> Marie-Claire BANCQUART, Qui vient de loin

Marie-Claire BANCQUART, Qui vient de loin

Par |2018-08-17T09:55:53+00:00 25 janvier 2017|Catégories : Critiques|

 

Ce der­nier recueil de Marie-Claire Bancquart est celui du temps qui passe, qui est pas­sé, du temps de la mala­die et de la mort qui se rap­proche.

Pourtant sa voix reste trans­pa­rente, lim­pide, même si des objets sont fichés au-des­sus de l'inutile, dans une sorte de ter­rible beau­té. Elle pose cette per­pé­tuelle ques­tion de qui sommes-nous, et cette ques­tion se tra­duit par la poé­sie qui chante encore, mal­gré les mots qui tombent par­fois en désordre, à la recherche du silence.

Et puis renaître avec la nature, d'abord au plus simple, avec l'humus qui invite à la caresse, si proche de l'humain, pour ramas­ser quelques miettes d'éternité. Mais l'être ne connaît pas le tout de l'être, que fait-il faire alors, cou­rir au galop sur les poèmes pour tra­ver­ser l'épaisseur des mots, célé­brer l'innocence, don­ner forme à l'inconnu ou sim­ple­ment arro­ser sa bruyère sur son bal­con. Une odeur peut suf­fire à voya­ger ou à enla­cer le tronc d'un arbre.

Notre che­min est aus­si celui des entrailles, du cœur bat­tant et du sque­lette si fra­gile, jusqu'à ce que tout finisse par des ques­tions, celles qui nous tra­versent tout le long de la vie, celles qui nous fondent, celles qui résistent aux réponses toutes faites, celles qui ne cherchent pas de réponses, celles qui peuplent les ruines, celles qui germent, celle qui unissent l'espace, celles qui espèrent… La poé­sie est-elle alors la clé uni­ver­selle qui peut sau­ver, non pas le monde, mais l'individu ?

 

"Il y a des mots meur­tris
devant la porte

n'ouvre pas

ils sont amon­ce­lés, ils tom­be­raient en désordre
cer­tains montent encore l'escalier

ils cherchent
peut-être
le silence. Leur silence

Si tu ouvrais la porte
ils entre­raient dans les dic­tion­naires

ils occu­pe­raient ces calmes logis
d'ordre alpha­bé­tique, où rien ne prouve
que l'horreur existe vrai­ment

mais le sang
cou­le­rait d'eux
chaque fois que nous arri­ve­rions au mot Sang."

 

"Serrer les durs rayons des lampes
les jeter à la face du cré­pus­cule
orga­ni­ser un monde net
contre
la nuit tom­bale.

— Et si le cré­pus­cule
nais­sait de nous ?

— Non. Cueillir d'éclatants tour­ne­sols
s'éclairer d'un reflet
à cares­ser…

Se faire à vivre…aomer la vie…

Bonjour, mathé­ma­tique incar­née, notre monde !

…Mais peut-être
dans une autre par­tie d'univers
dans un ailleurs tout à fait ailleurs
règnent des cla­culs dif­fé­rents, incon­nus,
et d'autres poé­sies,
d'autres dis­po­si­tions de l'amour, des cris­taux."

 

"Qui vient de loin, qui espére et appelle,
graine folle par­mi les hommes ?

Qui germe,
qui veut aller vers l'accomplissememnt ?

Qui peuple les ruines
des fan­tômes vivants ?

Qui unit les espaces
et,
par­fois,
caresse sim­ple­ment le bois de sa table ?
Qui rêve à une seule lettre
ouverte
sur l'innombrable ? "

 

Marie-Claire BANCQUART, Qui vient de loin, Le Castor Astral, avril 2016

 

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