> NUNC, revue orante n°31

NUNC, revue orante n°31

Par | 2018-05-23T12:47:09+00:00 16 janvier 2014|Catégories : Blog|

 

Dernier numé­ro de la revue NUNC, parue en fin d 'année 2013, emme­née par Réginald Gaillard, Frank Damour, et la par­ti­ci­pa­tion active de Nicolas Idier, de Ludovic Chaker et d'Antoine Roset qui ont concoc­té un dos­sier sur la Chine, inti­tu­lé "Pierres vivantes de Chine : une gale­rie de por­traits contem­po­rains".

Le limi­naire de cette revue qua­li­fiée d'orante pour l'occasion – nous nous ache­mi­nions alors vers les fêtes de décembre 2013 – pla­çait la prière comme condi­tion du monde, limi­naire signé Frank Damour. Les fêtes pas­sées, la prière demeure tou­jours la condi­tion du monde, aus­si, lorsque nous écri­vons ces lignes, Noël étant tout juste der­rière nous, le limi­naire garde son actua­li­té per­ma­nente.

Frank Damour met en rap­port le monde des médias, nous pri­vant de l'usage de nos sens, et le conseil de Pie XII qui, cité par Marshall Mc Luhan dans son célèbre essai Pour com­prendre les médias, disait : "Il n'y a pas d'exagération à dire que l'avenir des socié­tés modernes et la sta­bi­li­té de leur vie inté­rieure dépendent en grande par­tie du main­tien d'un équi­libre entre la force des tech­niques de com­mu­ni­ca­tion et la capa­ci­té de réac­tion per­son­nelle de chaque indi­vi­du". Damour s'interroge sur ce que signi­fie la for­mule : "la capa­ci­té de réac­tion per­son­nelle". Après avoir inven­to­rié l'attirail de la tech­no­lo­gie média­tique et tiré la conclu­sion que le propre des médias est de cou­per les indi­vi­dus de l'usage réel de leur sens, il observe en consé­quence que "la capa­ci­té de réac­tion per­son­nelle" se tient dans la prière. D'un côté les médias et leur volon­té de s'approprier le corps des indi­vi­dus pour sub­sti­tuer à la Nature une appli­ca­tion tech­no­lo­gique, de l'autre la prière enten­due dans un sens abso­lu­ment ouvert et non exclu­si­ve­ment confes­sion­nel. C'est Eve qui s'oppose aux Lady Gagas. Et Damour de pro­po­ser ces phrases ins­pi­rées sur la prière : "La prière est une dis­po­si­tion fon­da­trice de l'être, qui n'a pas de lien néces­saire avec une confes­sion reli­gieuse. La prière tient en une capa­ci­té d'admirer, de faire mémoire, d'accueillir et de dire mer­ci, oui, amen, c'est ain­si. Elle est un agir inté­rieur qui informe et auto­rise une expé­rience du monde. Elle est une dis­po­si­tion qui révèle à la conscience la vie inté­rieure comme expé­rience de l'autre. La prière est avant toute chose atten­tion à l'autre – visages, êtres, objets – dans sa sin­gu­la­ri­té."

Le dos­sier Pérégrin, orches­tré par Nicolas Idier, Ludovic Chaker et Antoine Roset, fait suite au liminaire."Par ce dos­sier, nous disent ses maitres d'oeuvre, la revue NUNC sou­haite don­ner à la Chine un visage contem­po­rain et intime. (…) Les pein­tures de "pierres" (gra­vures choi­sies du Suyuanshipu, cata­logue com­pi­lé en 1613 par Lin Youlin) qui par­sèment ce dos­sier font réfé­rence à l'arbre tor­tueux du Zhuangzi, dont les branches sont si peu régu­lières qu'elles ne peuvent être uti­li­sées direc­te­ment pour en faire des ron­dins et des planches de construc­tion. De même, ces indi­vi­dus sont trop sin­gu­liers pour être des maté­riaux de construc­tion, et la "Chine en construc­tion" qu'ils contri­buent à édi­fier est davan­tage un che­mi­ne­ment sin­cère qu'un édi­fice conqué­rant."

Dossier pas­sion­nant, que nous ne pou­vons que vous invi­ter à lire, et qui fait tom­ber, sans par­ti pris, les œillères sur la Chine contem­po­raine, celle, éloi­gnée des télé­vi­sion occi­den­tales. Nous retien­drons par­ti­cu­liè­re­ment, bien que chaque article soit une fenêtre, les poèmes déran­geants de Chun Sue, "décri­vant les rêves et les décep­tions de la jeu­nesse per­due et le désar­roi d'une géné­ra­tion de tren­te­naires, pris de court par le gigan­tisme d'une socié­té qui les force au bon­heur." Les six chan­sons de Zhou Yunpeng, dont l'extraordinaire LES CHÔMEURS.

Ludovic Chaker nous parle de Liang Chaoqun, maître de Kung Fu tra­di­tion­nel, appris auprès de maîtres dépo­si­taires de cet art mar­tial ances­tral. Après un par­cours dif­fi­cile, Liang Chaoqun enseigne en France son art, s'étant adap­té à l'esprit occi­den­tal. Puisque la Chine tra­di­tion­nelle dont il est un héri­tier a dis­pa­ru, c'est en France qu'il pro­lon­ge­ra l'enseignement de la grande culture chi­noise conte­nue dans cet art mar­tial, et inté­grant un art de vivre, un art du corps, un art des lettres, un art de l'être.

A ce dos­sier suc­cède la par­tie inti­tu­lée Shekhina, et les beaux poèmes de Paulina Mikol Spiechowicz, puis la par­tie Axis Mundi avec la voix poé­tique de Benjamin Guérin, et l'essai de Zoé Balthus sur Rilke et Tsvétaeva.

Ce numé­ro se ter­mine, comme à l'accoutumée, par le cahier cri­tiques. Nous por­te­rons notre atten­tion sur la note de lec­ture croi­sée de Pierrick de Chermont sur Le silence des pierres, de Matthieu Baumier, livre paru aux édi­tions du Nouvel Athanor, et de Christophe Dauphin, L'ombre que les loups emportent, publié aux édi­tions Les Hommes sans Epaules. Article remar­quable dans lequel Chermont a sen­ti le vent tour­ner au sein de la poé­sie fran­çaise. "Je vou­drais poin­ter deux poètes qui incarnent un mou­ve­ment nou­veau de la poé­sie fran­çaise actuelle. (…) Pourquoi veulent-ils en découdre ? Il y a chez l'un et l'autre la convic­tion que le "Recours au Poème" agi­rait comme une arme sal­vi­fique sur le monde d'aujourd'hui ou que le poète est aujourd'hui le der­nier por­teur de feu néces­saire pour pro­duire un len­de­main. (…) Avant de m'attarder un peu plus sur leur der­nier recueil res­pec­tif, il faut signa­ler qu'ils ne sont pas les seuls. Boulanger, Garnier-Duguy  entre autres – peuvent être rat­ta­chés au même mou­ve­ment." Après une étude fouillée, Chermont tient ces pro­pos déter­mi­nant, aux­quels nous sous­cri­vons abso­lu­ment : "On ne peut que regret­ter le manque d'intérêt des grands cri­tiques pour ce qui se passe en poé­sie. Pourquoi reti­rer cette pièce maî­tresse de la créa­tion ? J'avoue ne pas com­prendre".

NUNC, numé­ro 31 : une revue Orante ! 

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