> Mélancolie à bord

Mélancolie à bord

Par |2018-11-16T08:38:47+00:00 30 août 2015|Catégories : Blog|

 

Sur l’étrave du Verbania, l’eau accourt – blanche
étrave, lac d’acier lami­né par de lourds
rou­leaux de nuages – Montagnes autour sans têtes –

Disputes scan­dées, vagues de rires, ven­deurs
à la sau­vette entre deux mar­chés – sapins
sous la pluie leurs grands para­pluies reposent
en bou­quets sous leurs chaises et zézaient sur le sol
d’inox – quatre Africains en bon­nets de skieurs

et elle dans la cabine avant, assour­die
par les coups du moteur, pei­gnée comme un amour
de jeu­nesse accou­ru seins tout haleine sous
le pull – che­villes posées loin sur une chaise
jaune d’œuf et mains étouf­fées entre les cuisses.

– Basses limo­neuses, voca­lises filées, 
frois­se­ments du lac sali­vant contre la coque –
au madri­gal be-bop des voix des quatre noirs
elle mêle secrè­te­ment le balan­cier
de son souffle – les trente-sept mil­liards de mètres
cube du jour morne – de son ingué­ris­sable
soli­tude – L’étrave du fer­ry frois­sant
l’eau, les voix des quatre noirs sont cette chan­son
– Etre sym­pa­thique – qui fait venir les larmes.
 
Avec la pluie d’avril rico­chets de leurs yeux
sur les vitres – Couvrant les pentes de névés
roses ou parme, les aza­lées en fleurs – autour
du débar­ca­dère – tètent l’eau presque noire

 

Bateau vers Luino

X