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Meurent vite les étoiles, et deux autres poèmes

Par | 2018-02-23T07:22:53+00:00 20 mars 2017|Catégories : Blog|
« Meurent vite les étoiles » et « Dans les brouillards loin­tains » sont extraits de l’excellente bio­gra­phie que le regret­té Jean-François Roger a consa­crée à Gaston Criel (édi­tions L’Harmattan, 1998). Quant au troi­sième texte de ce petit flo­ri­lège, il fut publié dans la revue « Cortex de nuit », que je co-ani­mais avec Eric Tremellat, à l’occasion d’un numé­ro spé­cial ayant pour thème « L’invention du quo­ti­dien » (1989).
Jacques Lucchesi

*

 

Meurent vite les étoiles

 

 

La fleur n’a pas dit son der­nier mot
Que la cou­leur éclate en ciel terne.
On va vers les terres impos­sibles
Où pétales enve­loppent le cœur.
Les roses, les lys, les lilas
prennent noms Piaf, Presley
Rimbaud, Baudelaire
Et n’oublions pas Genêt
Dont la tige émane de soufre.

 

Fleurs grandes et belles
Leur vie brève étonne par ful­gu­rance.

 

Ils parlent ces pol­lens
Leur aurore pénètre dans le sang.

 

On entend la cir­cu­la­tion
Mystère qui s’agite
Que le voile obli­tère de son imma­nence.

 

L’enfant de l’homme
N’approche ni ne com­prend
D’autant plus ravi
Qu’il inter­roge tou­jours
Sa soif d’étoiles.

 

 

 

*

 

 

Dans les brouillards loin­tains inon­dés de soleil, un enfant devant une touffe d’herbe. La rosée sourd des racines incom­pré­hen­si­ble­ment. Le trem­ble­ment de méninges enfouies ne perce que le vague. Que va-t’il deve­nir des vagis­se­ments d’images qui emportent l’énigme de qui devien­dra grand ? Qu’en est-il de l’homme qui se cache sous la jungle de l’infra-soi ? Les nerfs se tordent dans l’informulé. Il faut avan­cer. On recule. Le géant tire par la main, oblige à rega­gner le che­min qui s’inscrit dans le vide. Il y a mar­gue­rites, coque­li­cots et pâque­rettes dans l’herbe humide qui fume sous le soleil. Lié, enchaî­né à la tripe nais­sante clair­voyant un futur incon­nu. On ne sait plus rien de la direc­tion d’un pour­quoi sans réponse, du prin­temps en hiver de l’homme noir qui plane à l’horizon de ces fan­tômes blancs qui glacent le sang de glo­bules blancs.

 

 

 

*

 

 

 

Avec la poé­sie moderne un lan­gage de créa­tion se sub­sti­tue à un lan­gage d’expression. L’essentiel de la poé­sie n’est plus dans son conte­nu ou sa pro­so­dique, il est dans le lan­gage même, qui tend à deve­nir fin en soi et créa­tion ori­gi­nale” 
Gaétan Picon

Se tailler un lan­gage dans le lan­gage.”
Jacques Audiberti

 

All right ! Combien de poètes trans­cendent le quo­ti­dien ? Peu ! Ils tressent des cou­ronnes au coït, se réjouissent d’une bouffe, s’en vont rejoindre la plage sous les galets usés.

Pour l’invention du quo­ti­dien, je prends l’exemple d’Eluard :

« Tu te lèves l’eau se déplie »

Eluard recrée l’eau. Il n’en retranche ni n’en rajoute. Il invente. Le poète n’est pas le faus­saire que l’on ren­contre à chaque détour de page de revue.

J’ai cité Eluard. Il me venait direc­te­ment à l’esprit. Mais il en est cer­tai­ne­ment d’autres que l’on ne connaît pas. Les connus sont fati­gants. A moins de lumières dignes d’Eluard et Rimbaud, les inévi­tables revuistes rabâchent en se répé­tant. Où est la recons­truc­tion ? On pleure la des­truc­tion de l’évidence poé­tique. Celle-là qui se place entre les mots. Combien les méta­phores ont de dif­fi­cul­tés à sus­ci­ter l’envol d’Icare.

L’image poé­tique crée son hori­zon comme la pel­li­cule sus­cite le cinéma…Ce qui doit être ; car ce qui doit être ne l’est pas tou­jours. Les fai­seurs de guir­landes coiffent bien des mon­go­liens.

Néanmoins, étant han­di­ca­pés, ces fleurs sans par­fum ne les gênent pas. Le savoir-faire est d’exception. Les textes dont l’esthétique s’englue en des cadeaux dou­teux relèvent du gad­get. Du sur­fait.

Faire vivre le bal­con d’Eurydice de fleurs vigou­reuses. Les roses en plas­tique ne sont pas de pre­mière fraîcheur…Au cime­tière du lan­gage s’il vous plait. Ouvrons la fenêtre d’Orphée.