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ON NE PEUT PAS DÉPENSER DES CENTIMES

Par |2018-08-18T16:48:42+00:00 15 février 2014|Catégories : Blog|

 

                                                                                            pour Pierre Drachline

1.

Il vou­lait voir le maître.

Aussitôt reçu, il  deman­da : qu’est-ce que Dieu ?

D’un doigt sur le bou­ton élec­trique, le maître plon­gea la pièce dans l’obscurité.

Le jeune homme reprit : il faut donc y renon­cer ? 

Le maître d’un geste iden­tique ral­lu­ma ; ses yeux sou­riaient  avec bon­té.

 

 

2.

Maître, qu’est-ce que la mort ?

Quoi ? Dit le maître.

Et le jeune homme répé­ta : qu’est-ce que la mort ?

Quoi ?

Maître, qu’est-ce que la mort ?

Quoi ?

Et le jeune homme se leva tan­dis que le maître pre­nait sa canne pour sor­tir.

 

 

3.

Maître, qu’est-ce que la pen­sée ?

D’une main vive le maître attra­pa une mouche qui pas­sait par là.

Maître, dit le jeune homme déçu : mais ce n’est qu’une mouche !

Le maître ouvrit la main pour qu’elle s’envole à l’air libre où tout peut arri­ver.

 

4.

Une jeune et jolie femme se pla­ça devant le maître

Maître, qu’est-ce que l’amour ?

Le maître ouvrit la bouche, comme pour répondre, puis il pous­sa un cri ter­rible et se

tint silen­cieux en riant dou­ce­ment.

La jeune femme, trou­vant sans doute la réponse satis­fai­sante, sou­rit à son tour et

se leva sans un mot.

 

 

5.

Le jeune homme venait à peine d’entrer et de s’asseoir res­pec­tueu­se­ment.

Aussitôt, le maître le gifla avec force.

Pourquoi, deman­da le jeune homme dont les joues rou­gis­saient ?

Mais le maître ne répon­dit rien et , avec la même force, frot­ta une allu­mette, 

mon­tra la petite lumière et allu­ma un cierge.

 

 

6.

Après un long moment de silence, le jeune homme, un peu gêné, deman­da ;

qu’est-ce qu’un poème ?

Le maître réflé­chit puis dit : reviens ce soir !

Il fai­sait une belle nuit claire et froide. Le maître était assis sur une ter­rasse,

Il fit signe d’approcher. Dans un grand baquet d’eau on pou­vait voir la lune.

 

 

7.

Inlassablement, le jeune homme reve­nait. Jamais décou­ra­gé, il ques­tion­na :

Maître, qu’est-ce que la nature ?

Le maître qui se mon­trait tou­jours vêtu avec sim­pli­ci­té et élé­gance,

mar­qua un temps, sem­bla hési­ter puis reti­ra son den­tier et le posa à côté

de ses lunettes

 

 

8.

Un jour qu’il était seul, le maître, regar­dant dis­pa­raître vers l’horizon un vol d’oies

sau­vages , enle­va sa montre bra­ce­let et la jeta dans l’herbe.

Il se sen­tit heu­reux et, sur le che­min du retour, se mit à chan­ton­ner.

Le soir même, quelqu’un, croyant bien faire, la lui rap­por­ta.

Le maître remer­cia mais il se sen­tait très mal­heu­reux !

Dans son esprit, plus jamais ne pas­se­raient d’oies sau­vages.

 

 

9.

Maître ! Maître, venez voir…

Un homme dan­sait avec grâce dans la rue, sa sébile posée à terre.

Le maître mon­tra qu’il appré­ciait,

puis il deman­da au jeune homme de trou­ver un verre d’eau.

Il en asper­gea les pieds nus du dan­seur. Celui-ci s’arrêta éton­né, mais

le maître lui dit : le vent agite tes feuilles, la pluie nour­rit tes racines.

 

 

10.

Il arri­vait au maître de s’endormir devant son visi­teur.

Le jeune homme se tint coi pen­dant un long moment, puis n’osant réveiller le maître,

il imi­ta le chat, miau­la et se mit à grat­ter le bois de la table

Miaou ! Miaou ! Miaou !

