ma mère à la fenêtre tricote
assise dans l’o­rig­ine comme Pénélope

elle chante le Temps des Cerises
— elle me dit : c’est ce qui reste de la Commune
de hauts reliefs s’élèvent alors

la fête de l’Hu­ma à Garche, les enterrements

de Bar­busse et de Vaillant-Couturier
— pour mes par­ents la cer­ti­tude que la Commune
n’est pas morte

mon père depuis longtemps classe
dans des dossiers
des arti­cles et des poèmes
“ce sont des êtres vivants, dit-il,
il faut les sauver.”

L’en­fant regarde la Terre tourner
elle présente le Christ la Vierge Saint Jean
l’Âne le Bœuf
— ses doigts tour­nent en rond les pages du recueil

est ras­suré d’avoir dans sa mémoire
la Poule Noire de Grand-Mère
— cette cour de ferme les poussins le gros chat
pen­dant que son livre d’his­toire reste de glace

“Il est midi !” crie la mère
tout alors scintille

il regarde le plumi­er son corps étroit
le porte-plume étroit dans sa main minuscule
qui grandit

il a trou­vé une colombe morte
“elle est main­tenant dans l’Ou­bli” lui dit sa mère
il pense : l’ou­bli doit être clair et doux

[…]

 

(extrait, Car nous vivons et mourons si peu, Ver­lag Im Wald, 1999).
 

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