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MONTAGNES

Par |2018-10-16T22:52:28+00:00 8 juin 2013|Catégories : Blog|

 

I

Il peut arri­ver
que nous ayons pour désir
de pro­non­cer le mot : « âme »
comme par exemple quand
nous étions pas­sés par ce vil­lage
de mon­tagne si désert
que nous avions nom­més « âmes »
ses habi­tants. Ou quand
invi­tés à entrer
dans la mai­son aux fenêtres étroites
« âme » est le mot qui est venu sur nos lèvres.

Mot qui vient aus­si
quand les cha­grins
mal­gré la fatigue
tirent du som­meil
rap­pellent la parole :
« Mon âme est triste à en mou­rir. »

II

Comme une prière qui vient
quand meurent des ani­maux…

Présage ou sym­bole
dans ce wagon
du train de ban­lieue
cet oiseau cap­tif
sau­tillant, inquiet
autant que les voya­geurs
et qui par­vint à s’échapper
s’engouffrant dans le sou­ter­rain
sans voir qu’au-dessus de sa tête
il y a la Seine, Paris ?
Non. Pourquoi alors
avoir croi­sé le même jour
aux confins de la cam­pagne et de la ban­lieue
ce héris­son mort
tué dans la hâte des matins
dont le sang déjà attire
les mouches bour­don­nantes ?

Plus loin sur la route
gisait la tête vers le ciel
cet autre oiseau
pigeon presque tour­te­relle.

« Guérison, nais­sance »

Mots impro­non­cés
de la prière com­mune
qui viennent main­te­nant
que tu marches par­mi
les pierres grises, les fleurs.

Nos vies : comme la mon­tagne
prise par le silence
le vent – dure et ruis­se­lante.

III

Où se trouve ce che­min dans ce pays
si sou­vent arpen­té ? Où ces pierres noires
éta­gées que couvrent par endroits
des ruis­seaux ? La lumière est si douce
ici qu’elle ne peut venir que du rêve
si forte qu’elle a bri­sé tout som­meil.

IV

La lumière qui nous manque tant
ne peut être à la fois dedans et dehors.

L’enfant court pieds nus.
Par le sol comme par le ciel
tout l’été pénètre son corps.

Il aime quand il rentre la pénombre.

L’hiver – ne suf­fit-il pas d’un feu
pour y voir clair ?

Autour de la mai­son qui fut une ruine
le vent la nuit se lève, tem­pé­tueux
nous éveille fai­sant battre le volet
cesse dès que tombe la pluie
– vio­lente mais douce.

Fragiles sont les élé­ments
quand on leur dresse des pièges

– grande dalle de verre, murs de béton :

Offenses faites à la lumière !

Le geste d’un peintre ou le pas d’un mar­cheur
sim­ple­ment le sou­ve­nir affai­bli­ront
peut-être cette force indis­crète qu’on exerce
sur ces prés où tu prends nais­sance, mon­tagne.

Oubliera-t-on de refer­mer la bar­rière ?

 

V

Ce qui demeure
après tant d’herbes
de pierres, de fleurs
et de vents
de nuages, de neiges
et de cris des bêtes :

cette souche creuse
mais pleine d’une eau
comme celle d’un puits
où luit non tremble
une étoile – note brève
mais aiguë comme roche –
l’eau noire d’une mon­tagne.

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