> Patrick Amstutz, Déprendre soi

Patrick Amstutz, Déprendre soi

Par | 2018-05-20T17:55:06+00:00 5 juillet 2012|Catégories : Critiques|

Et le galop de ton che­val
plus fort que la forêt de branches
mar­tèle d’amour
le som­meil de nos vies

Une poé­sie qui parle d’amour et d’Amour, de fra­ter­ni­té et de soro­ri­té, une poé­sie qui en appelle aux liens qui unissent les hommes à l’Homme, d’où qu’ils soient, au tra­vers de tous les mythes entre­mê­lés. Fluide et simple, une poé­sie forte déta­chée de toute forme de sco­rie. Amstutz va droit à l’essentiel, ce sans quoi il est rare­ment de poé­sie.

Hélène N’Diémé

Sur un air grave et malin­ké,
tu appelles au lion dis­pa­ru,
mais qui rugit dans ta mémoire :

tu veux le tau­reau mugis­sant
dans la salive de tes cuisses ;

tu offres ta très longue tresse
aux serres de l’aigle sur­gi du ciel.

D’un thrène tu effaces
l’infinitif de ton pré­sent :

tu t’en remets au cré­pus­cule
des sou­ve­nirs dépen­dus.

Amstutz dit la néces­si­té abso­lue de la déprise, de se déprendre de soi pour mieux être soi. Une poé­sie du déta­che­ment car une poé­sie déta­chée de soi, de l’ego.

Que la vie vraie me joigne
à la déprise de moi.

Il vient de loin, le poète Patrick Amstutz. Il nous parle depuis la nature, tant exté­rieure qu’intérieure. Celle de l’homme et celle du monde. Liées.

Nue toute amour
dans le lait du désir,
femelle tu mêles le mâle
en toi dan­sant sa mue.

Ainsi par­lons-nous aus­si
à l’étoile qui luit.

Une poé­sie qui sait que l’homme de l’intérieur ne voit pas le tout de la vie en laquelle il existe, pas le tout qui est. Plane alors d’une cer­taine manière la figure du christ.

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