> Passage en revues. Autour de : Sand n°8, La main millénaire n°6, passage d’encres (série II) 03 et Friches n°114/114 bis.

Passage en revues. Autour de : Sand n°8, La main millénaire n°6, passage d’encres (série II) 03 et Friches n°114/114 bis.

Par | 2018-02-22T11:39:45+00:00 18 décembre 2013|Catégories : Blog|

La revue Sand, sous titrée « Berlin’s english lite­ra­ry jour­nal », est une revue de langue anglaise, très ouverte à la poé­sie, publiée à Berlin et dis­po­nible dans la majeure par­tie des librai­ries et des lieux cultu­rels qui comptent, in ou off, dans la capi­tale euro­péenne de l’art, sous toutes ses formes, y com­pris incon­nues ou invi­sibles. Il faut avoir mis les pieds dans cette ville pour com­prendre cela. C’est une revue de très haute tenue, qui contri­bue à l’animation et la vie lit­té­raire ber­li­noise (par ses « par­ty »), et son hui­tième opus ne déroge pas à l’habitude. L’éditorial de sa rédac­trice en chef, Lyz Pfister, annonce la cou­leur : « This issue of Sand is a fire with a slow burn », après s’être deman­dé « What is there is too much dark ? ». Et en effet, Sand explore ici, à tra­vers les voix poé­tiques choi­sies, l’état contem­po­rain de nos êtres. Cela ne va pas sans ténèbres. Cela ne va pas non plus sans motifs d’espérance. Le fil est ténu qui se fau­file dis­crè­te­ment entre blan­cheur et noir­ceur. C’est un espace dont, pour de mul­tiples rai­sons, Recours au Poème se sent et se sait proche. On ne sera donc pas éton­né d’y retrou­ver deux poèmes de Matthieu Baumier, tra­duits par Elizabeth Brunazzi, dont l’un est dédié à Joël Coutura, ancien direc­teur du Musée d’Aquitaine, his­to­rien des idées et de la franc-maçon­ne­rie bor­de­laise, à laquelle il consa­cra plu­sieurs ouvrages impor­tants peu avant de nous quit­ter il y a une ving­taine d’années, trop jeune, des suites d’une mala­die rare. Un poème très émou­vant qui ne pour­ra que rap­pe­ler la sil­houette de Coutura à ceux qui ont eu la chance de ren­con­trer cet homme. Bien sûr, Sand ne publie pas que de la poé­sie ; c’est cepen­dant sur cette forme de recherche en dedans des mondes connus et incon­nus, visibles et/​ou voi­lés, que nous devons ici insis­ter, tel est l’objet de ce déploie­ment de forces résis­tantes qu’est Recours au Poème. On lira donc avec bon­heur les poèmes du poète islan­dais Valgerdur Thoroddsdottir, ceux aus­si du nor­vé­gien Jan Grue, ou bien encore les Notes for Jack Schaefer de l’américaine Shane Michalik et Two pos­sible ways Michael Regime fell in love with lan­guage de cet autre poète amé­ri­cain qu’est Travis Vick. Tout cela est fort riche et montre que la poé­sie n’a pas de fron­tière (s), ce dont nous ne dou­tons aucu­ne­ment au sein de Recours au Poème, bien que cela soit sou­vent peu évident en France, ce pays où « ne pas avoir de fron­tières » signi­fie trop sou­vent, du moins en terres de poé­sie, avoir l’ego cen­tré sur le centre de Paris, une agréable ville de pro­vince. Nos pages sont tout le contraire : un regard por­té vers les ailleurs. Et ils n’ont aucune limite ima­gi­nable.

Sand n°8 automne 2013
Adresse : Sand Journal. Donaustrasse 50. 12043 Berlin.
Mail : info@​sandjournal.​com
Site : www​.sand​jour​nal​.com
On retrouve aus­si la revue sur Facebook en tapant « sand jour­nal ».

 

Superbe sixième opus de La main mil­lé­naire, revue de poé­sie orches­trée par Jean-Pierre Védrines et ses amis, une revue main­te­nant fer­me­ment ins­tal­lée dans le pay­sage de la poé­sie contem­po­raine. À décou­vrir de toute urgence pour ceux qui ne la connaî­traient pas encore. Ce volume s’ouvre sur un bel ensemble signé James Sacré, Des pho­tos pour écrire :

 

Le sou­ve­nir touche

À quelle inquié­tude du pré­sent vivant ?

 

écrit le poète, avant de céder la place à des voix nou­velles (en La main mil­lé­naire) : Jean-Michel. Harron, André Ughetto, Nathalie Bénézet, Pascale Rivray-Coupard, Jean-Marc Barrier. On médi­te­ra ain­si sur ces vers du poète André Ughetto, par ailleurs maître d’œuvre de cette autre revue du sud qu’est Phoenix :

 

Au confluent du sec et de l’humide
des racines à nu se meurent du regret
d’une rivière lente. Mais l’œuvre au noir
pro­met le vert d’une résur­rec­tion
par la comp­tine de nos rondes sai­son­nières.