Le maître sor­tant de son som­meil (ou fai­sant sem­blant, allez savoir !) fit aus­si­tôt

Whoua ! Whoua ! Whoua !

 

 

11.

Il fai­sait mau­vais. On enten­dait contre la vitre frap­per l’averse vio­lente.

Le maître sem­blait d’humeur maus­sade. Comme d’habitude, le jeune homme prit

place, mais avec pré­cau­tion.

Le silence dura une éter­ni­té. Chacun regar­dait un point fixe dans le vide.

Soudain le maître s’exclama ; ça fera deux cents…

Tu allais me deman­der ce qu’est l’argent !

 

 

12.

La jeune femme arri­va en retard. Lorsqu’elle péné­tra dans la pièce,

d’abord elle cher­cha des yeux le maître,

mais elle décou­vrit sur le siège habi­tuel, un grand miroir.

le maître avait cal­li­gra­phié des­sus ; aujourd’hui, c’est le jour du poème !

 

 

 

13.

Comme il y avait déjà long­temps que le jeune homme venait, il osa deman­der :

Maître, qu’est-ce que le temps ?

Après un court moment, le maître pui­sa dans une petite coupe de cerises pla­cée à

côté de lui,

en choi­sit une, arra­cha la queue, man­gea la chair avec appli­ca­tion

et un plai­sir évident, puis dépo­sa le noyau dans la paume du jeune homme.

Passé !  Présent ! Futur !

 

 

14.

Il fal­lait s’y attendre ! Un jour, le jeune homme deman­da :

Maître, qu’est-ce que la véri­té ?

Le maître res­pi­ra plu­sieurs fois pro­fon­dé­ment, puis se levant il prit son lourd

coupe papier,

alla droit vers le miroir tou­jours là et , de toutes ses forces, il balan­ça l’objet

en plein dedans.

Effrayé, le jeune homme timi­de­ment deman­da :

maître, puis-je empor­ter un mor­ceau ? « Va, le bruit suf­fit ! » Dit le maître.

 

 

15.

Cette fois, ensemble, ils des­cen­daient un fleuve dans une barque légère.

Le maître lais­sait trem­per sa main dans l’onde bavarde ; le jeune homme ramait.

Attentif, il écou­tait : Maître, j’entends bien mais que dit l’eau ?

A ces mots le maître se mit debout, se débou­ton­na et pis­sa dans le cou­rant.

 

 

16.

Au pied d’un arbre, le maître jouait de la flûte. Il jouait mal

mais on se sen­tait bien.

Quand ce fut fini, et que le silence qui sui­vit le fut aus­si,

le jeune homme, consi­dé­rant avec émo­tion le vieillard chauve

et sans cha­peau sous le soleil,

s’émut et dit : maître, pour vous, qu’est-ce que l’émotion ?

Le maître qui avait chaud se pas­sa la main sur le crâne :

C’est ce qu’une per­ruque ne pour­ra jamais rem­pla­cer !

 

 

17.

Ils avaient par­lé de tout et de rien.

Encore un peu exci­tés, ils se cal­maient len­te­ment

en regar­dant le cré­pus­cule enva­hir la pièce. Enhardi par cette inti­mi­té,

le jeune homme se per­mit ;

maître, que peut-on faire contre la mort ?

Le maître réflé­chit  puis bru­ta­le­ment tira la langue,

ensuite, il appro­cha la théière et ver­sa, mais le thé était froid :

 

 

18.

Debout sur la ter­rasse, le jeune homme sem­blait plon­gé dans

la contem­pla­tion d’un ciel pur

plus étoi­lé qu’une plage de sable sous la pluie.

Se tour­nant vers le maître res­té à l’intérieur, il deman­da : maître,

sommes-nous vrai­ment seuls dans l’univers ?

Le maître reti­ra le plaid de ses épaules, sor­tit un mou­choir bien plié

et bruyam­ment se mou­cha dedans.

Esr-ce que ça te va comme réponse ? Et il fit dis­pa­raître

la petite boule de tis­sus

 

 

19.

