> Lydia Padellec Entre l’herbe et son ombre

Lydia Padellec Entre l’herbe et son ombre

Par | 2018-05-27T05:40:33+00:00 2 septembre 2014|Catégories : Critiques|

Un recueil au titre pro­vi­soire, comme toute poé­sie qui ne vaut par son sens qu’à l’instant pro­fé­rée. Tout comme la lec­ture et relec­ture modi­fient l’angle de vision et la pré­sence des poèmes. Tout est pro­vi­soire même dans sa fer­me­té, c’est de l’incertain, de l’inaccompli : une force quand on le sait.

C’est un sillage de vie que nous pro­pose Lydia Padellec : le des­tin de la mère, ses allées et venues sur la ligne du temps. Tout se situe au plus près dans le quo­ti­dien le plus ras, le plus uti­li­taire, le plus caché. Il faut un cer­tain cou­rage pour l’écrire en toute sim­pli­ci­té, une forme de mise à nu dans la pudeur :

 

Tôt le matin
la mère lève les plis
de sa peau
les yeux s’attardent
sur la ron­deur
de la lune

 

La mère dans ses rides devient un vaste sou­ve­nir qui l’enferme dans sa mémoire d’où elle semble peu échap­per, quelques sou­rires par­fois, quelques traits de lumière. Elle ne reste pas insen­sible mais ne peut rien modi­fier du monde. Dans sa pro­fonde tris­tesse,

 

Un sou­ve­nir de pis­sen­lits
s’évapore dans l’odeur
du déter­gent

 

elle tente encore l’impossible, l’échappée ailleurs que dans cette cui­sine, lieu des femmes sou­mises aux néces­si­tés : Les jambes lourdes /d’avoir trop plié/​ de linge : poé­sie qui tire sa pro­fon­deur de la sim­pli­ci­té de dire la pauvre vie, les pauvres joies. Du cou­vercle res­té sur la cas­se­role, il ne res­te­ra que quelques pauvres dési­rs :

 

le sou­ve­nir
d’une petite fille
s’échappe
par la fenêtre

 

Ce recueil impose un fris­son de vie tel­le­ment cha­cun peut s’y retrou­ver quelque part. Dire ou oser dire, c’est tou­jours dépas­ser la chose, la rendre à dis­tance plus accep­table.
Poésie poi­gnante dans sa sim­pli­ci­té, dans son conte­nu et sa géné­ra­li­sa­tion.

Le recueil est divi­sé en deux par­ties. La seconde étant des réflexions sur le mot, les blancs, la poé­sie, le rôle qu’ils tiennent, les rap­ports que nous entre­te­nons avec eux, la vie propre qu’ils sont capables d’assumer. Le mot : être vivant. Chaque par­tie pou­vant se lire sépa­ré­ment, elle s’éclaire mutuel­le­ment.

L’encre serait l’ombre qui ren­drait les mots visibles. C’est très beau, tout est dit dans la véri­té des oppo­sés qui s’épousent. L’auteure reste consciente de la pré­ca­ri­té des mots. Elle ne se prend pas au jeu et tient la poé­sie à dis­tance d’elle-même. Derrière le mot se cache l’arbre.

Il reste au total des éclairs d’espoirs, des images de joie, des par­ti­cules de lumière qui sillonnent maintes secondes par­ties des poèmes :

 

la cui­sine se réduit
à un mor­ceau de nappe
par­se­mée de soleil

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