> Passage en revues. Autour de : la revue des belles lettres 2014, I, et Phoenix n° 14

Passage en revues. Autour de : la revue des belles lettres 2014, I, et Phoenix n° 14

Par |2018-11-17T23:16:32+00:00 12 juillet 2014|Catégories : Blog|

 

Passage en revues.
Autour de : la revue des belles lettres 2014, I et Phoenix n° 14

 

 

La revue de belles lettres. Recours au Poème a déjà eu l’occasion de dire tout le bien que nous pen­sons de cette excel­lente, excep­tion­nelle même, revue de lit­té­ra­ture en géné­ral, et de poé­sie en par­ti­cu­lier. Ce der­nier numé­ro, paru au mois de mai, pre­mier opus de l’année 2014, est tout aus­si réus­si que les pré­cé­dents. Soyons clairs : lire aujourd’hui une revue lit­té­raire et de créa­tion de ce niveau est un bon­heur. A la Une : Ilse Aichinger, Pierre-Alain Tâche, aiguilleur, et Georg Trakl. Mais cela n’épuise en rien les pages de la revue de belles lettres. En son Liminaire, Marion Graf donne des pistes expli­ci­tant les choix de Une : « Quand nous nous met­tons à par­ler sous le gibet, c’est de la vie même que nous par­lons, écrit Ilse Aichinger au len­de­main de la seconde guerre mon­diale, dans son essen­tiel Discours sous le gibet. Elle pré­cise : Si nous nous y pre­nons bien, nous pou­vons retour­ner ce qui semble tour­né contre nous ; nous pou­vons pré­ci­sé­ment entre­prendre de racon­ter depuis la fin et jusqu’à la fin, et c’est de nou­veau pour nous l’aube du monde ».

De notre point de vue, et pour des rai­sons plus ou moins graves, ces mots sont d’une forte actua­li­té. Et nous osons les reprendre à notre compte.

Plus loin, après avoir rap­pe­lé la mort de Trakl aux pre­miers jours de la « der des ders » : « Ainsi, mal­gré la dis­tance his­to­rique qui les sépare, les deux poètes autri­chiens réunis au cœur de ce numé­ro de la RBL, nous adressent cette radi­ca­li­té d’une parole née de ce qui la nie ».

Forte actua­li­té encore, tou­jours de notre point de vue. Ces mots pour­raient s’appliquer à la tou­jours renais­sante Parole du Poème, au recours duquel nous appe­lons en nos pages.

Du reste, ce numé­ro de la RBL, et il n’est évi­dem­ment pas de hasard ici, s’ouvre sur cinq paroles poé­tiques qui font œuvre : Rainer Brambach, James Sacré, Ales Steger, Zbynek Hejda et Stamatis Polenakis. Ceux qui ne pensent plus réel­le­ment que la poé­sie est à même de bou­le­ver­ser l’ordre du monde et croient au fond qu’il s’agit d’une simple acti­vi­té (pré­ten­dant par­fois à « rému­né­ra­tion ») feraient bien de lire ces poètes. On est ici rétifs à toute forme de carte d’identification déna­tu­rant les fon­de­ments même de la poé­sie. Car pour vivre il faut écrire et tra­vailler, tra­vailler et écrire, la main à char­rue vaut bien la main à plume, rien ne se place au-des­sus du concret du tra­vail quo­ti­dien. Les choses vivent ensemble. Et cela res­pire. Et cela s’appelle être libre. Point de cha­pelles à l’horizon, quelles qu’elles soient. Nous n’en aimons pas les esprits.

Du reste, il est ques­tion de cette hau­teur et de cette ver­ti­ca­li­té dans le pre­mier dos­sier de la revue. Le dos­sier donne à lire un choix de lettres échan­gées entre Pierre-Alain Tâche, Jean-Pierre Lemaire et  Guy Goffette. Le choix est pré­sen­té et éta­bli par Amaury Nauroy. « Les âne­ries étant le train natu­rel des bavards (…) », écrit Goffette à Tâche. La parole est juste. Vient, peu après, un beau texte de Pierre-Alain Tâche, consa­cré à André du Bouchet. On lira cette cor­res­pon­dance, qui fait entrer dans les pro­fon­deurs de la créa­tion poé­tique actuelle et/​ou fort récente en train de se faire et de se vivre. Rassérénant.

