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L’Oiseau de joie

Par |2018-11-18T09:05:32+00:00 1 novembre 2014|Catégories : Blog|

 

« La routine, cette préface des révolutions ! ». Emile de Girardin, « Les Cinquante-deux ».

 

 

La date d'aujourd'hui sur le calen­drier accro­ché au mur est enca­drée en rouge. Est-ce un jour de fête ?

 J'ai décou­vert récem­ment que la per­cep­tion que j’ai  des dates des fêtes est de plus en plus terne. Je les oublie beau­coup et je ne m’en rap­pelle que par hasard en me pro­me­nant sur le bou­le­vard où les lumières sai­son­nières cli­gnotent misé­ra­ble­ment sur les visages de la clien­tèle des cafés ombra­gés par des dra­peaux bien usés et des ban­de­roles dont la plu­part des lettres gri­bouillées se sont essuyées.

 Ce sont les mêmes mani­fes­ta­tions des mêmes fêtes qui se répètent à l’infini. Cependant, dans mon  enfance, je me rap­pelle que je n’ignorais pas les dates des fêtes autant que je ne le fais à pré­sent. Je ne lais­sais aucune chance aux ban­de­roles de me sur­prendre. Je ne dor­mais même pas la veille de la fête : Je res­tais éveillé devant l'horloge, à attendre l’avènement rayon­nant de la fête pour mettre mes nou­veaux vête­ments et puis louer une bicy­clette pour joindre mes cama­rades dans leurs courses à vélo vers l’infini. je ne me rap­pelle pas com­ment le som­meil et le rêve m’emportaient loin de l’horloge et m’habillaient de mon plus beau pull-over tout en y ins­cri­vant les plus douces des expres­sions et que mes cama­rades, trou­vaient du plai­sir à répé­ter en bégayant : "Comme un oiseau"

Leur joie m'envahit. Je cours. Je vole. Comme un oiseau. J’étends mes petits bras pour voler, en imi­tant, dans mes songes,   l’oiseau dans le ciel volant de ses propres ailes, je l’imite. Il vole et je le suis sauf que mes cama­rades à chaque fois sabo­taient les ten­ta­tives de décol­lage ; ils se ruaient pour me dévo­rer les ais­selles et s’amusaient simul­ta­né­ment  de mon fou rire et de mes coups de pieds qu’ils pre­naient à tort et à tra­vers et que je leur don­nais  pour me débar­ras­ser d'eux avant que l'oiseau de fête n’apparaisse dans l'horizon loin­tain atti­rant tous les enfants qui chantent leur joie de le revoir et dansent leur iden­ti­fi­ca­tion à son état :

Danse, danse, Amoureux
Je te don­ne­rai ce que tu veux

L'oiseau des­cen­dait jusqu’au niveau des mai­sons incli­nées les unes contre les autres. Plus nous chan­tions, plus il dan­sait. Au moindre arrêt, l’oiseau volait dans le ciel loin­tain mais il retour­nait  encore et encore chaque fois que le chant et la danse recom­men­çaient  en secouant ses ailes pour répondre à nos chan­sons et nos accla­ma­tions :

Danse, danse, Amoureux
Je te don­ne­rai ce que tu veux

 L'oiseau venait  nous voir le matin de chaque fête. Il volait dans le ciel en atten­dant que nous sor­tions l’accueillir pour célé­brer ensemble la fête en dan­sant et en chan­tant… mais, au fil du temps, l'oiseau a dis­pa­ru :

 Probablement, parce que les per­sonnes ici ont vieilli,

Probablement, parce que les oiseaux de joie n'existent plus. Probablement, encore, parce que l'histoire dans son ori­gine n’était qu’une simple illu­sion per­pé­tuée par des enfants inno­cents…

Maintenant, je tourne les pages du calen­drier, toutes  humec­tées par le suin­te­ment des lieux, à la recherche de futurs jours fériés et de futures dates en rouge.
Je tourne les pages, l’une après l'autre.
Encore et encore…
Rien.
Aujourd'hui, alors, c’était la der­nière fête.

 

 

 

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