On entend de moins en moins la voix humaine, dit-elle ;

tout passe par des machines mais la voix humaine, c’est plus que ça !

Le maître sou­rit, se leva, s’approcha sans rien dire et lui pin­ça le bras.

Aîe ! Vous me faites mal !

Le maître, qui ne par­lait pas sou­vent , ni beau­coup, lui dit

avec une sorte de ten­dresse : Jamais une machine ne pour­ra faire

ce que tu viens de faire…

 

 

20.

Ils avaient bavar­dé

en se pro­me­nant autour du bas­sin des carpes.

Le jeune homme deman­da ; maître, pour­rais-tu m’en dire plus

sur la ques­tion de la poule et de l’œuf ?

Le maître s’arrêta, avec deux doigts, il reti­ra de sa bouche un bout de chique.

Tiens, dit-il, en le jetant, trouve m’en un autre ; celui-ci n’a plus de goût !

 

 

21.

On tra­ver­sait un petit bois joux­tant la cité. Le maître écou­tait, ravi, cette rumeur

faite de fuites, de ren­contres et pour­tant d’une paix comme immé­mo­riale.

Le jeune homme parais­sait mal à l’aise et finit par deman­der :

Maître, que faut-il pen­ser de l’éternité ?

Le maître, écar­tant de la main quelques insectes et brin­dilles,

s’assit et dit : regarde ! On dit que ces grands arbres sont éter­nels

mais rien ne pousse à leur pied !

Puis il s’endormit cou­ché sur le tapis moel­leux des feuilles mortes.

 

 

22.

Le maître, après huit jours d’une retraite abs­ti­nente, se tenait dans sa cui­sine.

Une ques­tion le tra­cas­sait ; savoir quand, exac­te­ment,

les pâtes seraient « al dente ».

Le jeune homme, à côté de lui, cou­pait des oignons qui le fai­saient pleu­rer.

Il deman­da : maître, est-ce qu’il y en a suf­fi­sam­ment ?

Oui, oui ! Je n’en ai pas besoin, j’avais juste envie que tu pleures un peu

à cause de moi.

 

 

23.

L’automne, sai­son du grand âge pour les noi­settes,

et pour les hommes,  tirait à sa fin.

Le jeune homme, vêtu ce jour-là avec recherche comme pour une fête,

deman­da : qu’est-ce qu’être riche ?
Le maître se tour­na vers le petit Ginkgo qui ornait la table basse,

prit entre ses doigts le « Sage aux mille écus »,

aux mille palmes déli­cates d’or fin,  et  le secoua d’un geste bref.

D’un coup, d’un seul,

le tronc fut nu, et le cercle végé­tal de sa cou­ronne dorée à terre…

 

 

24.

C’était clair ! Le maître ne vou­lait plus jouer au maître,

et le jeune homme ne vou­lait plus res­ter un jeune homme !

Peut-être le maître vou­lait-il rede­ve­nir un jeune homme,

et le jeune homme être un maître ?

Mais la jeune femme s’étant trom­pé de jour, il arri­va qu’elle fit irrup­tion.

Aussitôt le maître eut honte

et le jeune homme rou­git. Seul le per­ro­quet dans sa cage

répé­ta « Coco est content ! »

et la jeune femme, à tra­vers le grillage, lui don­na quelques graines.

 

 

25.

La voix du jeune homme se fit grave, comme s’il avait de la peine.

Baissant les yeux il deman­da : maître, que ferez-vous après la mort ?

Le maître consi­dé­ra, puis fer­ma le cahier ouvert devant lui.

Il allait répondre lorsque quelque part une porte cla­qua.

Le maître se tut, haus­sa le sour­cil et mon­tra qu’il ne savait pas si

c’était un cou­rant d’air, quelqu’un qui entrait ou qui peut-être sor­tait …

 

 

26.

Maître, tout cela, ce ne sont pas des réponses !

Et le maître qui, par curio­si­té ou par inoc­cu­pa­tion, comp­tait

com­bien de petits pois contient une boîte

de conserve, répli­qua :

il n’y a pas de ques­tions, seule­ment des faits !

