> L’insoupçonnée ou presque, de Muriel Stuckel

L’insoupçonnée ou presque, de Muriel Stuckel

Par |2018-08-17T05:12:01+00:00 23 décembre 2013|Catégories : Blog|

 

« L’alphabet des étoiles
Subitement se ren­verse »

La poé­sie est un big bang créa­teur per­ma­nent et tout se joue sous le com­pas tenu entre les mains/​équerres d’un archi­tecte invi­sible por­té par la vie des Nombres. On l’aura com­pris, c’est avec un plai­sir non mesu­ré que nous voyons, au sein de Recours au Poème, paraître L’insoupçonnée ou presque de Muriel Stuckel, en un fort et beau volume accom­pa­gné des pein­tures de Laurent Reynès. Et l’occasion de saluer la beau­té phy­sique du tra­vail édi­to­rial des édi­tions Voix d’encre. Pourquoi si peu de mesure ? Nous défen­dons l’atelier poé­tique de Stuckel depuis les débuts de Recours au Poème. Et avons donc eu le bon­heur de faire paraître des extraits de ce qui est deve­nu L’insoupçonnée ou presque (Dans les failles de la phrase). Certains des poèmes com­po­sant ce volume, plus un ensemble qu’un simple recueil d’ailleurs, ont aus­si paru dans Voix d’encre, Terre de femmes et la Revue Alsacienne de Littérature. Et Muriel Stuckel étant femme de goût n’omet pas de signa­ler ces pré­pu­bli­ca­tions. La chose est fon­da­men­tale, de notre point de vue, tenant au res­pect – et donc à notre part d’humanité cour­toise.

L’insoupçonnée ou presque se com­pose de six ensembles, le cin­quième don­nant son titre au livre, reliés comme par nature les uns aux autres, ain­si que par la pré­sence dis­sé­mi­née de « notes de silence » numé­ro­tées. Ce mot « silence » est sans doute le mot essen­tiel de la poé­sie de Muriel Stuckel, parce qu’il est tout sim­ple­ment le son de toute poé­sie authen­tique, le son même du Poème, mesure har­mo­nique et har­mo­nieuse de ce qui est. Et ain­si, toute poé­sie, et sin­gu­liè­re­ment cette poé­sie-là, est pen­sée de la poé­sie et du Poème. Ce qui ne signi­fie aucu­ne­ment théo­ri­sa­tion de la poé­sie. Non que nous refu­sions tout cré­dit à la théo­ri­sa­tion au sujet de la poé­sie ; au contraire, même. La théo­ri­sa­tion au sujet de la poé­sie et du Poème sont de notre point de vue une néces­si­té et nombre de poètes actifs au sein de Recours au Poème tra­vaillent la matière théo­rique de la poé­sie autour de cette notion que nous avons fait émer­ger – la poé­sie des pro­fon­deurs. Cela même en quoi nous nous recon­nais­sons et vivons quo­ti­dien­ne­ment. Cependant le poème en tant que tel n’est pas le lieu de la théo­ri­sa­tion intel­lec­tuelle. Ce qui ne l’empêche pas de pen­ser la poé­sie.

Et c’est une grande force dans ce livre de Muriel Stuckel, livre où le tra­vail même de la poé­sie et du Poème est simul­ta­né­ment pen­sée de la poé­sie et du Poème. Un lieu où les contra­dic­toires appa­rents cessent le l’être pour appa­raître sous le jour de ce qu’ils sont réel­le­ment : des com­plé­men­taires. Alors, L’insoupçonnée ou presque est plus qu’une simple réus­site, c’est un fort et beau livre de poé­sie, et cela pour cette simple rai­son : c’est une voix de poète qui, ici, émerge des pro­fon­deurs du Poème. Une voix d’encre.

Et des pro­fon­deurs dont le maître d’œuvre ne peut être autre que le silence. Ce qui, réel­le­ment, est le… plus bruyant. Car :

 

« Dès l’aube l’éclair déchire
La toile convoi­tée de l’infini » 

 

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