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L’océan par la vitre (extraits)

Par |2018-12-17T06:31:27+00:00 18 août 2014|Catégories : Blog|

 

L'océan par la vitre. A cet ins­tant, on ne le voit plus. On le sait là, quelque part entre le front du petit jour et les pha­langes noires qui se replient der­rière. Le reste a dis­pa­ru. Pas seule­ment dans le brouillard mais aus­si dans les ventres. Ça n'a pas tenu plus loin. L'impression de cha­leur quand le bliz­zard fait face. Quand on revient du gris, sans se sou­cier des foules qui pressent en sens inverse. Une même sen­sa­tion quand la lumière résiste à l'autre bout du ciel. Ça ne tient pas. La dis­tance en avant.  Cette proxi­mi­té-là. Chaque matin y est ban­cal.

 

 

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Revoilà les sou­ve­nirs mouillés. Les grosses piques noires qui den­tellent la plage. Les poèmes écrits au cro­chet. Personne ne vient sur le débar­ca­dère. Personne ne s'avance pour accro­cher le ciel à la fenêtre de l'aube. Il n'y a que la pluie et ces écla­bous­sures tout au fond de nos yeux. On a per­du la vue sur l'océan. Les fris­sons du dimanche. Le goutte à goutte du cré­pus­cule. Le soleil ser­ré contre la poi­trine du large. Une étuve. Quelques regrets. Une pointe de dou­ceur plan­tée entre les côtes. Plus per­sonne pour la reti­rer.  Plus rien.

 

 

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Ramasser quelques coquillages. Se déta­cher de la gri­saille qui s'allonge en dedans. Sous les pieds. Sous la peau. Sous la corne blan­chie par les brû­lures salines. Si timides que l'on avance encore vers un jour de plus. Les poches pleines de sable. Les mains tachées de mots, comme on oublie de racon­ter. De dire mieux la colère, la peur à marée basse. De retrou­ver un peu de charme là où plus rien ne vit. Ça peut suf­fire et on le sait. Le temps est immo­bile. Les nuages posent sur l'horizon comme sur un che­va­let. On n'attend plus que les cou­leurs. De l'eau à petites gor­gées. On est là. On se tient prêt.

 

 

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Des fois on ne s'attend à rien en ouvrant les volets. Un bock de soleil ren­ver­sé sur la table. Un vieux chat qui le lape. Des bulles. De la tié­deur. Un peu de mousse jaune dans la barbe du ciel. Une brise sucrée. Les enfants qui courent vers la plage en lais­sant loin der­rière leurs ombres essouf­flées. Une mer  entrou­verte. Les dunes déser­tées. Les nuages col­lés à la vitre comme de petits post-it frois­sés. La buée les fait glis­ser tout dou­ce­ment jusqu'à nos yeux. Mais on n'y lit qu'une tem­pête.

 

 

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Toutes les vagues ne se res­semblent pas. Certaines montent trop haut pour que l'on ose l'expliquer Détailler les embruns. Les immor­ta­li­ser. On les regarde pru­dem­ment alors la vitre s'embue. Quelque chose a cas­sé à l'intérieur. Trop de ten­sion. Trop d'images à la suite. Et peu importe le reste. Une sirène troue le silence. La plage change de for­mat. On en perd la dis­tance à chaque ondée de gris. C'est un banc d'émotions qui s'approche du bord. On y veut des cou­leurs. On lance le filet de nos yeux. Mais comme en soi, ça remue trop. 

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