> Michel Dugué, Tous les fils dénoués

Michel Dugué, Tous les fils dénoués

Par | 2018-05-20T21:40:23+00:00 8 octobre 2014|Catégories : Critiques|

On pénètre tou­jours à pas feu­trés dans l’œuvre de Michel Dugué. Rien d’abstrait, pour­tant, dans son écri­ture. « L’air invi­sible a sa part de mys­tère ou d’hésitation », note le poète.  Il y a, dans ses textes,  des recoins, des che­mins buis­son­niers, des embar­dées et des moments pour reprendre souffle. Mais tou­jours sous un ciel plu­tôt sombre. « Le sen­tier ser­pente au bord de la falaise. De loin on dirait la corde d’un pen­du tant il est étroit, tant le vide qu’il côtoie est sans rémis­sion ».

Michel Dugué vit dans la cam­pagne ren­naise et, de temps à autre, sur la côte tré­go­roise. A ses yeux – il nous le dit au fil des pages- s’offrent les ronces, les mimo­sas et les roses tré­mières. A son oreille par­viennent les cris des mouettes, des pigeons ou des pas­se­reaux. Il y a, sous ses pieds, la lande ou le che­min empier­ré. Il y a, au-des­sus de sa tête, « un ciel de cir­rus ». Il y a, bien sûr, la pluie dans « ce ciel com­blé de gris ». Il y a « les mots chuchotés/​au bord de la table ».

Le poète en fait son miel. « On y décèle une atten­tion par­ti­cu­lière au pay­sage, à la lumière, à ses bruis­se­ments », notait le poète Jacques Josse à pro­pos d’un de ses pré­cé­dents ouvrages (Le jour contem­po­rain, Folle Avoine, 1999). Michel Dugué le confirme dans ce nou­veau livre au titre énig­ma­tique (Tous les fils dénoués), ins­pi­ré d’une phrase de Pierre Reverdy : « Tous les fils dénoués au-delà des sai­sons reprennent leur tour et leur ton sur le fond sombre du silence ».

Saisons. Oui. Fond sombre. Oui, aus­si,  de bout en bout, dans un livre où l’on découvre un auteur en quête de séré­ni­té dans une fré­quen­ta­tion assi­due de la nature. « De quelle erreur pro­cé­dons-nous ou/​de quel deuil ?/​Pour sou­pi­rer ainsi/​après les pre­mières jon­quilles ». Ailleurs il écrit : « Le ciel a véri­ta­ble­ment une âme, celle amu­sante de l’écureuil dans son arbre. C’est un chant fre­don­né mez­za voce. Il peut s’avérer secou­rable et rendre notre humeur enjouée ».

Mais la mort rôde (« le cri des ombres ») et, plus encore, la décré­pi­tude. Dans le beau texte inti­tu­lé Nocturnes, qui clôt le livre, il y a des « yeux désha­bi­tés » et « le règne du désordre ». Evocation à demi mots – dou­lou­reuse – d’une fin de vie de quelqu’un de cher à l’auteur « mar­chant dans l’ombre/qui s’engrange ». Poignant

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