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MA TENDRE MON ATTENTE

Par |2018-08-21T06:43:20+00:00 26 avril 2014|Catégories : Blog|

 

A Jean-Marie Berthier 

 

    Ma tendre mon attente, ma com­plice, aucune voix ne sau­rait suivre loin les spi­rales accom­plies de ton effort ; mon attente, vive au-delà du désir, bru­tale à l’envie de la langue, ma fur­tive, volée aux val­lons du verbe comme une herbe cou­pante cou­pant par les vents et par les vagues, pré­di­cante de ton appa­rence sauve sous les velours vieillis­sant de ma volon­té ; ma tendre à peine née qui s’élève, à l’étude, archi­tecte de mes plus espé­rantes détresses, lente volup­té, épave lèvres trem­blantes invi­tant le marbre de mes yeux déla­vés à la divine inquié­tude ; louve dévo­rée d’innocence, sus­pecte pour­tant, autant que les rêves d’arbres d’un feu.
 

    Et je m’invente pour toi des éton­ne­ments litur­giques, des sur­prises rituelles, des armes d’obéissantes magies. Et je tente pour toi, secoué de soli­tudes, au secours de ce secours qui ne vient pas, d’y redes­cendre en pro­por­tions insectes les veillées vio­lentes, les écor­chures, les obsé­dantes, et ce som­meil de verre d’une mort en larmes.
 

    L’espoir est sor­ti de mon esprit, la crainte a quit­té mon cœur. Tant qu’il m’appartient encore, capable colombe, de me sou­ve­nir l’entière mémoire de la mer.
 

    Nul ne m’attend, sauf toi qui m’acceptes, seule­ment toi qui me par­donnes de ne pas t’entendre.
 

    Je n’attends pas grand-chose de qui­conque, presque rien de per­sonne, sim­ple­ment je me donne à ce je ne sais qui de moi, m’abandonne à ce je ne sais quand de toi, libre pri­son­nier à la fois de l’infime et du gran­diose.

   J’attends, dis­po­nible, à la dis­po­si­tion de tout, par­ache­vant  dans l’épreuve du miroir mon refus du néant à son œuvre, ache­vant de croire ain­si – et com­ment – ce que de toute infir­mi­té j’aurai su, finis­sant de per­ce­voir tou­jours ce que sans doute je ne connaî­trai jamais.
 

    Ce que j’attends, ma tendre mon attente, est la phrase pour com­men­cer l’exil, l’extase pour ter­mi­ner le ciel, l’enfant pour enfan­ter le cercle, et son tour­ment peut-être pour retour­ner au centre.
 

    J’attends l’inexistant. Ce que je sens. La messe cri­tique d’une aurore bles­sée. La caresse iro­nique d’une ruine à venir. Cette attente entre nous, l’infatigable silence qui nous sup­porte, cette lampe dénu­dée où quelque ténèbre brûle encore de mon­trer le jour.
 

    Ce que j’attends, ma tendre mon attente, ce que j’attends ce ne sont Rien que les hommes, seule­ment des hommes pour aimer les hommes, Rien que des hommes, tel­le­ment plus que les hommes, des hommes qui aime­ront l’amour.
 

 

Les Cahiers de la rue Ventura N°14

(novembre 2011)

 

 

 

 

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