> Nuno Jùdice, éditions Potentille

Nuno Jùdice, éditions Potentille

Par |2018-08-19T01:58:06+00:00 30 juin 2012|Catégories : Critiques|

Les ama­teurs de poé­sie, de celle qui s’écrit main­te­nant, seront heu­reux de retrou­ver Jùdice, grâce aux édi­tions Potentille et à la tra­duc­tion asso­ciée de Lucie Bibal et de Yves Humann, tra­duc­tion réa­li­sée en col­la­bo­ra­tion avec le poète. Ce qui devrait être une règle en ce domaine. On connaît Jùdice grâce à cer­taines de nos bonnes revues, ain­si Arpa, et à la col­lec­tion Poésie des édi­tions Gallimard, col­lec­tion qui com­porte un volume du poète por­tu­gais : Un Chant dans l’épaisseur du temps, dans la tra­duc­tion de Michel Chandeigne, lequel a fait beau­coup pour faire connaître la lit­té­ra­ture por­tu­gaise contem­po­raine en France. On trou­ve­ra aus­si, avec un peu de chances, divers recueils édi­tés chez Fata Morgana, Dumerchez ou Le Taillis Pré. Cet inté­rêt édi­to­rial, de la part de ces mai­sons là, est un signe qui ne trompe guère.

Ce récent recueil du poète, Le mys­tère de la beau­té, est d’une très grande beau­té. Comme un recueil de matu­ri­té, concen­trant en une tren­taine de page la sève de toute une poé­sie. Des textes qui sont à la fois poé­sie et poé­tique, tant le théo­ri­cien Jùdice, celui qui pense la poé­sie, par­vient ici à trans­fi­gu­rer en vers cette pen­sée du poème. Ce qui per­met aux tra­duc­teurs de dire ceci :

« L’écriture de Nuno Jùdice consiste en la mise en poème d’un rap­port déca­lé au réel, qui ouvre les poten­tia­li­tés de la langue au « mys­tère de la beau­té ». Avec le temps, la phrase s’est épu­rée, le style est deve­nu plus sobre, mais les visions gagnent encore en puis­sance évo­ca­trice, et les pen­sées en ful­gu­rance ».

C’est en effet ici que se joue l’enjeu de la poé­sie de Jùdice, dans l’émergence du réel et de la beau­té, depuis la « réa­li­té », dans la poème. Et l’enjeu, main­te­nant, en une époque de bavar­dages insi­gni­fiants, est loin d’être mince :

 

La recherche de l’absolu, la conquête de la beau­té,
la ren­contre de l’immatériel, etc., tout fai­sait par­tie
d’un pro­jet ini­tié à l’aube. Cependant,
les pre­miers rayons du soleil, et la pos­si­bi­li­té
de contem­pler cet ins­tant où l’astre
émerge de la mer et s’empare du cercle céleste,
pro­duisent un brouillard qui obs­cur­cit
l’imagination, l’empêchant de quit­ter l’intérieur
de l’esprit pour se diri­ger vers le centre du papier, où
les mots por­te­raient le reflet
de ce pro­jet éla­bo­ré durant la nuit.

 

Une poé­sie qui plonge ses racines dans le cœur même du réel, dans le chant qu’est le Poème du réel : 

 

L’absolu s’est mani­fes­té dans un verre
d’eau, quand le soleil est appa­ru der­rière un nuage
et lui a don­né un éclat inat­ten­du dans le plus gris des matins. 

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