> Michel Dunand, J’ai jardiné les plus beaux volcans

Michel Dunand, J’ai jardiné les plus beaux volcans

Par | 2018-02-21T02:30:21+00:00 8 octobre 2014|Catégories : Critiques|

Michel Dunand nous dit qu’après avoir par­lé de lui, il parle des autres. Fort bien, idée géné­reuse qui se fait ouver­ture. Mais par­ler des autres, n’est-ce pas conti­nuer à par­ler de soi à tra­vers les autres ? Car si J’ai jar­di­né les plus beaux vol­cans, j’y ai fait des choix. Ceux qui, quelque part, me res­semblent et m’éclairent sur moi-même. Pourtant, l’auteur de dit-il pas, par la voix de Truman Capote : Ne pas pas­ser à côté de soi. C’est tou­jours le por­trait par soi-même que l’on fait.

Savoir vivre
Allumer la poudre
et non l’éteindre
 

Et pour­tant, l’état de la vie des autres ne quitte pas M. Dunand : San Francisco : 52000 sans-abris en 1999.

Les che­mins, les routes de divers conti­nents, il les sillonne par delà tout écran, tout bar­rage. M. Dunand ne vaga­bonde pas. Il observe, donne des nou­velles du monde, bonnes ou mau­vaises, sur­tout de la pau­vre­té. Tout évé­ne­ment pas­sé ou pré­sent revient à soi. On se sent moins ridi­cule, moins mal­adroit. N’empêche que le monde exté­rieur sous forme de vol­cans éteints m’apaise et me ras­sure. N’empêche qu’on ne peut pas ne pas reve­nir aux mots, dans l’intervalle éblouis­sant qui les relie.
Il y a un besoin du monde qui peut pro­ve­nir de n’importe quoi, qui appelle sans cesse. Une véri­té s’impose :

Le sang
Repeint
sans fin
la forêt
de tôle
usée

 

Hommages ren­dus à des per­sonnes, à des lieux, à des visions du monde en toute sim­pli­ci­té, en ne reven­di­quant autre titre gran­di­lo­quent, se conten­tant d’être : voya­geur pèle­rin amou­reux.
Est-ce une volon­té de retrou­ver un élan à vivre en pas­sant par les autres et le monde :
 

Mon besoin
de renaître
est si vif
 

Il y a un aban­don de soi, une cer­taine amer­tume qui suinte comme si tout était déjà du pas­sé : j’ai jar­di­né. Reste un espoir aguer­ri au plus pro­fond désir : soi deve­nu insuf­fi­sant fait appel à tout ce qui l’entoure pour deve­nir un tout par un double mou­ve­ment, celui d’entrer dans toutes les choses du monde et celui d’entrer en soi pour que tout vibre dans une coïn­ci­dence, une force, un repos, une séré­ni­té conquise : le côté posi­tif du monde. Le livre se ter­mine sur une évo­ca­tion de Delacroix qui atteint l’unité par le côté vivable de l’existence même, s’il faut recou­rir au sym­bole, au rêve.

Le tout der­nier texte où M. Dunand parle de beau­té, d’infini se réfère à Camus. Est-ce d’une lumière qu’il veut nous par­ler sans la nom­mer ? Ou nous dire : choi­sir et ne rien regret­ter point de départ du recueil ?

 

Sommaires