> Lionel Gerin, Si nous n’avions qu’une ombre

Lionel Gerin, Si nous n’avions qu’une ombre

Par |2018-08-15T15:35:46+00:00 7 juillet 2014|Catégories : Blog|

Dans ce recueil, nous avan­çons à grandes enjam­bées. Parfois des cas­cades d’images font reten­tir la musique douce, har­mo­nieuse de mots choi­sis dans la cou­leur du quo­ti­dien qui se tâtent et se répondent. Des images quel­que­fois gran­di­lo­quentes puisent au réel un léger mur­mure, léger déca­lage, elles  entre­tiennent une plus value des mots usés : Ce souffle à l’oreille de la nuit. Les sens en éveil sont le sup­port du vivre d’une marche tendre et rugueuse qui ouvre un monde déjà connu. Les ques­tions fon­da­men­tales sub­sistent, celles qui forment la vie et ne répondent jamais. Il y a une tra­ver­sée chez Gerin qui engage nos épi­dermes avec un mou­ve­ment qui s’accélère et débite plus d’images quand l’auteur cherche une contre­langue :

Une langue qui tienne pour cer­taine la conni­vence de l'ombre
Qui épouse les hauts champs lami­nés des estives du corps

 

Il marche jusqu’à

La civière de nos regards
A nou­veau
Au che­vet du monde

Il y a un mou­ve­ment dans ces textes, mou­ve­ments internes qui décroisent les mots de la pri­son de leur sens et qui sou­vent démarrent par le côté du manque.

Les diverses  sec­tions du recueil sont com­prises entre deux par­ties d’un texte en ita­lique à struc­ture dif­fé­rente, écrit sur un ton et un esprit qui tranchent sur le reste. Un lyrisme plus étouf­fé, plus proche de la confi­dence, plus musi­cal : J’ai … des­si­né sur ta robe tout le désir que j’ai de toi. Le recueil balance entre deux voix, l’une plus dure sous la lèvre à peine écor­chées des rizières/​ la mar­gelle de ton sexe l’autre plus douce : Et les yeux du chat sur les branches/​ Font naître un oiseau comme si la chose appa­rais­sait par simple désir. Gerin en appelle à l’amour dans toutes les direc­tions par­fois jusqu’à la dou­leur, en étroite rela­tion avec des élé­ments natu­rels. L’abstrait et le concret s’appuient l’un sur l’autre pour libé­rer un dire que l’on sent plus rêvé qu’accompli.

 

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