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Mutanabbi, Le livre des Sabres

Par | 2018-02-22T04:08:00+00:00 2 mars 2013|Catégories : Critiques|

 

L'« homme qui se pré­tend pro­phète », est né à Kūfa en 915, dans une famille très humble, ori­gi­naire de l'Arabie du Sud. Pour lui il n’est de poète que lui-même. Cet orgueil ne fut pas com­pris des Orientalistes. Ils crurent déce­ler une forme de pré­ten­tion sans com­prendre que le poète a pas­sé un temps de sa vie à faire l’éloge des princes afin d’obtenir d’eux la récom­pense maté­rielle. Pour autant très vite son pané­gy­rique s’est trans­for­mé en satire. Sa poé­sie n’est pas le fait un orgueil vide. Le poète était ani­mé de ce que Nietzsche nom­me­ra plus tard la « volon­té de puis­sance ». L’auteur se veut le sur­homme qui agit au-delà du bien et du mal. Il eut la change d’être recon­nu par le prince ham­da­nide Sayf ad-Dawla qui régna à par­tir  d’Alep sur le nord de la Syrie et qui mena avec constance une guerre contre les Byzantins en Asie Mineure.  Mutanabbi par­ti­ci­pa à ses  batailles qu’il décrit dans ses poèmes avec des accents épiques avant de deve­nir l’errant qui va  par­cou­rir le Moyen Orient de l’Irak jusqu’aux rives du Nil et va créer une poé­tique du noma­disme.

Il est au fon­de­ment de la poé­tique qui carac­té­rise for­te­ment la culture arabe. En leur temps ses œuvres ont ouvert à la créa­tion des voies nou­velles. L’auteur a  adop­té un lan­gage et une écri­ture propres à tra­duire le lyrisme qu'une sen­si­bi­li­té moderne peut faire sienne comme dans la culture occi­den­tale un Dante peut tou­cher n’importe quel lec­teur. Existent chez Mutanabbi une audace et une ori­gi­na­li­té qui se perdent chez ses suc­ces­seurs. Ils vont diluer son héri­tage dans des formes de poé­sie élé­gante et raf­fi­née mais trop légères et sou­vent sans souffle et vigueur si bien que de tels fils ne sont que d'aimables poètes de cours. Mutanabbi est l’inverse. Il aura fait émer­ger un art puis­sant par une maî­trise totale de la langue dont « Le livre des sabres » est la preuve. Contre ceux qui, selon ses mots, « béent plus du cul que Sagra », face aux « faibles cré­tins » il reste celui qui ne s’est jamais abais­sé et a vou­lu sai­sir jusqu’aux « astres loin­tains ».

Dans « Le livre des sabres » la force et la vio­lence débordent de par­tout et res­tent com­pa­rable aux périples de l’auteur :

« Quel lieu ai-je pas­sé qui n’ait eu ses dan­gers »

écrit celui qui affirme encore que les rois qu’il a croi­sé ne méri­taient que de bons coups sur la tête. Mais pas­sant outre à ce qui l’outragea il finit jusqu’à bri­der sa rage sachant que

« les lettres glissent sur le rustre écer­ve­lé ».

Celui qu’on vou­lut pré­sen­ter comme empreint de com­ponc­tion prouve dans ce livre sa lutte contre la clique des pleutres dont, dit-il « le bara­tin me débecte ». Contre les vicis­si­tudes il  a su apla­nir les embûches et à tou­jours refu­ser d’être réduit au rang d’esclave. Face aux

« poèmes juments et aux vers clo­pi­nant »

il a donc impo­sé une faconde qui dis­perse l’encens fumeux de la flat­te­rie pour ral­lier ses par­ti­sans dans l’ardeur du désert afin que comme lui ils « soient bru­lés d’une rage vio­lente ». Elle fait de lui celui qui se dérobe à la nuit de l’être et qui en appelle à la poé­sie du plus haut lignage que l’histoire du genre peut recen­ser.

 

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