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L’INTERMINABLE RETOUR

Par |2018-10-16T01:49:22+00:00 22 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

J'arrive aux ports lumi­neux du nord avec un rêve
de mou­choirs humides devant les yeux aveu­glés par le soleil du matin.
Des grues s'étendent dans le pay­sage
de maga­sins dévas­tés par le vent, et des hommes au visage
man­gé par la salure et les algues vident
les restes d'alcool dans les bou­teilles oubliées d'une nuit
de détente. Je demande dans chaque bateau s'il est besoin
d'échanger les voiles déchi­rées contre les mou­choirs que je
leur ai offerts ; et les com­man­dants s'amusent, disant
que la direc­tion qu'ils suivent n'est pas dic­tée par l'amour
mais par la séche­resse des bous­soles. Au loin, cepen­dant,
les nuages se dis­sipent sur les récifs ; et les pre­miers
nau­fra­gés s'approchent de la côte, appor­tant des nou­velles
de l'abîme avec la voix entre­cou­pée par un hoquet
d'anémones marines. Ils me dictent les tes­ta­ments pour
que je les fixe, notaire des der­nières volon­tés
immé­dia­te­ment oubliées, à la table du bureau, pre­nant
note de l'horaire des départs et arri­vées des bateaux
dont j'ignore la des­ti­na­tion. « Ce que je veux savoir, dis-je
au patron aux mains ger­cées par l'âge, c'est le nom
de ceux qui vivent au plus pro­fond de la coque, dans les cou­chettes
où la lumière n'est jamais entrée. » Et devant moi il prend les papiers,
et les lance par la fenêtre. « Jamais tu ne sau­ras quel jour,
quelle année, quel siècle, s'est per­due pour tou­jours, celle dont l'image
a été effa­cée par l'encre des poulpes. » Alors, je tra­verse
la ville jusqu'aux champs inon­dés ; et
je tente d'apercevoir la col­line où tu m'attendais, le che­min
de terre qui mon­tait à ta ren­contre, et aucun
pay­sage ne m'est plus fami­lier, comme si le ciel
avait refer­mé sur toi sa der­nière page.

 

tra­duc­tion du por­tu­gais Béatrice Bonneville et Yves Humann

 

 

O INFINDÁVEL REGRESSO

 

Chego aos por­tos lumi­no­sos do norte com um son­ho
de len­çóis húmi­dos nos olhos cegos pelo sol da manhã. Há
guin­dastes que se esten­dem numa pai­sa­gem
de arma­zéns devas­ta­dos pelo ven­to, e homens de ros­to
comi­do pela sal­su­gem e pelas algas esva­ziam
res­tos de álcool nas gar­ra­fas esque­ci­das de uma noite
de ócio. Pergunto em cada bar­co se pre­ci­sa
de tro­car as velas ras­ga­das pelos len­çóis que lhes
ofe­re­ço ; e os coman­dantes riem-se, dizen­do
que o rumo que seguem não é dita­do pelo amor
mas pela secu­ra das bús­so­las. Ao longe, porém,
as nuvens dis­si­pam-se sobre os recifes ; e os pri­mei­ros
náu­fra­gos aproxi­mam-se da cos­ta, tra­zen­do notí­cias
do abis­mo com a voz entre­cor­ta­da por um solu­ço
de ané­mo­nas azuis. Ditam-me tes­ta­men­tos para
que eu os fixe, notá­rio de últi­mas von­tades
que logo esque­ce­rei, à mesa do escritó­rio, toman­do
nota do horá­rio de par­ti­das e che­ga­das de bar­cos
cujo des­ti­no igno­ro. « O que eu que­ro saber, digo
ao patrão de mãos gre­ta­das pela idade, é o nome
de quem vive no mais fun­do do cas­co, nesse beliche
onde a luz nun­ca entrou. » E ele tira-me da frente os papéis,
e lan­ça-os pela jane­la. « Nunca saberás em que dia,
ano, ou sécu­lo, a per­deste para sempre, essa cuja ima­gem
a tin­ta dos pol­vos apa­gou. » Então, atra­ves­so
a cidade até che­gar aos cam­pos inun­da­dos ; e
ten­to avis­tar a coli­na em que me espe­ra­vas, o camin­ho
de ter­ra que subia ao teu encon­tro, e nen­hu­ma
pai­sa­gem se tor­na fami­liar, como se o céu
tivesse vol­ta­do sobre ti a sua últi­ma pági­na.

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