> Liu Xiaobo, élégie du 4 juin

Liu Xiaobo, élégie du 4 juin

Par | 2018-05-23T09:11:19+00:00 23 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

Vingt ans de poèmes. Un par an, pour l’anniversaire du 4 juin 1989, ce jour où des gré­vistes de la faim chi­nois, étu­diants ou cita­dins lamb­da, ont été chas­sés de la place Tian’anmen, pour­chas­sés, arrê­tés, et pour cer­tains, tor­tu­rés, tués, par les troupes de la loi mar­tiale, parce qu’ils ne vou­laient que vivre comme tout être humain en a le droit : avec la liber­té du choix.

Livre du vivre, non du deuil. Il ne s’agit pas de fêter l’anniversaire d’un décès, celui de l’espoir démo­cra­tique en Chine ; mais de per­pé­tuer le sou­ve­nir de ceux qui, comme l’auteur, se sont bat­tus, paci­fi­que­ment, pour que l’espoir du rêve devienne l’évidence d’une réa­li­té.

Un com­bat, oui, il faut prendre les armes de la patience et de l’intelligence pour s’opposer à la doc­trine déshu­ma­ni­sante d’une dic­ta­ture ; un com­bat paci­fique qui, de poème en poème, offre à voir les séquelles durables, les plaies béantes – tous les remords et regrets.

Celui qui pense se tor­ture, seul, avec une plus grande vio­lence encore que celle des tor­tion­naires, ne cher­chant qu’à com­prendre pour­quoi il peut encore res­pi­rer, vivre, écrire, être. Celui qui est se demande pour­quoi ce peuple, son his­toire, sa gran­deur res­tent ain­si domi­nés par l’aveuglement du silence for­cé.

Mais il n’existe pas de réponse, pas d’explication – cela résu­me­rait, in fine, à enter­rer la vie, en se disant : c’était ain­si. Quand on met un point à la fin d’une phrase, il peut deve­nir final.

Le poète dit non à cette fin pos­sible de la résis­tance ; il écrit la mort, le sang, les mères en deuil, les jeunes qui ne vieilli­ront jamais, sa propre jeu­nesse qui hurle, qui saigne, qui pleure, mais sur­tout qui veut, non, qui exige de vivre, pas seule­ment de sur­vivre ; le poing levé, avec de l’encre au bout des doigts.

 

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