> Par les fossés et les haies d’Emile Storck

Par les fossés et les haies d’Emile Storck

Par |2018-08-17T05:12:32+00:00 19 avril 2013|Catégories : Critiques|

« Il n’a pas son pareil pour décrire en quelques vers le jour, les cou­leurs et les mou­ve­ments, les flux et les états, la gra­vi­té ou la légè­re­té, l’opacité ou la lim­pi­di­té, d’une atmo­sphère qui unit le ciel et la terre et asso­cie l’homme à l’univers » écrit Jean-Paul Sorg dans sa pré­face au recueil Par les fos­sés et les bois. Ce sont les pay­sages de l’Alsace vos­gienne que nous donne à voir Emile Storck, et la puis­sance d’évocation des mots est telle qu’il nous vient sous les pau­pières ces mêmes pay­sages peints par Bernard Gantner, de neige lumi­nes­cente et de cal­li­gra­phie de branches. Poèmes sen­so­riels que ceux d’Emile Storck où non seule­ment la vue, mais le goût, l’odeur et le tou­cher sont convo­qués, sen­sa­tions prises au filet à papillons (qu’il aimait tant par ailleurs et qui volètent à tra­vers ces pages : Mes ailes ont les cou­leurs de l’aurore,/ je suis chez moi dans les car­da­mines. Sans sou­cis et sans peines je danse la vie/​ en volant tôt le matin jusqu’à tard le soir…) pour être épin­glées sur la page comme autant d’instants uniques :

Des flo­cons de nuages, clairs et fins,
en sus­pen­sion dans le bleu du ciel,
leurs formes sub­mer­gées de lumière.
En bas la forêt baigne au soleil,
l’herbe jaillit déjà de la terre
noire. Les taillis rêvent, et espèrent.

Six simples vers, lim­pides et simples en appa­rence et déjà nous espé­rons avec lui le prin­temps…. Rien de moins simple pour reve­nir à cette poé­sie élé­men­taire, évi­dente. « L’évidence n’est pas simple » a écrit Cocteau. Poésie des cinq sens et des quatre élé­ments ! C’est, jus­te­ment, cette écri­ture « élé­men­taire » qui per­met la rêve­rie poé­tique … En ouvrant ces pages, une odeur d’humus et de cham­pi­gnons vous sai­sit, un coin de ciel « juste par­se­mé de quelques nuages/n’en revient pas d’être si brillant et si gai » appa­rait . Nous n’en reve­nons pas non plus de cette envie subite qui nous prend en lisant ces vers de se mettre à arpen­ter les fos­sés et les haies der­rière notre mai­son.

Les bois sont tout plein d’anémones et au bord
des che­mins flambent les haies de pru­nel­liers.
L’herbe inten­sé­ment verte luit de par­tout
la vie se presse et jaillit des moindres recoins.

Emile Storck arpen­tait la cam­pagne alsa­cienne qu’il a évo­quée dans son dia­lecte, mais son œuvre est tout sauf « régio­na­liste », son Alsace res­semble à la Loire-Atlantique de Cadou, à la Provence de Giono, elle prend des dimen­sions du cos­mos et de l’universel car par­tout «  les yeux de tous les enfants s’écarquillent /​ devant le mys­tère des mondes et de la vie ». En tous lieux nous rap­pelle Storck «  La beau­té est vivante, par­tout, même si ton regard/​émoussé par l’habitude ne lui prête plus d’attention ». C’est à cette  élé­men­taire conver­sion du regard que nous convie Emile Storck, à pra­ti­quer par tout temps au fil des sai­sons. Mettez son livre dans votre poche, sui­vez-le, asseyez-vous « au bord du che­min fores­tier » et ouvrez ces pages, tout sim­ple­ment …

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