> Olivier Cousin, Dans la peau d’Orphée

Olivier Cousin, Dans la peau d’Orphée

Par |2018-11-19T10:22:57+00:00 9 novembre 2014|Catégories : Critiques|

     Comment s’étonner que le Finistérien Olivier Cousin s’intéresse à Orphée ? Amoureux de la Grèce, un pays qui a ins­pi­ré son recueil Sous un ciel sans pau­pière (La Part com­mune, 2010), il est aus­si lui-même poète. Son Orphée est notre contem­po­rain. Il chante dans le métro, dans les mai­sons de retraite et dans les guin­guettes… « au bord du Styx ». Olivier Cousin s’amuse mais a le cœur lourd. Qu’a-t-on fait d’Orphée, par qui la poé­sie est adve­nue ? « Lumière des lam­pions dans les yeux/​Orphée n’éblouit per­sonne avec son blues/​aux accents de champ de coton ».

     Dans une belle défense et illus­tra­tion d’Orphée, Oliver Cousin se met dans la peau du poète/​musicien et nous livre (en exclu­si­vi­té) des frag­ments de son jour­nal. Belle ini­tia­tive car, comme l’a si bien dit Fabrice Midal dans son livre Pourquoi la poé­sie (Pocket, col­lec­tion Agora, 2010), « le mythe d’Orphée est vivant et por­teur de lec­tures tou­jours nou­velles  et (…) se tour­ner vers Orphée, c’est cher­cher à renouer le lien avec sa propre ins­pi­ra­tion ». Olivier Cousin en est la preuve. Il fait, pour sa part, le choix de pré­sen­ter un Orphée quelque peu désa­bu­sé par le monde qui l’entoure. « Rien ne sonne comme jadis. Il fau­dra remuer terre et terre pour retrou­ver l’harmonie des ori­gines ». Car, dit-il encore, « dif­fi­cile de s’apitoyer sur des humains qui tentent d’amadouer les oiseaux à coups de fusil ».

     Il y a aus­si, dans ce recueil, toute une réflexion sur le rôle de la poé­sie. « Si tu veux faire forte impres­sion imprime peu », s’exclame Orphée. On le découvre même, au pas­sage, dis­po­sé à faire amende hono­rable. « Je ne suis qu’un poseur qui se cha­grine avec com­plai­sance. Je n’ai pas assez fait dans la demi-mesure. Retrouver le goût de la dou­leur simple, humaine ». Aussi Orphée se dit-il  prêt, aujourd’hui, à s’arrêter « au bord du chemin/​pour faire son miel de la déses­pé­rance ».

     Finalement, c’est un Orphée ayant plei­ne­ment les pieds sur terre qui a les faveurs d’Olivier Cousin. Un Orphée qui sait com­po­ser avec les « pépins » de l’existence. La preuve ? « Dans la gamelle de son homme/​Eurydice glis­sait une pomme/​que la pluie gâtait avant le pre­mier croc ». Sous des airs à ne pas y tou­cher, le poète bre­ton (avec un  goût avé­ré des jeux de mots) nous en dit  plus sur les rap­ports de notre époque avec la poé­sie que bien des livres savants sur le sujet.

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