> Luis Bénitez, Brève anthologie poétique

Luis Bénitez, Brève anthologie poétique

Par |2018-11-19T04:08:35+00:00 14 décembre 2014|Catégories : Critiques|

 

Un nou­veau recueil de Luis Benítez, Brève antho­lo­gie poé­tique, tra­duit en fran­çais par mes soins, et agré­men­té d’illustrations de Sebastián de Neymet, vient de paraître, aux édi­tions de la Résonance. Ce recueil, pré­cé­dé d’un avant-pro­pos d’Elizabeth Auster, per­met­tra aux ama­teurs fran­çais de poé­sie de suivre l’évolution de cet impor­tant poète argen­tin depuis ses pre­mières œuvres jusqu’à celles qui pré­cèdent Les Imaginations, recueil publié en fran­çais en 2013 par L’Harmattan.

Comme le dit si jus­te­ment Elizabeth Auster dans son avant-pro­pos, le poète s’efface pro­gres­si­ve­ment, de recueil en recueil, der­rière son œuvre de sorte que le lec­teur « com­plice de l'illu­sion créée par Benítez, se trans­forme en auteur de ce qu’il lit. » Bien qu’il ne soit pas tota­le­ment absent de ses poèmes, Luis Benítez en occupe rare­ment le pre­mier plan. Souvent, ceux-ci racontent une his­toire ou partent d’un fait divers. Mais, der­rière la bana­li­té des évé­ne­ments quo­ti­diens, trans­pa­raît le mys­tère caché der­rière les appa­rences.

Le poème glisse ain­si natu­rel­le­ment du récit vers une réflexion phi­lo­so­phique à por­tée uni­ver­selle. Les allu­sions lit­té­raires n’y manquent pas, qu’il s’agisse de Rimbaud, qui n’a pas eu assez de temps pour contem­pler et tra­duire à l’homme l’incendie des étoiles, à Ezra Pound, que ceux qui n’ont rien à dire ferait mieux de lais­ser par­ler, sans oublier Lao Tseu, Keats ou Schwob.

Plusieurs textes mettent en scène des ani­maux qui se font écho à tra­vers les recueils. C’est ain­si que le tigre des Imaginations qui se retrouve incon­gru­ment sur un bal­con der­rière des tiges de bam­bou, à Buenos Aires, relaie le pachy­derme qui écrase cette vieille men­diante, la rou­tine, au Village de New-York, dans L’Après-midi de l’Eléphant.

Les poèmes de Luis Benítez font pen­ser à une poly­pho­nie. Plusieurs voix s’y mêlent qui se confondent dans l’unité musi­cale d’un orchestre. Le ton en est plu­tôt pes­si­miste, mais sans aigreur ni déses­poir. La récur­rence des thèmes et la façon de les trai­ter confèrent à l’ensemble une pro­fonde uni­té qui doit être tenu pour un témoi­gnage d’authenticité.   

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