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L’OEUVRE NOIRE

Par |2018-08-15T07:45:25+00:00 8 septembre 2013|Catégories : Blog|

 

L'haleine des brumes
insuffle, à ce jour, un autre che­min.
La nuit essuie sa bouche du revers de sa fièvre.
Ma palette de suie sèche dans mes mains.

Il fait matin.

Que d'autres le sachent :
En masse noire, ici, j'ai pac­ti­sé avec mon âme !
Que le diable s'en sou­vienne !
Qu'il aille, infâme, pleu­rer ailleurs son mal.
Je suis seul maître de l'étal.
A pré­sent, la toile se révèle
Et m'extirpe de ses plis.

C'est toi Lumière que j'invoque !
Toi seule que je convoque !

Entre et viens en ce lieu juger de ce pou­voir.
Ma noire est entrée en matière !
C'est à toi main­te­nant d'y por­ter ta cou­leur !
Verse en elle ta blanche obs­cu­ri­té.
Que ton lait jaillisse et qu'il inonde mes traits.

Noire est la face du monde
Noire se vou­drait prendre place .

Lisse, lui­sante, cou­pante sur­face.
Noire sur tous les visages guer­riers.
C'est sans comp­ter,
Ma force et mes gestes assé­nés.
C'est sans comp­ter
La cha­leur de ton jet.
La main de l'homme tra­vaille,
Elle creuse et enve­loppe.
La matière noire appelle la spi­rale d'un autre monde.
Toi seule pour­ra nous sau­ver.
Entre Lumière !
Par les pores de ce spectre
embrase l'évidente crasse de notre céci­té.
Jusqu'à moi le jour est venu t'escorter.
Tu entres par les portes de la cité
pour exor­ci­ser l'insupportable silence.
Découvre par ta puis­sance ,
Ce qu'en cette toile, je viens de com­po­ser.
Par tes courbes célestes gonfle cette oeuvre.
Soulève les ombres de son voile.
Écaille les nacres de sa nue.
Entaille cette illu­sion repue.
Le jais cède sous ta glace.
Tends et brise mes lignes.
Tranche en cette vaine ébène.
Je livre ma noire à ce com­bat.
A la trace, mets toi en chasse
et éclaire ce que je n'attendais pas.
Chante aux hommes ce qu'ils n'entendaient pas.

Passe Lumière
Passe autour, par, sur et par­tout en cette noire fidèle.
J'ai bras­sé tout en elle pour tou­cher ce que je ne voyais pas.

A toi Lumière,
Semblante dis­tance,

A toi Lumière,
Contraste des cendres.

A toi Lumière
Le par­fum des absences.

Joue le désac­cord qui se fait entendre !
Avant toi je sup­po­sais l'informe.
J'ai dépeint aux non-vus ta venue.
Je t'ai, de si loin,… atten­due.
Accroche et ne fai­blis pas.
Mets en jour ma matière.

Dis leur, Prêtresse solaire,
Dis leur ce qu'ils ne devi­naient pas :
Le relief de notre monde
découvre sa cou­leur
dans la lumière de ses ombres.
Puisque qu'en ce jour,
Lumière,
Tu me rejoins,
tout, ici, me semble bien.

 

 GARAIN – Juillet 2012 

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