> Passage en revues. Autour de Résonance générale n° 6, automne 2013

Passage en revues. Autour de Résonance générale n° 6, automne 2013

Par | 2018-06-25T21:08:46+00:00 18 novembre 2013|Catégories : Blog|

6e opus de Résonance géné­rale, revue emme­née par Serge Martin, Laurent Mourey et Philippe Païni, tous acti­vistes du poème et de la poé­sie, et poètes que les lec­teurs de Recours au Poème connaissent ou retrou­ve­ront sous peu dans nos pages. C’est aus­si le cas d’une par­tie des poètes dont le nom est ins­crit au fron­ton de ce volume, ain­si Antoine Emaz, Fabrice Farre ou Laura Vasquez, poètes que l’on lira aus­si dans nos pages. C’est donc en ter­ri­toire proche que nous plon­geons les yeux. D’autant qu’un autre point com­mun rap­proche incon­tes­ta­ble­ment Résonance géné­rale et Recours au Poème : celui de pen­ser la poé­sie dans un contexte d’urgence. Les noms des deux revues parlent d’eux-mêmes. Là comme ici, la poé­sie et le poème sont pris au sérieux, et leur fonc­tion pro­fon­dé­ment révo­lu­tion­naire est affir­mée.

Du conte­nu de la revue, je ne dirai que peu, pré­fé­rant évo­quer ce que cette géné­rale fait réson­ner en moi. La revue, on la lira, et la lisant on entre­ra sur un ce che­min dont je veux ici par­ler.

Où tu bouges je vois le poème, tel est le « thème » de ce numé­ro. Cela com­mence par un mani­feste conti­nué, dans lequel les poètes /​ ani­ma­teurs de Résonance géné­rale posent un des pro­blèmes fon­da­men­taux de notre temps, pro­blème auquel la poé­sie et les poètes ont, de notre point de vue, le devoir humain et poé­tique (mais ce sont mêmes mots) de résis­ter. Le poète est par sa nature même un com­bat­tant, un guer­rier, un che­va­lier par­fois un tan­ti­net aris­to­crate. En un mot, le poète est un révo­lu­tion­naire (car la vie poé­tique est agir révo­lu­tion­naire par nature) qui a les yeux et l’âme entiè­re­ment tour­nés vers le Poème. Bien sûr, les acteurs de Résonance géné­rale ne se recon­naî­tront pas entiè­re­ment dans les mots qui pré­cèdent, ce n’est pas grave, tout est ici ques­tion d’angle. Et cet angle, ici, nous convient : « Ils disent ça bouge. Certains ajoutent trop et d’autres pas assez. En experts, ils observent, décrivent, ana­lysent et pérorent, abjurent et conjurent. Le bou­gisme fait bien l’affaire du conser­va­tisme et ce der­nier l’affaire de ceux qui n’ont qu’un mot à la bouche : s’adapter au contem­po­rain, aux flux qui comptent. Jeu de balles. Ils aiment se la ren­voyer et, pen­dant ce temps, ça tourne. Les affaires. Petites ou grandes. Juteuses tou­jours. Et si non, alors ils changent de sens sans perdre le nord. Bref, rien ne bouge quand ça bouge ». Heureux sont les acteurs de Recours au Poème de consta­ter l’influence de ce pen­seur qui nous est cher, Pïerre-André Taguieff, PAT pour les amis, et de son concept de « bou­gisme ». Heureux aus­si de consta­ter qu’en cer­tains endroits, encore trop rares mais aux­quels nous nous flat­tons d’appartenir, le monde de la poé­sie recom­mence à pen­ser.  Et pen­ser aujourd’hui, cela conduit à consta­ter qu’il y a de nou­veau de l’inhumain en nous et face à nous, de l’inhumain pro­pre­ment tota­li­taire, cet inhu­main qui « bouge » et qu’ici nous ana­ly­sons sous le vocable d’immé­diat. La machine dans laquelle nous sommes plon­gés tente de faire de nous des êtres plus immé­diats et agi­tés que l’humain. Comment ce der­nier ne… pète­rait-il pas un câble ? Nous sem­blons « des­ti­nés » à deve­nir des homo­co­de­bar­rus, à moins que nous conser­vions l’œil fixé sur cette étoile mer­veilleuse et flam­boyante qu’est le Poème. Cela, en proxi­mi­té de Résonance géné­rale, ce contem­po­rain méca­nique, nous le refu­sons inté­gra­le­ment.

Pour cette simple et belle rai­son que nous vou­lons vivre inté­gra­le­ment.

Et nous n’aspirons qu’à une sorte d’immédiat, celui de l’implosion concrète, immé­dia­te­ment, de Das System dans lequel le soft tota­li­ta­risme méca­nique vise à nous entraî­ner. Qu’il meurt, ses ruines seront de toute beau­té.

Nous ne sommes que des poètes, rien ou si peu, une espèce de tiers-état contem­po­rain. C’est pour­quoi nous agis­sons en pleine conscience de la res­pon­sa­bi­li­té qui aujourd’hui pèse sur nos épaules : celle de conduire la trans­for­ma­tion du monde.

Que la beau­té l’orne.

Le Poème, Résonance géné­rale le voit, au-delà du bou­gisme. Et nous, nous le regar­dons tan­dis qu’il nous regarde.

 

Résonance géné­rale n° 6.
Revue semes­trielle.
Adresse : Serge Martin. 35 che­min de l’Arc. 14000 Caen.
resonancegenerale@​laposte.​net

ou : serge.​martin@​unicaen.​fr

Blog : revue​-reso​nan​ce​ge​ne​rale​.blog​spot​.com
Abonnement : 20 euros
Un numé­ro : 12 euros.
La revue est édi­tée par L’Atelier du Grand Tétras.

   

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