> On joue tout seul [extrait]

On joue tout seul [extrait]

Par |2018-08-16T15:52:12+00:00 17 juillet 2012|Catégories : Blog|

 

On a per­du son nid
et comme cou­pé ses ailes
avant la migra­tion

On a raté le der­nier car
de ramas­sage
et on serre contre soi
un billet pour nulle part

on s’écrit des poèmes
se sachant seul à lire
ses fautes d’orthographe

On joue tout seul
la fin du der­nier acte
(Le qua­train sif­fle­ra
trois fois )

On joue sa farce
Aux p’tits oignons

On joue papa­ma­ma
Et les enfants gnan-gnan

On joue comme ça
à qui père mère
le poème adul­tère

On joue
faut-il le répé­ter
la même répé­ti­tion
dif­fé­rant la pre­mière
quand au grand soir
c’est en fait la der­nière

On joue à gui­chet fer­mé
devant une salle vide

Tout seul
on joue
sur des planches
qui se referment

on joue comme Eddy
Murphy comme Spencer
Tracy comme Clint
Eastwood Pecker ah
Ah ah ah ah ah
ah ah ah ah ah ah
ah ah ah ah…

On joue comme Charl
ton Heston Gary
Cooper Magic Johnson

Comme la divine Ava
Gardner on joue
la fille de l’air

On joue machine arrière
dans un théâtre de ban­lieue

On se recueille
en poé­sie

On joue
comme iso­lé de tout
Comme Saint-Antoine
de Padoux ou on ne sait
trop d’où
 

 

On joue tout seul, édi­tions Corps Puce ; 2010.

 

Commentaire : On joue tout seul fait écho à la soli­tude de l’écrivain lorsqu’il écrit. Et plus encore lorsqu’il écrit de la poé­sie, celle-ci ne ren­con­trant, du fait d’une dif­fu­sion très aléa­toire, que très peu de lec­teurs. J’ai vou­lu, à tra­vers ce livre, bri­ser aus­si quelques pon­cifs dont s’enrobe la poé­sie, à savoir, par exemple, celui de la beau­té du verbe (et du monde), celui des bons sen­ti­ments, celui du merveilleux…J’ai sous-titré cet ouvrage « poé­sie en phase finale », comme pour lui don­ner valeur de tes­ta­ment poé­tique. Plus pour en appuyer la « véri­té » que pour en faire mon livre ultime, n’étant pas prêt à renon­cer à l’écriture poé­tique, la seule, à mon sens, apte à expri­mer le réel de nos vies.

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