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Matin à Dachau

Par |2018-08-21T04:58:04+00:00 28 juin 2012|Catégories : Blog|

 

Comme lire un poème : on débarque,
on sent le choc à la fin du vers. Pose pour une pho­to,
on avance – l’intérieur est simple, dénu­dé. Cet espace nous sup­plie
de ne rien cher­cher. On nous fait visi­ter très vite,
lon­ger une clô­ture jusqu’à la chambre à gaz, suivre à la hâte le che­min
tra­cé la pre­mière année par les pri­son­niers. Ici, nous sommes,
signale notre guide, plus ou moins à l’endroit où ils se trou­vaient.
Mais il n’y a rien. Seuls l’ombre et les cailloux que déplace le vent d‘hiver.
on nous laisse aller ensuite, à notre guise, entre les rangs de peu­pliers
puis reve­nir, seuls, dans l’aveuglement d’un soleil impla­cable.
Au début on ne sait pas ce qu’on doit décou­vrir.
L’endroit est dépouillé, et les fleurs
appor­tées par d’autres semblent dépla­cées. Pourtant quand on pénètre
dans la paix de la cha­pelle au bout des arbres,
obsé­dé par la pen­sée que ce qui reste est tou­jours si peu,
la conclu­sion s’impose : ce qui fut vécu sub­siste à peine ;
     à nous de dis­cer­ner, dans ces tour­ments, un poème qui s’achève.

(tra­duit par Claude Held)

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