> Pablo NERUDA : poèmes retrouvés, traduits par Jacques ANCET

Pablo NERUDA : poèmes retrouvés, traduits par Jacques ANCET

Par | 2018-02-25T20:45:22+00:00 15 mai 2016|Catégories : Critiques|

Il s'agit d'un livre inégal dont Jacques Ancet s'est effor­cé de don­ner une tra­duc­tion aus­si poé­tique que pos­sible : quelques beaux poèmes d'amour, d'autres dans la veine du Canto General, et quelques textes de moindre impor­tance. On ne peut évi­dem­ment pas s'attendre, avec des reliques, à autre chose qu'un recueil com­po­site, mais ces poèmes, en dépit du côté « retrou­vé » qui évi­dem­ment signi­fie qu'ils n'avaient pas pu entrer (encore?) dans la com­po­si­tion d'un grand recueil, ont le mérite de nous res­ti­tuer la grande voix de Neruda, dans sa ver­sion « spon­ta­née » ou presque.

C'est ce dont témoigne, outre le fait qui mérite d'être sou­li­gné que le livre est bilingue, l'adjonction d'un épais dos­sier qui pré­sente quelques uns des poèmes en fac-simi­lé, et des notes et com­men­taires utiles, comme l'éditeur Seghers s'est sou­vent astreint à le faire dans la fameuse col­lec­tion des Poètes d'aujourd'hui. On y découvre cette chose pas­sion­nante : des textes écrits tels que l'auteur les avait lais­sés, par­fois ratu­rés, dans la course et le rapt de son écri­ture rapide, de son geste natu­rel, avec le papier jau­ni attes­tant de l'âge du docu­ment. Il me sou­vient, lorsque Pierre Seghers était encore, me semble-t-il, en pleine acti­vi­té, vers 1967, en avoir une fois dis­cu­té avec lui en mar­chant, à pro­pos du fac-simi­lé de St John Perse « Midi, ses fauves, ses famines …», dans le livre pré­sen­tant ce poète. Il avait dit – et la décla­ra­tion m'avait sur­pris -, sur un ton un peu bour­ru, ces mots qui me sont res­tés : « Il paraît que le style c'est l'homme. Pour moi, l'écriture maté­rielle du poète aus­si ! » (Il est vrai qu'à l'époque, c'était la grande mode de la gra­pho­lo­gie, gra­pho­mé­trie, etc.) Nous avions éga­le­ment évo­qué le fac-Similé du poème qu'Eluard avait écrit pour Nusch, sa femme, dont le nom sur le manus­crit, à la fin, avait été bar­ré et rem­pla­cé par le mot Liberté.

Oui, incon­tes­ta­ble­ment la vision des manus­crits est ins­truc­tive quand aux mys­tères de la créa­tion et de la per­son­na­li­té d'un poète. Le livre que Jacques Ancet nous pré­sente concer­nant l'auteur des Alturas de Macchu-Picchu (un som­met aus­si de sa poé­sie), est un mer­veilleux vec­teur de curio­si­té, et réveille en nous l'envie de relire les autres puis­sants recueils du poète chi­lien, à tra­vers cer­tains inédits tels que « Qu'offre-t-elle à ta main d'or… », immense poème d'amour auquel il semble que le tra­duc­teur se soit par­ti­cu­liè­re­ment atta­ché, et qui nous fait entendre une der­nière fois la voix, res­ti­tuée en fran­çais, de Neruda en sa plé­ni­tude d'inspiration, intense comme dans ses meilleurs moments de pas­sion.