlant douce cri­tique de la tra­hi­son quo­ti­dienne et hymne poé­tique à l’amour, au corps des femmes et à la sexua­li­té. Les vers ne dédaignent pas l’humour ni la pré­sence de la mort :

De l’autre moi­tié du siècle je viens
dont le temps gris oublie déjà
tout ce qu’en fut l’âpre misère

et de nou­veau le monde fait
devant tes pas fer­mer tes mots
retour à ceux un jour vain­cus

oh très sub­tils les dédales
du grand jeu froid des capi­tales
retour à ceux qui sont jugés

sort sans par­don des bouches closes
tout juste dignes de se taire
qui pour tou­jours n’auront plus droit

qu’au grand oubli des cime­tières.

                                                   Cimetières

Nombre de poèmes disent le degré de déta­che­ment atteint par le poète et son lec­teur passe du rire à la luci­di­té sur ce qu’est une vie d’homme.
Et de poète :

Il est grand temps prin­temps léger
que de tes rives je m’en aille.

 

 

Jean Pérol est né en 1932 à Vienne, en Isère. Il par­tage actuel­le­ment sa vie entre l’Ardèche et Paris. Jean Pérol a vécu au japon entre 1961 et 1989. Il a col­la­bo­ré à La NRF, aux Lettres Françaises et au Magazine Littéraire. Membre de l’Académie Mallarmé depuis 1998 et du Prix Kowalski de la voca­tion. Il a obte­nu le prix Mallarmé en 1998.

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