Ma lèvre d’en haut ignore ce que dit ma lèvre d’en bas

et vice versa…Mais c’est bien ma bouche qui parle !

 

 

27.

Il fai­sait un temps de chien pour aller voir la mer !

Il ven­tait si fort qu’on pou­vait à peine s’entendre par­ler.

Il n’y avait pas d’horizon, rien que des vagues dan­sant furieuses

par-des­sus la digue-pro­me­nade.

Plié en deux, le jeune homme sou­le­vant son cache-col hur­la :

maître, croyez-vous qu’on puisse deve­nir artiste ?

Le maître s’arrêta pile, fixa le jeune homme dépei­gné, et sans

un mot lâcha son para­pluie ouvert qui dis­pa­rut dans la tem­pête.

 

 

28.

Les aveugles ont des cannes d’aveugles.

C’est ain­si que par­lait le maître, mais par-des­sus tout il aimait

le petit bruit de la son­nette

sur le gui­don de course du vélo de la parole !
Tout le monde sait que les vélos de course

n’ont géné­ra­le­ment pas de son­nette ! Un jour que le jeune homme

entrait comme d’habitude, il trou­va la pièce plon­gée dans le noir :

Maître, où êtes-vous ?

Et le voi­la obli­gé de sor­tir sa lampe torche.

Le maître atten­dit.  Le jeune homme finit par épui­ser les piles.

Alors le maître : c’est comme ça qu’il faut faire ! Quand tu sais où

tu es, c’est que tu n’es plus nulle part  et il allu­ma la lampe.

 

 

29.

Le jeune homme trai­nait la patte.

Il se plai­gnait de son genou, de sa cuisse, de son dos : maître, j’ai mal

Aurais-tu quelque chose pour ça ?

Le maître lais­sait dire et conti­nuait son che­min.

Maître, pour­rait-on s’arrêter à une phar­ma­cie ? Le maître s’assit

et consi­dé­ra atten­ti­ve­ment les épaules inégales du jeune homme :

va t’acheter des chaus­sures sans talon­nettes, ou mieux des san­dales ;

les grecs mar­chaient en san­dales

et nous leur devons presque tout de la marche du monde !

 

 

30.

On était à la veille de Pâques.

Devant l’église, une petite fille ven­dait le triste buis.

Un ins­tant le maître rêva de palmes, de joyeuse entrée !
On ne tue pas d’esclaves sur des pal­miers ; c’est impos­sible !

le jeune homme ache­ta une branche bénie :

maître, irons-nous à l’intérieur ?

Le maître refu­sa ; les hommes sont trop bavards avec leurs dieux.

Il prit une branche fleu­rie d’un for­sy­thia, l’offrit à une pas­sante ;

celle-ci sou­rit joli­ment :

c’est divin, dit-il, allons boire un verre car j’ai vu l’intérieur !

 

 

31.

Le jeune homme ne pour­rait plus venir ; on l’envoyait au bout du monde.

Maître, je vous ai appor­té quelque chose.

Il ten­dit un superbe coupe-papier qui allait bien

avec le presse-papier jeté dans le miroir !

Le maître parut tou­ché, se leva, par­tit vers la cui­sine et revint

avec la râpe à fro­mage et la pince à spa­ghet­ti dont il s’était ser­vi l’autre jour.

La pre­mière est pour ce que je t’ai appris

et la deuxième pour remuer et ser­vir tant que c’est chaud.

 

 

32.

La jeune femme vint à son tour pour annon­cer qu’elle par­tait

avec le jeune homme.

C’était un peu grâce à lui, dit-elle, parce qu’elle avait beau­coup ri

quand le jeune homme lui racon­tait…

Le maître, hilare, s’esclaffa : c’était donc vous la porte qui cla­quait !

Resté seul, la maître pen­sa : c’était donc pour vous

que la mer mon­tait dans mon encrier et le souffle des mots

dans ma gorge de girafe !

Et son crâne chauve, sous ses éclats de rires soli­taires, se ridait

comme un étang calme où une troupe de canards vient de se poser.

 

 

33.

Restait le per­ro­quet !

