> “Max Alhau”, par Pierre Dhainaut

“Max Alhau”, par Pierre Dhainaut

Par |2018-08-21T06:39:31+00:00 17 septembre 2012|Catégories : Critiques|

 

Pierre Dhainaut, qui signe un « Max Alhau » dans la belle col­lec­tion « Présence de la poé­sie » des édi­tions des Vanneaux, déroge un peu au for­mat habi­tuel qui veut que chaque volume de 2 à 300 pages com­porte une pré­sen­ta­tion du poète et un choix de textes, les deux sépa­rés par quelques pages de pho­to­gra­phies. Ces der­nières sont bien là, qui nous montrent un Max Alhau en dif­fé­rentes périodes de sa vie et avec divers amis (Gaston Miron, André Doms, Gilles Baudry, Georges Drano, etc.) La par­tie antho­lo­gique offre un choix copieux de vers et de proses effec­tué par Max Alhau lui-même par­mi ses nom­breux recueils (une qua­ran­taine). En revanche, la par­tie pré­sen­ta­tion est écla­tée et Pierre Dhainaut s’en explique en une courte intro­duc­tion. Il lit et s’est lié d’amitié avec Max Alhau depuis 1976, et il a consa­cré de nom­breux articles à ses livres au fil du temps. Plutôt qu’une étude géné­rale, il a donc pré­fé­ré réunir quelques-unes de ces approches suc­ces­sives en res­pec­tant ain­si le mou­ve­ment même d’une pro­gres­sive immer­sion dans les textes et les thèmes. Il a éga­le­ment ajou­té un article et un entre­tien avec leur ami com­mun, qui vient de nous quit­ter, Bernard Mazo, ain­si que des réflexions de Patrick Raveau sur la poé­sie de Max Alhau. Ce qui nous vaut une intro­duc­tion à l’œuvre riche et poly­sé­mique.

Une approche plu­rielle

Pierre Dhainaut sou­ligne d’abord l’humilité de la démarche de Max Alhau, dont les poèmes sont moins atta­chés à lais­ser des traces qu’à ouvrir des pas­sages. « Écrire, ouvrir les yeux », pour­rait être un for­mule cor­res­pon­dant au tra­vail de ce mar­cheur et « veilleur loyal », pour qui la mon­tagne est l’espace de l’initiation, et qui tend à effa­cer le moi, à « se conver­tir au pré­caire, au chan­ce­lant, à la  "glo­rieuse pau­vre­té" ».

Notre condi­tion de mor­tels, la soli­tude inté­rieure, notre iden­ti­té tou­jours incer­taine, le temps qui nous met en retrait, la dis­tance irré­duc­tible d’avec le monde, la nature conso­la­trice et les pay­sages omni­pré­sents sont quelques-uns des thèmes et des carac­té­ris­tiques de la poé­sie de l’auteur que Pierre Dhainaut ana­lyse d’une écri­ture juste et éclai­rante. Il montre com­bien la célé­bra­tion fait place dans l’œuvre à la consta­ta­tion, la conquête à la recon­nais­sance et à l’offrande. « L’austérité dont Max Alhau vante les mérites consiste en un accrois­se­ment ».

Dans l’entretien qu’il avait accor­dé à Bernard Mazo, Max Alhau parle de sa décou­verte de la poé­sie à tra­vers Apollinaire, Char, Alain Borne, Louis Guillaume et bien d’autres. Il évoque éga­le­ment sa mélan­co­lie native et son lyrisme dis­cret, et com­ment la poé­sie four­nit une réponse à la vacui­té, à la déré­lic­tion.

Dans ses réflexions, Patrick Raveau sou­ligne le double mou­ve­ment qui carac­té­rise la poé­sie de Max Alhau, d’un accueil de la terre et d’une pré­sence au monde impos­sible : « La marche, le voyage n’abolissent pas la dis­tance, ils l’enrichissent ».

Sans pré­tendre à l’exhaustivité car on ne peut épui­ser le sens d’une œuvre poé­tique sans la réduire, cette approche plu­rielle de l’homme Max Alhau et de son œuvre est néan­moins très riche et, je crois, fidèle. Notons d’ailleurs que Pierre Dhainaut n’a pas oublié de rendre compte de quelques recueils de nou­velles, car Max Alhau est aus­si un adepte de la forme brève et deux nou­velles figurent d’ailleurs dans la par­tie antho­lo­gique de l’ouvrage.

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