Le second dos­sier de ce numé­ro est consa­cré à Ilse Aichinger. Les pages sont pro­po­sées par Marion Graf : « Ilse Aichinger appar­tient à la géné­ra­tion qui cherche à reprendre la parole dans une langue alle­mande rui­née. Aux côtés de Paul Celan, d’Ingeborg Bachmann, de Günter Eich (qu’elle épouse en 1953), elle en est l’une des repré­sen­tantes les plus radi­cales ». Romancière, auteur de nou­velles, Ilse Aichinger est avant tout poète. On peut lire ses poèmes parus dans la col­lec­tion Orphée des édi­tions de la Différence, dans une tra­duc­tion don­née par Rose-Marie François. Marion Graf, aidé de Simone Fässler, édi­trice de l’écrivain, pro­pose trois étapes du par­cours d’écriture d’Isle Aichinger : « De livre en livre, la ville de Vienne, entre bon­heur et cau­che­mar, est un per­son­nage » de son œuvre. Poèmes en prose, dia­logues, chro­niques. Le dos­sier com­porte aus­si un entre­tien entre Simone Fässler et Ilse Aichinger. Une belle façon de décou­vrir le tra­vail d’une poète/​écrivain qui vit aujourd’hui à Vienne.

Suivent 25 pages de poèmes de Trakl. Quelle mer­veille !

Une bien belle revue.

 

La revue de belles lettres, 138e année, 2014, I
www​.lare​vue​de​bel​les​lettres​.ch
Contact : info@​lereveudebelleslettres.​ch
BP 6741. Lausanne 1002. Suisse.
Abonnement : 56 €

 

 

 

Le qua­tor­zième numé­ro de la tou­jours excel­lente revue Phoenix est cen­tré sur l’œuvre de Jacques Darras. Un dos­sier très com­plet, pour dire le moins, avec des contri­bu­tions signées André Ughetto, Nimrod, Rony Demaeseneer, Marie-Claire Bancquart, Bernard Fournier, Vincent Guillier, Mélanie Godin et Jacques Bonnaffé. Une bonne manière de décou­vrir l’œuvre de Darras pour ceux qui ne la connaî­traient pas, si cela est pos­sible. Le dos­sier s’ouvre d’ailleurs sur X BuxellOiseries bour­rées de vie, d’humour de sérieux. De vin, presque. Entraînant. Suit une conver­sa­tion entre Darras et Nimrod, deux poètes donc, qui éclaire sur la vision de la poé­sie du pre­mier (mais aus­si du second). Les contri­bu­tions qui viennent ensuite sont à lire avec gour­man­dise. J’ose enga­ger à se pré­ci­pi­ter sur celle de Vincent Guillier, consa­crée à « La revue In’Hui à ses débuts » car il est bon de lire sur des revues… dans des revues. Pas de poé­sie pro­fonde sans pro­fonde géné­ro­si­té. Phoenix est un vrai lieu de géné­ro­si­té et de fra­ter­ni­té.

Le Partage des voix de ce numé­ro donne à lire des poèmes de Gaspard Hons, Laurent Enet, Aziz Zaâmoune, Jo Pacini, Geneviève Bertrand, Joëlle Gardes, Gaëlle Guyot, Philippe Mathy, Téric Boucebci, Nicolas Jaën et André Ughetto.

La voix d’ailleurs est celle du poète autri­chien Georg Bydlinski :

 

Arbre
tronc épais dis­tor­du
juste au-des­sus du sol

pous­sant en tra­vers
au-des­sus de l’étroit che­min
comme s’il vou­lait aller

à la vitesse
des décen­nies
quelque
part

 

 

La revue pour­suit ses pages avec un hom­mage ren­du par Dominique Sorrente à Georges Lauris, puis des « spo­rades » autour de Paulhan et Arland.

Phoenix s’est plus qu’imposé dans le pay­sage des revues contem­po­raines de poé­sie : c’est un roc, une masse de gra­nit telle que nous les aimons.

 

Phoenix, numé­ro 14.
9 rue Sylvabelle. 13006 Marseille.
Le numé­ro : 12 €
Abonnement : 45 €
Revuephoenix1@​yahoo.​fr
www​.revue​phoe​nix​.com

  

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