Mélancolie

Par | 28 février 2015|Catégories : Blog|

 

Quand il a vu avec quelle facilité
et hâte
elle était partie
il a com­pris ce que c’est d’être jeune :
pou­voir par­tir n’importe quand
de quelque part
et de chez quelqu’un.
Il a com­pris aus­si que vers ses soix­ante-dix ans
il pren­dra sa pro­thèse dentaire
et s’en ira.

Et quelle mélancolie
peut-on comparer
avec celle de la constatation
que l’affection
ne peut pas toucher
un autre homme concret
mais seule­ment des vagues de chair,
des cuiss­es en mélange,
et même que des creux ?

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Mélancolie

Par | 13 juillet 2013|Catégories : Blog|

 

C’est presque sans douleur
comme la solitude
comme le par­fum de cheveux blonds lavés de frais
humé par hasard en passant
les éphémères meurent à la file
jusqu’à ce que l’un d’eux
sur­vive jusqu’au matin
alors ils disparaissent
un jour je te parlerai
des couronnes de fleurs séchées
que nous laissions
sur les bouleaux
per­dus dans le brouillard
au bord de chemins boueux au fin fond des campagnes
je te par­lerai d’une fille
dont les mains trem­blent sous la pluie
pen­dant sept longues années
j’ai cher­ché ma sœur
et un après-midi je l’ai trouvée
der­rière la pre­mière rangée de livres
de botanique
elle avait une voix métallique
avalait jetons
joints
chocolat
on ne s’est jamais connus
elle dor­mait dans une écale de noix
dis­ait que les conversations
ne sont que de longs adieux
sou­vent elle entrait dans ma chambre
et cares­sait mes cheveux
jusqu’à ce qu’ils devi­en­nent poussière
mains qui tremblent
sous la pluie

 

Traduit par Chris­tine Chal­houb, décem­bre 2012

 

Melan­choly

 

It’s near­ly painless
like solitude
like the scent of blond just-washed hair
caught by chance in passing
May flies die
until one
sur­vives till the morning
and then they vanish
one day I’ll tell you
about the wreaths of dried flowers
we left on every birch tree lost in the fog
on the mud­dy path some­where in the villages
about the girl whose hands trem­ble in the rain
for sev­en long years
I searched for my sister
and found her one afternoon
behind the first row of books on herbs
her voice was metallic
she swal­lowed tokens
and joints with chocolate
we’d nev­er met
she slept inside the wal­nut shell
and used to say con­ver­sa­tions were 
just long goodbyes
often she’d enter my room
and touch my hair until
it turned to dust
into hands that tremble
in the rain

 

 

Melan­holi­ja

 

Sko­ro da je bezbolno
kao samoća
kao miris plave tek oprane kose
sluča­jno uhvaćen u prolazu
vodeni cve­tovi umiru
sve dok jedan ne
doživi jutro
a onda nestanu
pričaću ti jednom
o venci­ma sasušenog cveća
koje smo ostavljali
na svaku brezu
izgubljenu u magli
na blat­n­javom dru­mu negde u selima
o devo­j­ci čije ruke drhte na kiši
sedam dugih godina
tražio sam sestru
i našao je jednog popodneva
iza prvog reda knjiga
o biljkama
glas joj je bio metalan
guta­la je žetone
i džointe
sa čokoladom
nika­da se nis­mo upoznali
spavala je u ljus­ci kestena
i gov­o­rila da su razgovori
samo dugi oproštaji
znala je često da uđe u moju sobu
i dodiru­je mi kosu dok se
ne pretvori u prah
u ruke koje drhte
na kiši
 

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