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MONOLOGUE DE KAFKA

Par | 2018-05-26T19:41:11+00:00 2 septembre 2012|Catégories : Blog|

Je n’achète pas sou­vent de chaus­sures et quand j’en achète, mon achat est long et pré­cau­tion­neux, je songe à toutes les intem­pé­ries, depuis la cani­cule jusqu’à la neige qu’on sau­poudre de sel. Je marche pen­dant des jours et j’en épie à la déro­bée, je réduis mon choix à cinq paires, puis à quatre, à trois, à deux, et alors je fais une pause, hési­tant : laquelle ache­ter des deux paires res­tantes ? Rien que quelques ins­tants plus tard, une troi­sième, que j’avais déjà reje­tée, recouvre son inté­rêt, comme bien­tôt, dans les vitrines de cette vaste ville, presque toutes les chaus­sures pour hommes. De nou­veau je fais des mil­liers de pas et m’arrête devant des devan­tures illu­mi­nées, dans l’idée de vou­loir n’acheter qu’une paire de chaus­sures, et d’avoir besoin d’une seule paire de chaus­sures.

Mais, quand après plu­sieurs périples, je les achète enfin et que je les observe qui reposent en paix auprès de mes autres sou­liers, je per­siste à médi­ter un achat de chaus­sures. Je ne sors pas de ce cercle, pas même pen­dant mon som­meil, qui vient rare­ment, mais finit mal­gré tout par arri­ver, entre deux migraines. Pourtant, je sou­hai­te­rais seule­ment rem­plir ces pauses de mon plus grand besoin : res­pi­rer.

 

 

Traductions de  Liljana Huibner-Fuzellier & Raymond Fuzellier

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