Le maître l’emmena sur son épaule visi­ter tous les bis­trots de la ville,

toutes les gares, par­tout enfin où l’on fait du bruit avec sa bouche.

Le per­ro­quet apprit vite.

Ce qu’il enten­dait n’étant pas très varié ! 

Le maître offrit à ses voi­sins radio, tv, cd, et même son por­table

qui sait tout faire puis il écou­ta lon­gue­ment son per­ro­quet.

Un per­ro­quet de même que le cer­veau ne ment jamais, ne rit pas non plus !

Le maître eut une pen­sée pour le jeune homme et sa com­pagne

puis bru­ta­le­ment s’affaissa.

C’est tris­te­ment que le per­ro­quet dit « Coco est content ».

 

 

34.

Le temps pas­sa ; le jeune homme revint.

Devant le maître qui sem­blait fati­gué, il se trou­bla mais ne put s’empêcher

Maître, j’ai besoin de savoir ; que penses-tu des mots ?

Le maître mar­qua un temps, sai­sit dans un bou­quet près de lui 

un bou­ton de rose, le huma lon­gue­ment, le mit en bouche

et le mâcha avec tous les signes d’un bon­heur intense…

Puis il l’avala.

Satisfait de la réponse, le jeune homme s’apprêtait à par­tir quand le maître

sou­dain lâcha un for­mi­dable pet . C’est ça aus­si, dit-il.

 

 

35

La jeune femme, elle aus­si, revint.

Rougissante, elle avoua : maître, tu le sais, nous nous aimons lui et moi mais

nous n’arrivons pas à nous le dire.

Le maître se reti­ra puis revint s’asseoir à sa place. Il tenait dans sa main droite

deux noix encore dans leur coquille. Il fer­ma son poing, ser­ra fort ;

on les enten­dit cra­quer l’une contre l’autre !

Les noix étant ouvertes, le maître, de la main gauche, celle du cœur,

fit le tri, offrit les meilleurs mor­ceaux et dégus­ta le reste

 

 

36.

Maître, com­ment fai­saient nos grands anciens pour mar­cher sur l’eau ?

Le maître prit son bol, vida ce qui res­tait dedans sur la table et pas­sa la main

pour l’étendre ;

il prit ensuite un brin de laine de son vête­ment et le lais­sa tom­ber

sur le liquide où il flot­ta sans pro­blème.

 

 

37.

Depuis le temps ! Le jeune homme venait, entrait,

pre­nait place presque rituel­le­ment face au maître, et atten­dait.

Souvent le maître médi­tait, les yeux fer­més, immo­bile,

sans aucune expres­sion…

Mais quand une mouche se posa sur le nez du maître

sans pro­vo­quer un seul fré­mis­se­ment… Le jeune homme s’inquiéta.

Le maître se tenait droit dans son fau­teuil et devant lui sur le bureau

on pou­vait voir un billet : « je dors, ne m’éveillez plus »  !

Le maître était mort !

 

 

38.

Quand la police vint pour le constat, elle deman­da quand, com­ment…

Le jeune homme

alla à la fenêtre, souf­fla sur la vitre fer­mée

qui se cou­vrit aus­si­tôt de son haleine et devint opaque,

puis il ouvrit, et le voile de buée dis­pa­rut, lais­sant le car­reau trans­pa­rent.

 

 

39.

Pour la dis­per­sion des cendres, le jeune homme et la jeune femme

envoyèrent des fleurs. Ils étaient loin !

Pas un mot ne fut pro­non­cé ; un oiseau chan­ta car on était au prin­temps.

Un pro­me­neur dit ; sens-tu les par­fums qui nous entourent ?

A l’entrée, une vieille dame deman­da si on pou­vait entrer avec son chien.

Regardant l’azur, on pen­sait à ces pois­sons d’appartement dans leur bocal.

 

 

40.

Le qua­ran­tième jour, les tra­vaux de réamé­na­ge­ment de l’appartement furent

ter­mi­nés. Jamais on ne vit le pro­prié­taire, une agence s’occupa de tout : on put

poser l’écriteau « à louer ».
 

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