> Lobo Antunes, La nébuleuse de l’insomnie

Lobo Antunes, La nébuleuse de l’insomnie

Par | 2018-06-21T01:08:16+00:00 19 juillet 2012|Catégories : Critiques|

C’est le livre du souffle. Il doit dire l’étrange pou­voir qui est le sien et trou­ver sa place dans le cœur du lec­teur. Mais, avant – tout, sous nos yeux atten­tifs, il déroule avec viva­ci­té son écri­ture « qui pense ». L’homme roman. Présent sous nos doigts, il nous donne le ver­tige. On pour­rait même le tou­cher.  Son his­toire est peut-être celle de la vie, de la liber­té de la vie  au centre d’un monde  qui nous pré­ci­pite dans la misère. ( mon frère écri­vant ruelles et mon grand-père comp­tant et recomp­tant  l’argent  de la retraite…)
Il nous faut lire à haute voix cette quête, pro­ba­ble­ment, en la lais­sant s’approcher de nous, à por­tée de main, à por­tée d’âme. Tout est « dedans ». Tout est « dehors ». Quelle vie.  Au fil des pages, rares sont les points de ponc­tua­tion qui nous har­cèlent, sim­ple­ment quelques vir­gules et tirets, parce que  ça ne s’arrête pas de galo­per en nous cet éblouis­se­ment fécond, cette larme qui brille, ces mots qui montent comme la marée. Nous sommes empor­tés, creu­sés par l’écriture. Cette grande musique du texte  nous irra­die. Ecoutons-là  qui frôle le visage de l’enfant de sa puis­sance évo­ca­trice :

« Ce doit être  la fin ou en tout cas quelque chose qui lui res­semble à la fin car je ne vois pas la mon­tagne, je vois quelqu’un que je ne connais pas, pas mon grand-père, pas mon père, pas mon frère, pas le com­mis en train de me regar­der au fond du puits, j’ai même pen­sé que la cou­sine Hortelinda  pour me tendre une giro­flée
-Bien le moment est venu mon enfant
Avec une peine imper­cep­tible sur son visage »

L’important, dans ce livre, c’est bien l’espace conquis à la marge, à l’approche du noir aveu­glant de la nuit. La forme  confère au pro­pos une radieuse nou­veau­té. C’est que l’histoire, par­ta­gée avec le lec­teur,  étrange com­pli­ci­té de l’auteur avec son vis-à-vis, nous touche par sa pro­fonde huma­ni­té.

« D’où  peut bien me venir cette impres­sion que dans la mai­son, alors que rien n’a chan­gé, tout ou presque a dis­pa­ru ? »

Ainsi débute la nébu­leuse de l’insomnie d’António Lobo Antunès. Plus qu’un livre à lire, un grand écri­vain à décou­vrir.
 

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