 

Il y a quelque chose de cette alchi­mie ini­tia­tique, de cette pro­fon­deur du poème humain, dans l’existence même de La main mil­lé­naire. Ses pages donnent aus­si à lire des poètes déjà croi­sés dans les numé­ros pré­cé­dents, ain­si que par­fois en diverses revues, comme Jacquy Gil, Ida Jaroschek, Quine Chevalier, Patrick-Pierre Roux. Dans ce haut concert, une men­tion toute spé­ciale pour les textes de Jean-Claude Xuereb et Matthieu Gosztola. On lira aus­si avec bon­heur la ren­contre entre Jeanne Sétian et Philippe Jaccottet et un inté­res­sant dos­sier consa­cré au peintre Pierre Cayol, au sujet duquel Marc Alyn écrit : « Il sait de source sûre que la matière s’achemine vers l’esprit et l’âme vers l’Amour, ce qui confère à ses tableaux une dimen­sion secrète du bon­heur ». Tout est dit.

La main mil­lé­naire n°6, été 2013
Abonnement 3 numé­ros : 36 euros
Le numé­ro : 15 euros
Mail : jean.​pierre.​vedrines@​cegetel.​net

 

 

Le numé­ro 03 de la revue pas­sage d’encres (série II) s’intéresse aux tran­si­tions. Passage d’encres est une fort belle revue, emme­née par Christiane Tricoit, que je croise depuis une dou­zaine d’années, au for­mat grand cahier. Il y a déjà une longue his­toire lit­té­raire der­rière les pages de cette revue, pour les auteurs publiés, nom­breux à suivre des che­mins sûrs (Christiane Tricoit a tou­jours ouvert les pages de sa revue aux voix nou­velles ou déca­lées, qu’elle en soit ici cha­leu­reu­se­ment remer­ciée), comme pour le déve­lop­pe­ment mené sous forme de livres. On se diri­ge­ra ici pour un entre­tien avec Christiane Tricoit au sujet de l’aventure pour le moins extra­or­di­naire qu’est son navire revuis­tique et édi­to­rial. L’objet de ce numé­ro est de « pas­ser le pont », une autre manière de dire « tran­si­tion ». La revue s’ouvre sur un ensemble poé­tique signé Yves Boudier, La seule rai­son poème,  extrait d’un recueil à paraître l’année pro­chaine dans la col­lec­tion « Action poé­tique » du Temps des cerises, texte à la force toute entière conte­nue dans son évo­ca­tion de l’eau, du sel et de la spi­rale. Viennent ensuite des textes très divers, pas­sage d’encres ne crai­gnant jamais les limites et ne s’occupant que peu des éti­quettes de genre à la mode (ou non). On croi­se­ra donc, entre autres, les voix de  Philippe Di Meo (à pro­pos de Zanzotto), du neu­ro­bio­lo­giste Herbert Axelrad, du psy­chiatre Luciano Bonuzzi ou du géo­graphe Jean Radvanyi. Le tout est accom­pa­gné d’œuvres artis­tiques. Cela n’en fait pas une « revue de poé­sie » diront de pré­ten­dus puristes. Je répon­drai que l’on se fiche des puristes, et que la poé­sie n’est pas dans le mot. Elle est dans l’état de l’esprit. Ce même état de l’esprit qui anime pas­sage d’encre depuis près de vingt ans.

 

Passage d’encre, série II, 03
Moulin de Quilio. 56310 Guern.
Le numé­ro 20 euros
Abonnement deux numé­ros + un hors série : 20 euros.
Mail : passagedencres@​wanadoo.​fr
Site :
http://​www​.inks​-pas​sa​ge​dencres​.fr

 

Autre revue à la riche his­toire, Friches. Cahiers de Poésie Verte publie son numé­ro 114/​114 bis, sous la hou­lette habi­tuelle de Jean-Pierre Thuillat. La revue a trente ans d’âge et le « 114 bis » est une manière de mar­quer cet anni­ver­saire sous la forme d’une antho­lo­gie com­po­sée de 64 poèmes signés par 64 poètes ayant publié là au cours des quinze der­nières années. On décou­vri­ra ou redé­cou­vri­ra ain­si des poèmes de Charles Juliet, Michel Butor, Marc Alyn, Mario Luzi, Bernard Mazo, Guy Goffette, Jude Stéfan, Serge Wellens, Odile Caradec, Bernard Perroy, Marie-Claire Bancquart, Michel Cosem, Pierre Maubé, Claude Vigée, Lorand Gaspar, Georges Drano, Jean-François Mathé et tant d’autres… Le simple fait de par­cou­rir ces pages anni­ver­saire montre l’importance du lieu poé­tique que Friches a été et conti­nue d’être. Jean-Pierre Thuillat est un poète/​passeur et/​ou un passeur/​poète. Qu’il soit remer­cié de tout ce tra­vail mené avec achar­ne­ment au long des années.

Le numé­ro 114 pré­cède le « 114 bis ». On peut y lire un « hors champ » consa­cré à Isabelle Poncet-Rimaud, un dos­sier pas­sion­nant autour de deux poètes de Galice (Manuel Rivas et Lois Pereiro), deux « Cahiers de Textes » com­por­tant des poèmes de Paul Badin, Matthieu Baumier, Eve Lerner, Valérie Canat de Chizy, Alain Baquier, Martine Barlier, Michel Druez et Line Szollosi. Le tout est accom­pa­gné de notes de lec­ture. Ces pages sont à lire, si jamais (tout est pos­sible) vous n’avez encore jamais eu cette forte revue en mains.

 

Friches. Cahiers de Poésie Verte, n° 114/​114 bis.
Le Gravier de Glandon. 87500 Saint Yrieix.
Abonnement 3 numé­ros : 25 euros
Le numé­ro : 15 euros.
Mail : jeanpierre.​thuillat@​wanadoo.​fr

 

 

 

 

 

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